Élévation du bras suivie de l'affaiblissement du pouis
faisant voir qu'un malade a peu de sang ou que les battements du cœur ont peu d'énergie.
Pour bien constater, sur un malade présumé atteint de congestion cérébrale, que la faiblesse de la circulation et les autres accidents sont dus au peu de sang contenu dans les vaisseaux, il suffit de palper Fartère de l'avant-bras, dans diverses positions de celuici. S'il arrive qu'étant située horizontalement, cette artère ne donne pas une sensation de résistance; puis, si l'on élève le bras de telle sorte que la main soit placée plus haut que la tête, et si alors le pouls radial disparaît, on a ainsi la preuve que la circulation est très-languissante, que les vaisseaux sont presque vides, ou que l'action du cœur n'est pas assez énergique pour porter le sang jusqu'au cerveau. Cette remarque est applicable à beaucoup d'autres cas d'affections dans lesquelles le médecin, conservant des doutes sur les proportions de liquides contenus dans l'appareil circulatoire, ou sur la force des contractions cardiaques, veut dissiper des doutes à cet égard.
326. Moyens rationnels à employer dans le cas de ramollissement
du cerveau, de la moelle (encéplialo ou myélomalaxie) et dans la paralysie générale.
Sous le nom de ramollissement du cerveau et des centres nerveux, on a désigné des cas très-divers et qui se rapportent à des affections aiguës ou chro-
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niques différentes les unes des autres. Parmi ces affections^ il en est d'inflammatoires, et il n'entre pas dans mon plan d'en parler ici. D'autres, au contraire, sont très-lentes dans leur marche, et on les a souvent étudiées sous le nom de paralysie générale. Ces déplorables lésions sont presque toujours abandonnées à elles-mêmes, parce que les médecins les plus habiles savent bien que les excitants de la peau, les exutoires, les traitements pharmaceutiques, sont, dans de tels cas, entièrement dépourvus d'efficacité.
Les symptômes dont il s'agit, souvent en rapport avec une vieillesse anticipée (il est des gens qui sont vieux dans le jeune âge), d'autres fois consécutifs à des états pathologiques dont l'aliénation mentale est l'expression, consistent très-fréquemment en une véritable hypotrophie des éléments constituants du névraxe, et ils peuvent être heureusement ralentis dans leur marche funeste, ou combattus avantageusement par des moyens tirés de l'hygiène. Des faits assez nombreux ont démontré pour moi la réalité de cette proposition.
327. Matière nerveuse donnée comme aliments aux malades atteints d'hypotropie névraxique.
Quand un organe se nourrit mal, il diminue de volume; c'est ainsi que l'abstinence ou l'alimentation insuffisante sont suivies d'hypotrophie. Quand les matériaux qui entrent dans la trame organique ne se
trouvent pas en assez grande proportion dans le sang pour la nourrir, il faut bien qu'elle dépérisse ; c'est d'après ces faits ou ces idées que l'on donne une nourriture abondante, et composée surtout de chairs saignantes, aux gens dont les muscles sont exténués. La fibrine, en effet, bien que modifiée par les organes digestifs, ne peut être inutile pour rétablir des gens atteints de marasme musculaire. D'un autre côté, il est incontestable, comme nous l'avons vu, que le phosphate de chaux est une substance très-propre à rendre aux os leur solidité, etc. Or, très-probablement, une nourriture principalement composée de matière nerveuse provenant du cerveau, de la moelle ou des nerfs d'animaux, a quelque chance d'être utilement administrée dans le ramollissement de la trame névraxique. Ces aliments contiennent évidemment les mêmes principes organiques que ceux qui entrent dans la composition chimique des parties névriques atrophiées. Or, s'il est vrai, comme Dumas et Liebig l'ont admis, que la graisse et que les huiles dont on fait usage comme nourriture fournissent au moins une partie des substances adipeuses qui entrent dans la composition de l'homme et des animaux, il y a tout lieu de penser qu'une alimentation formée en grande partie de matière nerveuse peut mieux réparer le névrosystème hypotrophié que toute autre espèce de nourriture.
Je ne pense pas, à coup sûr, que la matière nerveuse ingérée puisse aller de toute pièce réparer un
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encéphale profondément lésé dans sa structure intime, et que des vaisseaux, des fibres, des cellules, des tubes, détruits dans cet organe, puissent se reformer sous Finfluence de matériaux nutritifs analogues à ceux qui; primitivement, avaient constitué la structure encéphalique; mais soit qu'il s'agisse de retarder l'émaciation successive des parties qui s'atrophient, soit que l'on cherche à arrêter ce mouvement d'exténuation, rien n'est plus raisonnable que de donner, aux malades atteints de ramollissement chronique du névraxe, des aliments qui recèlent plus que d'autres les matières entrant normalement dans la composition de cet important organe.
