Observation très-remarquable du même genre
Un ouvrier peintre, atteint d'une entérie et d'une encéphalie causées par le plomb, après plusieurs mois de souffrance entra, en 1862, dans mon service; il était exsangue, et les muscles des membres, ceux même du tronc, avaient diminué de volume, à ce point que le malade, réduit à un état de maigreur presque squelettique, pouvait à peine se mouvoir; cependant il n'était pas paralysé, car il parvenait encore à exécuter de très-faibles mouvements. On disait qu'il était atteint d'une cachexie saturnine; pour moi, je ne voyais, dans l'état de ce pauvre homme, qu'une émaciation extrême des muscles et un défaut de sang entretenus par le manque d'exercice et par l'abstinence. Ce malheureux, depuis longtemps, se tenait immobile dans son lit, et il ne voulait point manger. [1 me fallut le menacer de le nourrir par force (en injectant par la sonde œsophagienne de la nourriture dans l'estomac) pour surmonter sa répulsion absolue pour une alimentation quelle qu'elle fût. La pâleur était excessive; la peau présentait un peu cette coloration mate et jaunâtre en rapport non pas avec une cachexie fantastique , mais bien avec l'absence du sang dans les capillaires cutanés, absence d'où résultait une teinte blême et cadavéreuse de la peau. Il fallut me céder; le malade se décida à prendre des aliments, qui, d'abord donnés dans de faibles proportions., furent ensuite largement administrés.
372 DES PETITS MOYENS
280. Appareil très-simple pour faire exécuter aux malades alités des mouvements énergiques.
Je voulus faire exécuter au malade une gymnastique quelconque dans le lit ; mais comment parvenir à faire faire des mouvements à un malheureux incapable de se livrer d'une manière suivie au moindre exercice? J'établis un lien circulaire au bas de chaque jambe; le milieu d'une bande fut passée au-dessus de la barre de fer qui, dans les hôpitaux, et vers le pied du lit, supporte les rideaux. — Les deux extrémités de cette bande furent ensuite attachées aux liens circulaires qui, au-dessus des malléoles, entouraient les jambes, et, de cette façon, toute traction exercée par l'un de ces membres soulevait celui du côté opposé. Alors je recommandai au malade d'exécuter le plus souvent possible des mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement de ces parties, ce qu'il exécuta ponctuellement. En très-peu de temps, cet homme prit tant de goût à cette manœuvre qu'il s'y livra d'une manière assidue. Quelques semaines s'étaient à peine écoulées que le malade devint moins pâle, que le pouls se releva, que les membres inférieurs reprirent du volume et de la force, mais les supérieurs restaient très-minces et privés de mouvement. Un appareil semblable à celui qui avait été appliqué aux jambes fut employé pour les bras et eut pour point d'appui le barreau de fer du milieu du lit. Ce barreau servit de point d'appui et de poulie
pour exécuter des mouvements du même genre et qui furent promptement suivis d'une guérison presque complète, à laquelle contribua, dans les derniers temps, un courant d'électricité que M. Courant dirigea avec ce zèle et ce dévouement dont il a donné tant de preuves dans mon service.