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Douleurs rhumatismales des anciens militaires

Revenons sur quelques-unes des annotations précédentes.

Le plus souvent on attache à l'action de la cause froid humide, des douleurs musculaires qui sont les

(1) La même cause, agissant de nouveau, doit nécessairement donner lieu aux mômes elïets; c'est ainsi que s'explique naturellement la reproduction du mal, et cela sans qu'il soit nécessaire d'admettre un rhumatisme dont rien ne prouve l'existence.

suites de la fatigue que produit l'exercice des muscles, surtout alors qu'il est longtemps prolongé ; on ne cesse :1e rapporter au refroidissement, au rhumatisme, les douleurs des reins et des membres que ressentent les anciens militaires, qui, dans leurs campagnes, ont fréquemment bivouaqué ; or, parmi les soldats dits rhumatisants, il en est beaucoup qui n'ont jamais été soumis à l'action de cette cause et qui ne souffrent pas moins de ces douleurs. Il est cependant certain que les marches forcées, surtout que la station prolongée , que les exercices musculaires continuels et excessifs donnent lieu à des douleurs de muscles qui, dues à une altération dans la structure de ceux-ci, se reproduisent facilement à l'occasion de mouvements et même du refroidissement. Les militaires sont assujettis à ces marches, à ces exercices, et les gardes nationaux qui font une faction de deux heures ou qui assistent à des revues, peuvent dire si la station prolongée rend les muscles endoloris et malades, Les cavaliers qui ont été longtemps en selle, peuvent avoir, à la longue, altéré les muscles adducteurs de la cuisse,, ainsi qu'il en arrive pour les personnes qui montent à cheval, quand ils n'en ont pas l'habitude. ïl se peut donc faire qu'un grand nombre de souffrances, dites rhumatismales , éprouvées par les anciens soldats, soient les résultats de telles causes. S'il en était ainsi , comme tout me porte à le croire , ce ne serait pas à des médicaments dirigés contre Y agent rhumatismal qui n? existe pas , mais contre la lésion suite de

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Faction musculaire exagérée (hypermyosismie) qu'il faudrait agir, et cela par du repos, alternant avec de légers exercices, par le massage, par les douches, par l'électricité et par les eaux thermales. Dans les cas chroniques, la gymnastique, convenablement dirigée, peut avoir de Futilité.

271 . Ruptures de muscles, douleurs musculaires par compression,, par distension , ou par d'autres lésions traumatiques (traumamyosalgies) (1) .

La plupart des douleurs qui, à l'occasion d'un effort, se manifestent brusquement et avec une grande intensité dans les membres et dans toutes les parties charnues du corps, sont les résultats de la rupture ou de la distension forcée des muscles.

Depuis longtemps on a observé ce fait dans le mollet, et Ton a assigné, pour siège à l'accident dont il s'agit, le petit faisceau musculaire connu sous le nom de plantaire grêle.

J'ai constaté que, dans bien des cas, la rupture dont il s'agit a lieu dans les muscles jumeaux, comme l'ont démontré pour moi, d'une part, l'écartement notable qui survient entre leurs fibres charnues déchirées (phénomène qui s'observe surtout pendant leur contraction ), et, de l'autre (dans quelques cas), une ecchymose considérable, et même de la fluctuation que l'on saisit dans l'écartement dont il vient d'être parlé (2).

(1) Voyez le n° 10 du Courrier médical , rédigé par mon secrétaire particulier, M. Adolphe Ramond.

(2) Voyez l'observation n° 1 dam le Bulletin clinique, 1834.

Ce qui a lieu pour les muscles du mollet se passe exactement de la même façon, et dans une multitude de cas, pour ceux de la région des reins. Là aussi j'ai parfois reconnu : un écartement notable entre les extrémités rompues des fibres charnues lombaires; une ecchymose, une fluctuation manifeste dans le sang épanché entre les masses divisées, et même un sou hydrique obtenu au moyen du plessimétrisme.

Lorsque, après quelques jours ou .quelques semaines, la cicatrice s'opère, la douleur cesse ; mais celle-ci reparaît fréquemment à l'occasion d'un mouvement, même léger, de la masse lombaire,, survenant lors du redressement ou de l'abaissement rapide du tronc, et même de contractions musculaires exécutées pendant le sommeil.