323. Régime, exercice , éducation dans la névraxo-malaxie , ou ramollissement de l'axe nerveux.
Mais quand la matière nerveuse, donnée comme aliment, n'aurait pas une utilité en rapport avec sa trame organique et ses éléments spéciaux, elle en aurait au moins comme substance nutritive. C'est, en effet, au moyen d'un régime animal et réparateur, joint à un exercice proportionné aux forces et augmenté graduellement; c'est en cherchant journellement, par l'éducation, à rendre la volonté plus active au point de vue de son influence sur le mouvement musculaire et sur les fonctions intellectuelles, que l'on peut obtenir quelques succès dans les cas d'encéphalo ou de myélo-malaxie (ramollissement du cerveau ou de la moelle). Des douches et des courants électriques,
dirigés vers les nerfs et les muscles des membres affaiblis, peuvent aussi concourir à améliorer la position des malades atteints de paralysie générale. Les propositions que je viens d'émettre ne sont pas des théories gratuites : elles ont été consacrées, dans ma pratique, par les heureux résultats que j'ai obtenus, chez quelques malades, d'une médication analogue à celle qui vient d'être exposée.
329. Troubles dans l'exercice de l'intelligence ( dyspsychismie anomopsychismie). Délire, folie ou aliénation mentale»
A Dieu ne plaise que je veuille agiter dans cet ouvrage la grande question philosophique relative à Tàme et à ses rapports avec l'encéphale.
Que le principe qui nous anime et auquel convient si bien le mot psychatome, soit, comme je l'admets (1), le point de départ de toute organisation,que l'on suppose au contraire que les facultés intellectuelles soient les résultats d'une action primitive de l'organisme, du système nerveux et de la matière (ce qui me paraît inacceptable), toujours est-il qu'il faut bien convenir que le cerveau est tellement lié à la manifestation de la pensée que les plus légères lésions dont il est atteint sont suivies de modifications considérables dans l'intelligence. C'est ce que l'étude du délire et de l'aliénation mentale ne permet pas de mettre en doute.
Il est fort difficile de distinguer le délire de Valié-
(1) Dieu, ïâme et la nature, poëme par M. Piorry, 1856.
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nation mentale, qui n'est en définitive qu'un délire prolongé (1).
On a voulu assigner pour caractère au délire d'être accompagné de fièvre, ainsi qu'il en arrive dans les affections dites fièvre typhoïde, variole, etc., mais on a oublié alors que l'altération du sang que causent l'alcool, l'opium, lehachich, la jusquiame, etc., donnent lieu à un trouble intellectuel dit délire, sans qu'aucun phénomène fébrile se manifeste, et qu'il en arrive ainsi pour les aberrations d'idées qui parfois ont lieu à la suite : soit du défaut de sang, de l'abstinence, de l'asphyxie incomplète ou hypoxémie ; soit de l'empoisonnement du sang par les gaz du charbon en combustion ; soit des impressions morales et des passions portées à un degré extrême.
Ce n'est pas davantage le défaut de lésions anatomiques qui différencie l'aliénation mentale du délire ; car, des deux côtés, tantôt on peut constater l'existence de modifications organiques, et tantôt on est inhabile à prouver matériellement leur existence. Cette dernière proposition, dont on ne peut révoquer en doute l'exactitude, n'implique en rien l'idée que de telles lésions font réellement défaut; la raison veut même qu'elles existent dans les cas où l'on ne les rencontre pas. D'ailleurs, depuis que le microscopisme a permis de mieux étudier l'encéphale, il y a fait trouver des altérations de structure
(1) Mémoire sur le délire lu à l'Académie de médecine, par M. Piorry»
dans certains cas où, jusqu'alors, on n'avait constaté aucune modification morbide dans la trame de Taxe nerveux ou névraxe.
L'aliénation mentale, en définitive, n'est donc, encore une fois, qu'un délire prolongé, et ne peut guère en être séparée par des caractères tranchés. Ce qui va suivre est en très-grande partie applicable à l'un et à l'autre de ces états de l'intelligence.
