‹ La médecine du bon sensChapitre 84 sur 117 · Ataxie locomotrice · texte numérisé non relu

Ataxie locomotrice

Il règne en ce moment, parmi les médecins, une sorte d'épidémie scientifique, qui conduit un grand nombre d'entre eux à considérer quelques symptômes réunis, ou même un phénomène isolé et variable, comme une maladie. C'est elle qui a enfanté le goitre exophthalmique et l'ataxie locomotrice. Qu'à la suite de quelques lésions chroniques de diverse nature, ayant pour siège le cerveau ou la moelle rachidienne; que consécutivement à une altération quelconque dans la structure des muscles ou des nerfs qui s'y distribuent, les mouvements ne soient plus entièrement soumis à l'influence normale de la volonté aidée par la vue, et que des faisceaux musculaires autres que ceux qui devraient volontairement agir, entrent en action (ce qui est nécessairement la cause de mouvements désordonnés), voici que pour cette sorte de paralysie ou plutôt d'anomonervismie, on imagine et l'on admet l'existence d'une maladie spéciale!

Chose déplorable, on ne se borne pas à donner, contre cette entité fantastique, l'opium, la datura, la belladone, la strychnine, etc.; mais on ne craint pas d'administrer intérieurement, même à de jeunes personnes, le nitrate d'argent. Le moindre inconvénient de ce médicament, ainsi administré, est de donner à la peau une coloration bronzée qui rappelle assez bien

la teinte des tristes habitants de certaines iies de la Polynésie ! Arrive-t-il qu'après plusieurs mois de traitement, et sous l'influence de l'action organique, ou de quelque circonstance accidentelle les mouvements se rétablissent plus ou moins, comme cela se voit à la suite des paralysies symptomatiques, ou d'iiémorrhagies cérébrales, alors qu'an travail réparateur se fait autour du caillot, on ne manque pas d'attribuer au médicament-poison l'effet observé. On recommande alors cette drogue; celui qui l'a administrée le premier a des imitateurs qui la prescrivent d'après la parole du maître et qui mettent tout autant de légèreté que lui dans l'examen du malade !

Ce n'est pas ainsi qu'il faut faire de la médecine ; ce n'est pas là de la pratique raisonnable : c'est se livrer à un empirisme irréfléchi et dangereux, condamné par le bon sens et que la conscience n'approuve point !

Le devoir du médecin digne de ce nom est, dans des cas analogues comme dans tous les autres, d'interroger avec soin l'organisme, de rechercher dans le névraxe, dans la moelle, dans les nerfs, dans les muscles, dans les circonstances commémoratives , quels peuvent être le siège primitif, la nature du mal, et d'agir en conséquence. Sans doute, il arrivera trop souvent de ne pas pouvoir s'élever à la connaissance précise des causes et des effets des accidents observés; mais alors il faut se rappeler que, dans les cas douteux, la règle pratique, dictée par l'honneur

DES PETITS MOYENS

et par le bon sens, est de n'avoir recours qu'à des moyens hygiéniques, ou, du moins, de n'employer que des médications qui ne peuvent pas nuire. C'est donc alors l'exercice provoqué avec prudence, dirigé autant que possible par une ferme volonté du malade, une véritable éducation des muscles, aidée de l'influence du rhythme (mouvements mesurés par le son du tambou r, de la voix ou de quelque instrument); ce sont les frictions, le massage, les douches., etc., qui seuls peuvent réussir à régulariser une locomotion dite alaxique.

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