Ces phénomènes ont reçu les noms de lombago, douleur de rein , rhumatisme dans les reins ; et loin d'être dus au prétendu principe rhumatismal, ils sont les résultats de causes physiques on ne peut pas plus matérielles.

C'est à des circonstances du même genre que Ton doit rapporter certaines douleurs, parfois très-vives^ dont le début est souvent instantané, et qui, à la suite des quintes de toux, se font sentir chez les phthisiques ou chez des gens atteints de coqueluche, de bronchite aiguë, etc.

Ces souffrances se déclarent : 1° dans les muscles des côtés de la poitrine (pleurodynie des auteurs)

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2° du ventre; 3° dans le triangulaire du sternum ou dans le diaphragme (1).

Le torticolis est une affection du même genre, qui a pour siège les muscles du cou. Des douleurs musculaires ont lieu encore chez des individus qui, ayant monté à cheval, ont ainsi comprimé les muscles adducteurs de la cuisse, etc., etc.

Contre les accidents dont il s'agit, les médicaments ont fort peu d'utilité. Il serait tout aussi absurde de les prodiguer alors, que d'employer, pour remédier à une fracture des os, l'emplâtre contra fracturant. Ne comptez donc en rien, dans les douleurs de reins récentes ou le lombago , que vous attribuez au rhumatisme, et qui sont les résultats de ruptures ou au moins de distensions musculaires, sur les bains de vapeurs sulfureuses, sur l'eau-de-vie camphrée, sur les linimenis opiacés ou narcotiques de toutes sortes ; n'ayez pas plus de confiance dans ces médications alors qu'il s'agira de toutes les affections analogues ; soyez bien persuadés que le repos, qu'une situation telle des parties blessées ou distendues qu'elles ne soient pas tiraillées, mais au contraire qu'elles soient aussi rapprochées que possible, sont, dans des cas semblables, les principaux moyens d'être utiles. Quelques applications émollientes peuvent cependant avoir une efficacité palliative ; et si le déplacement du corps ne cause pas trop de douleur, des bains tièdes peuvent encore calmer les souffrances : tels sont les moyens

(1) huit et in clinique , n° 1 . 1834.

simples et utiles qui conviennent dans les myosalgies dont il vient d'être parlé, et qui, en général, ont peu de durée.

S'agit-il de douleurs existant depuis longtemps dans un muscle, et qui ont tout à coup succédé à quelque effort ou à quelque distension? Ce n'est pas là encore un rhumatisme, mais bien une lésion matérielle qui s'est déclarée dans les fibres musculaires à la suite d'une rupture ou d'une distension, et qui, ne pouvant guère céder aux médicaments, exige une médication tout aussi matérielle que les causes qui produisent les douleurs.

272 Cas remarquables de guérison de douleurs musculaires obtenues pnr la rupture d'anciennes cicatrices.

Un ouvrier entra, en 1860 (1), à l'hôpital de la Charité, pour une douleur ayant son siège à la partie interne et moyenne de la. cuisse droite. Des pressions faites avec le doigt, puis le dessin, me permirent de constater que le mal existait dans le muscle grand adducteur, et que la direction qu'elle présentait était transversale à la longueur de cet organe; il me sembla même sentir une légère dépression sur les points où la souffrance se prononçait. Il y avait près de deux ans que la douleur persistait; elle s'était déclarée brusquement et avec une violence extrême, puis elle avait continué sans interruption depuis ce temps, et,

(1) Gazette- des hôpitaux, If 60; Courrier médical (1863) Clinique de la Faculté de Paris.

bien que moins intense, elle avait empêché le malade de vaquer à ses travaux et même de marcher. Je pensai que la souffrance était due à quelque lésion matérielle du tissu cicatriciel, à quelque dégénérescence des fibres musculaires, ou à une altération profonde de quelques fibrilles nerveuses. J'admis que, lors des mouvements, ces parties devaient être tiraillées et qu'elles produisaient ainsi la douleur. Dans ces idées, je fis porter la cuisse en dehors, de manière à tendre fortement le muscle malade, et, dans cette position, je donnai de suite sept ou huit coups assez secs, avec le bord cubital de ma main droite, sur le point malade.

Il en résulta une très -vive douleur; mais, un moment après, cet homme put se lever et en boitant à peine; il suffit de réitérer trois fois la même manœuvre pour que la guérison fût complète et pour que ce malheureux fût capable de reprendre ses travaux.