330. Les médicaments ne remédient pas directement au délire ou à la folie.
Ce n'est pas par des médicaments que l'on remédie directement au délire, et il n'y a pas d'agent spécial par lequel on puisse utilement le combattre; mais, comme certaines substances, portées par le sang vers l'encéphale, agissent à la façon des poisons et troublent ainsi l'intelligence, il se peut faire qu'en rejetant ces poisons au dehors, en modifiant leur composition, en les décomposant, en détruisant ainsi la cause matérielle qui, blessant le cerveau, amène le délire, on fasse cesser celui-ci. C'est dans cette intention, sans doute, que beaucoup de médecins habiles ont recours, dans le narcotisme causé par l'opium, la belladone, ledatura, le hachich, etc., à divers agents dont les effets thérapeutiques, dans de tels cas, ne sont pas bien démontrés. Souvent le succès dont leur emploi est suivi peut être rapporté à l'eau qui leur sert de véhicule.
Cette eau, en effet, pénétrant dans la circulation,
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entraîne hors de la trame encéphalique, l'agent toxique qui la modifiait d'une manière funeste. C'est donc encore dans ce genre d'empoisonnement, comme dans ceux dont les autres organes sont le siège, à un moyen bien simple, je veux dire à l'administration de l'eau en abondance donnée en boisson, en injections, en bains, en vapeur, qu'il convient surtout d'avoir recours.
331. Utilité de l'ammoniaque dans le délire de l'ivresse et dans le delirium tremens.
Les réflexions qui précédent et qui sont relatives à la destruction où à la modification de la cause matérielle du mal, sont en partie applicables au délire de l'ivresse (état aigu) et à cette aliénation mentale avec tremblement musculaire qui a reçu l'absurde nom de delirium tremens (état chronique). L'agent chimique qui produit ces deux séries de phénomènes n'est autre que l'alcool, et l'action toxique de celui-ci sur l'encépale est combattue avec succès par l'ammoniaque, administrée à la dose de 10 à 20 gouttes dans une verrée d'eau. C'est une chose remarquable que de voir la promptitude avec laquelle se dissipe l'ivresse (alcocéphalie) alors que l'on a fait prendre au misérable qui en est atteint, le médicament dont il s'agit, médicament dont il est bon de renouveler la dose à quelques minutes de distance.
J'ai réussi, par ce moyen inoffensif, et d'une manière vraiment remarquable, dans plusieurs cas de
délire chronique avec ou sans troubles de locomotion, et qui me paraissaient dus à Faction de l'alcool.
32. Cas d'encéphalie alcoolique guérie promptement par l'ammoniaque.
La première fois que j'obtins un résultat aussi heureux fut celui du baron de X..., qui me fut recommandé par le prince de la M... Ce monsieur était, depuis huit jours, dans un état comateux et dans un délire furieux; ses membres se livraient à des mouvements désordonnés. On le croyait atteint d'une méninge-encéphalite, et d'abord mon opinion ne différa pas de celle des autres médecins; mais ayant eu connaissance des excès d'alcool auxquels le malade se livrait habituellement, je proposai l'emploi d'une boisson avec addition d'ammoniaque. Quelques heures après, le délire ou plutôt l'aliénation mentale et le tremblement musculaire avaient complètement cessé pour ne plus reparaître.
Depuis lors, à l'hôpital ou dans ma pratique particulière, j'ai eu assez fréquemment recours, dans un assez grand nombre de cas analogues, au même traitement, et des succès rapidement obtenus en ont été la suite. Espérons que le temps et l'expérimentation feront découvrir des agents aussi utiles pour remédier aux accidents cérébraux causés par les autres poisons narcotiques.
On a proposé de guérir l'empoisonnement -par un narcotique, au moyen d'une intoxication avec un
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autre narcotique : c'est là une de ces idées bizarres que la clinique ne consacre pas.
333. C'est la cause physiologique et la lésion anatomique que, dans le délire, il faut avant tout combattre.
Pour remédier à la plupart des aberrations morbides de l'esprit, qu'elles soient aiguës ou qu'elles soient chroniques, c'est, d'une part, la cause qui les a produites et les entretient, et, de Pautre, la lésion organique qui leur donne lieu, qu'il s'agit de faire cesser ou de détruire.
334. Agents toxiques causant le délire. Traitement dans de tels cas.
Le délire, dans les maladies aiguës, est souvent le résultat de l'action d'un agent toxique qui blesse le cerveau. Il en est ainsi dans la variole, dans la rougeole, etc. On ne connaît aucun contre-poison des virus qui causent ces maladies; en conséquence, il n'y a ici aucun conseil à donner autre que ceux qui ont trait à la curation du délire produit par les narcotiques (page 437).