Depuis le temps où j'ai recueilli cette observation, j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'obtenir des résultats avantageux de la même pratique. Loin que les douleurs ainsi combattues fussent les suites de rhumatismes, elles étaient dues à d'anciennes lésions traumatiques , lesquelles n'avaient en rien cédé aux innombrables médications internes qui avaient été longtemps et inutilement employées.

Les exercices gymnastiques, les douches, les bains, le massage, les frictions profondes pratiquées sur les muscles endoloris, les applications de courants élec-

triques, peuvent encore, dans les cas de myosalgie, avoir un avantage marqué.

Pour se faire une idée de l'importance qu'il y a d'étudier attentivement les causes des myosalgies, avant de déclarer qu'elles sont rhumatismales, il est bon de citer un cas dans lequel je remédiai à une douleur de l'avant-bras, en faisant cesser la circonstance matérielle qui produisait la souffrance.

273. Observation relative à une douleur de l'avant-bras déterminée par l'action de jouer du violon.

Depuis quinze ans, alors qu'il avait maintes fois reçu des contusions sur le nerf cubital au coude, un médecin était sujet à un très-léger tremblement des muscles de l'avant-bras (myopallie), qui n'avait guère lieu que dans certains mouvements d'abduction qu'exige l'action de se faire la barbe. Le nerf cubital, surtout à la hauteur du coude, devenait parfois douloureux.

Il y atrois mois, une souffrance très-incommode, que bien des gens n'auraient pas hésité à considérer comme rhumatismale, se déclara dans l'avant-bras, et elle s'y manifesta surtout à l'occasion des mouvements ou de la pression de cette partie du membre. Pendant longtemps la cause de cet accident resta entièrement inconnue. Mais il arriva qu'une nuit, lorsque le soir précédent le médecin avait longtemps joué du violon, la douleur de l'avant-bras devint infiniment plus vive, et il se rappela alors que très-ordinairement il se

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livrait le soir à cet exercice ; alors il le suspendit pendant plusieurs jours, et la souffrance disparut; il le reprit : la douleur revint, et à quatre ou cinq reprises la même relation entre cette cause et cet effet fut constatée ; il ne s'agissait donc pas ici d'un rhumatisme imaginaire, mais bien de l'influence très-positive de certains mouvements névro-musculaires sur une névro-myosalgie.

274. Faiblesses dans l'action musculaire (hypomyosismie). Diminution dans le volume des muscles (hypomyotrophie).

Depuis quelques années, on a beaucoup étudié les maladies des muscles, qui, pendant fort longtemps, avaient été négligées, et l'on s'est principalement occupé de leur affaiblissement d'action (hypomyosismie) et de leur diminution de volume ou atrophie musculaire des auteurs (hypomyotrophie). Les études pathologiques sur ce sujet sont d'une haute importance. Je me bornerai à faire ici quelques réflexions relatives à la thérapeutique de ces états pathologiques.

275, Amaigrissement, débilité des muscles résultant de leur défaut d'action.

Quand un homme robuste à muscles puissants et volumineux a le malheur de se fracturer la cuisse, il arrive que le membre est, pendant plusieurs mois, condamné à un repos absolu. Ce membre, lorsqu'il sort de l'appareil où il a été si longtemps maintenu, a considérablement diminué de volume, et parfois les

muscles y sont réduits à une dimension fort petite. Ce n'est pas seulement la cuisse et la jambe comprimées et soustraites au contact de l'air et de la lumière qui ont éprouvé cette hypotrophie; car le membre du côté opposé a aussi considérablement perdu de son volume. Bien que le blessé ait été nourri convenablement, partout les chairs sont molles et faibles, partout elles ont perdu de leur dimension et de leur poids. Il en arrive encore ainsi dans les affections aiguës ou chroniques alors qu'elles ont forcé le malade à garder le repos au lit et à rester immobile.

Ce n'est pas d'une façon directe que, dans les altérations des nerfs, les muscles auxquels ces nerfs transmettent l'influence psychismique (vitale) ou névraxique maigrissent; c'est parce que les fibres musculaires cessent d'agir qu'elles s'hypotrophient et finissent par être réduites aux plus minimes proportions.

276. Augmentation dans le volume et dans l'action des muscles à la suite de l'exercice.

Tout au contraire, les fibres charnues qui se livrent à des mouvements habituels plus ou moins énergiques et non portés jusqu'à la fatigue, se nourrissent davantage et acquièrent plus de volume qu'elles n'en avaient auparavant. Ce fait est entré dans le domaine vulgaire. Les athlètes devenaient démesurément musculeux à la suite de leurs exercices soutenus ; nous sommes étonnés de voir les énormes

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cuirasses de nos anciens chevaliers, les pesantes épées des paladins de Charleinagne, et nous nous demandons comment il se trouvait des hommes capables de les porter ou de s'en servir. Mais nous oublions que leur existence se passait à exercer continuellement leurs corps et leurs membres. Les danseurs ont des mollets volumineux ; le boulanger qui pétrit est remarquable par le développement de ses bras, et tel qui se livre à l'escrime voit aussi grossir ses membres supérieurs.

Les viscères n'échappent pas à cette grande loi de l'influence des mouvements sur le volume de la fibre charnue.

Dans les rétrécissements des orifices du cœur., de l'estomac, du rectum, de l'utérus, etc., les tissus musculaires de ces organes, agissant d'une manière exagérée, à l'effet de déterminer la progression du sang, du chyme, des matières, etc., acquièrent un développement exagéré et une énergie d'action nécessaire pour surmonter la résistance des obstacles qui s'opposent à la progression de ces diverses substances.

Ces faits s'expliquent facilement par cette réflexion : que la circulation, devenant plus active lors de la contraction du muscle, doit y faire parvenir plus de sang et donner, en conséquence, plus de matériaux à la nutrition.

277. Moyens de remédier à l'hypotrophie et à la diminution des muscles.

Les remarques précédentes sont éminemment applicables aux indications curatives propres à remédier à la diminution de volume des muscles due à une insuffisance de nutrition (hypomyotrophie), et à la faiblesse de ces organes (hyposthénismie myosique). Dans de tels cas., on augmente l'énergie de Faction musculaire en la provoquant surtout par Fexercice volontaire. A son défaut, Félectricité peut le remplacer jusqu'à un certain point, et elle a quelquefois été utile dans la curation de Fhypotrophie musculaire. Les frictions, le massage (1), ont encore ici une efficacité incontestable. Il en est ainsi des douches froides employées en même temps que Fon donne au malade une nourriture réparatrice. Ce sont là les principaux moyens qui, dans des cas pareils, peuvent être utilement employés. Ils sont mille fois plus utiles que la strychnine, la brucine, dont Femploi est si dangereux, et que les nombreux remèdes que Fon a proposés.

278. Utilité extrême de l'exercice musculaire dans la paralysie générale. Observations de guérison.

Des considérations du même genre sont aussi applicables à la faiblesse et à l'hypotrophie myosique, qui

(1) Voyez l'article massage du Dictionnaire des sciences médicales, par M. Piorry.

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sont dues à une affection cérébrale ou myélique, c'est-à-dire à l'ensemble de phénomènes désignés sous le nom de paralysie générale, de paralysie atrophique, etc.

J'ai été assez heureux pour obtenir d'excellents résultats de Tinfluence d'un régime réparateur, des exercices réguliers, et de plus en plus forts, d'une sorte ({'éducation donnée aux muscles des extrémités inférieures, éducation qui consistait à faire faire des pas de . plus en plus étendus. En même temps, j'avais recours aux autres moyens dont il a été fait mention (page 369). Des personnes âgées, atteintes de faiblesse générale dans les membres pelviens, ont, dans ces cas, repris de l'énergie et pu se livrer de nouveau à une marche régulière continue.

Il en a été ainsi de notre illustre maestro R . . . ; et depuis plus de six ans la progression s'est tellement rétablie chez lui alors qu'il m'a affirmé avoir suivi les conseils que je lui ai donnés dans une consultation étendue, qu'il se livre encore actuellement à de longues et continuelles promenades.

Un autre malade, affaibli à ce point qu'il faisait quatre-vingts petits pas pour traverser un salon circulaire de six mètres, parvint, après un mois d'exercice et d'un régime réparateur, à parcourir en dix pas la même distance. La santé générale, le volume et la force des autres muscles, l'intelligence, s'étaient en même temps améliorés,

EN MÉDECINE ET EN THÉRAPEUTIQUE. 8îl

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