Les phénomènes cérébraux qui se manifestent dans les affections dites typhoïdes, sont, en général , les résultats de l'action de l'agent septique (septiose). Or, la rénovation de l'air, les boissons abondantes, peutêtre les inspirations d'iode ou de chlore, sont alors les médications les plus indiquées, et ce sont encore là des moyens presque hygiéniques.
Quand le foyer des matières putrides qui empoisonnent le sang et, par suite, font délirer, est dans l'intestin ulcéré et rempli de matières fécales, évidemment il faut, par des purgatifs et des irrigations anales, faire évacuer ces matières.
L'abstinence prescrite par le médecin ou exigée par les symptômes, et à laquelle les malades atteints de ces affections sont souvent soumis, le défaut de sang (hypémie), qui rend la circulation encéphalique peu active, sont souvent les causes de l'espèce de délire auquel on a donné le nom de typhomanie. Dans de tels cas, ce sont les aliments réparateurs, des doses modérées d'excellent vin, sur lesquels il faut le plus compter; cette proposition est éminemment applicable aux aliénés très-affaiblis et dont le délire est entretenu par la faiblesse due à l'hypémie, etc., etc.
Les causes morales, c'est-à-dire les sensations, les impressions, les passions, les événements de diverses sortes qui viennent à frapper l'intelligence, peuvent produire des délires momentanés ou l'aliénation mentale. Il est évident ici que le principal moyen thérapeutique est de soustraire le malade à l'action de ces causes puissantes. De là l'extrême avantage, dans beaucoup de cas, de l'isolement et même de la séquestration. Je ne puis insister sur les détails que comporterait ce sujet; mais il n'est pas douteux que les médicaments ne soient ici que des moyens trèsaccessoires, et que l'éloignement des circonstances sous l'empire desquelles le mal s'est déclaré est la
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précaution la plus utile à prendre dans un cas semblable.
335. Délire ou folie dont les causes matérielles existent dans le cerveau et dans les autres parties de l'axe nerveux.
Le délire ou l'aliénation mentale sont, dans bien des cas, les résultats i'une cause matérielle appréciable qui tantôt existe dans l'encéphale lui-même, tantôt dans les organes autres que le névraxe. C'est ainsi qu'à la suite des inflammations des membranes du cerveau, surtout alors que le mal a son siège vers la voûte du crâne, survient un trouble aigu des facultés intellectuelles, trouble qui s'élève quelquefois jusqu'à la fureur, et qui rend le malade si déraisonnable qu'il se précipite par la fenêtre, veut se pendre, cherche à assassiner ses gardiens ou même ceux que d'ordinaire il aime le plus. De tels cas exigent évidemment un traitement énergique, dont l'exposé ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage, et ce traitement se compose : 1° de celui qui remédie aux causes de l'inflammation cérébrale; 2° de celui qui convient contre cette phlegmasie elle-même. On n'a que trop souvent, dans les hôpitaux, l'occasion de constater, sur les cadavres, les causes matérielles d'un tel délire, et la médecine fondée sur le diagnostic parvient quelquefois à les reconnaître pendant la vie.
A l'état chronique, on voit des aliénations mentales être la conséquence de troubles circulatoires à marche lente (stases sanguines, congestions, etc.), d'épaissis-
sements, de couches plastiques développées dans les membranes du cerveau, de ramollissements superficiels entourant ou non des kystes hémorrhagiques, de dégénérescence ou de tumeurs variées dont cet organe est le siège. Dans ces cas malheureux, les moyens simples, autres que ceux qui ont étéaindiqués(p. 415) et qui ont trait à la position du malade, réussissent peu. Toutefois, une alimentation réparatrice, principalement composée de viandes, de gelées, et surtout la substance nerveuse, V albumine de l'œuf (qui entre en si grande proportion dans la composition du névraxe), m'ont paru avoir, dans le ramollissement encéphalique causant la démence, une efficacité réelle. J'ai pu même, par des exercices gymnastiques, en faisant marcher par des pas de plus en plus grands, améliorer le mouvement. J'ai même rendu à la langue un peu d'énergie alors que des paralytiques, d'après mes conseils, avaient, pendant un certain temps, inutilement cherché à exercer cet organe.
336. Aliénations mentales causées par des lésions autres que celles du cerveau.
Des lésions de parties autres que le cerveau donnent quelquefois lieu au délire ou à l'aliénation mentale. L'explication de semblables faits est loin d'être facile et doit varier suivant la partie affectée et l'espèce d'altération organique qui sont les points de départ des accidents.
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