Migraine ophthalmique, ou mieux névropallie ommique
La migraine ophthalmique, si l'on veut la névropallie ommique (1), occupe l'un des yeux. Elle se manifeste, d'abord par la vue d'une image bleuâtre, d'un arc lumineux le plus souvent disposé en zigzags, oscillant, grandissant avec lenteur, et auquel succède une douleur frontale du même côté (2). C'est une de ces vibrations de nerfs, de ces névropallies appréciables ici à la vue, qui, partant d'un point du système nerveux, s'étendent de proche en proche, passent successivement, par des communications dites anastomoses, d'un nerf à un autre. Dans ce trajet, ces vibrations causent soit des douleurs, soit des accidents convulsifs, soit des paralysies ou d'autres troubles fonctionnels, phénomènes divers qui sont en rapport avec les actions départies aux organes où ces nerfs se distribuent, ou encore avec l'organisation de chacun de ces nerfs. Dans le langage généralement reçu, la migraine dont il s'agit et que j'ai appelée d'abord irisalgie, puis névropallie ommique, est une névropathie qui, partant de l'œil, s'étend au nerf frontal, où elle cause d'atroces souffrances, se propage à la huitième paire fnerf qui se distribue à l'estomac) en donnant lieu alors à des nausées, à des vomissements, et quelquefois,
(1) Voyez le Mémoire sur la migraine ophtbalmique dans le procédé opératoire de la percussion, dans la Clinique médicale de la Pitié et dans le Traité de médecine pratique.
(2) Je reviens ici sur l'étude de la migraine ophtbalmique. parce que son histoire éclaire celle des névropallies en général.
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bien que rarement, elle se reproduit, sous la forme d'oscillations, dans les doigts, les avant-bras, etc
310. Action nerveuse réflexe dont la connaissance est faussement attribuée à Marshall Hall. — Travaux, de beaucoup antérieurs, de M. Piorry sur ce sujet. — Névropallies prosasiques.
En vérité, Ton a bien raison de dire que nul n'est prophète dans son pays. Dès 1826 ou 1827, ayant étudié sur moi-même la névropallie ommique ou i risalgie, n'ayant que trop vu le demi-cercle oscillant dont il vient d'être parlé, ayant suivi la marche de la vibration .fîbrillaire qui le constitue vers le ganglion ophthalmique, le nerf frontal, puis la huitième paire jusqu'à l'estomac, et son extension dans les membres, et cela sans que le névraxe fût atteint de ces phénomènes; ayant ensuite retrouvé exactement les mêmes accidents chez un grand nombre d'autres personnes, je publiai ces faits; d'abord dans divers Mémoires sur les névralgies et sur les névroses, puis dans la Clinique médicale de la Pitié (1833), dans les Traités de diagnostic (1832) et de médecine pratique (nos 1 1,551, M, 519, 11,630). Tout d'abord je vis que des faits tout à fait analogues avaient lieu dans l'épilepsie, l'hystérie, le tétanos, la rage, l'angine de poitrine, etc., etc., en un mot, dans la plupart des affections dites névroses, dans la fièvre intermittente, etc., etc., et je déduisis de ces études que certains états névropathiques , consistant pour
moi en des oscillations nerveuses (névropallies), naissaient sur certains points périphériques du système nerveux , et se propageaient non pas jusqu'au cerveau, mais soit à la moelle , soit à des plexus , soit à des ganglions, soit à d'autres nerfs, et déterminaient dans ce trajet des symptômes en rapport avec les filets que les vibrations parcouraient, ou avec la structure des organes où ces filets se distribuaient. Je vis même à la Pitié, en 4836 ou 1837, un cas qui fut publié dans la Gazette des hôpitaux, et dans lequel existait une destruction complète delà moelle devenue entièrement puriforme et diffluente, et cela à la hauteur de*la dernière vertèbre dorsale et dans Tétendue de plus de trois centimètres. Or, sur ce même point et un peu au-dessous de lui, il y avait des sensations perçues qui tenaient à ce que des nerfs en communication avec l'encéphale portaient au névraxe les impressions dont les tissus sousjacents à la lésion étaient le siège ; mais plus bas, aux lombes, au bassin, dans les membres inférieurs^ toute sensibilité était absolument anéantie.
Chose remarquable, cependant : s'il arrivait que Ton excitât les membres inférieurs et surtout que l'on chatouillât la plante du pied, des contractions trèsbien ordonnées dans les muscles de ces membres avaient lieu, de telle sorte qu'ils se rétractaient précisément de la même façon que si la volonté avait décidé de ce mouvement instinctif et comme si un nouveau centre nerveux, formé au-dessous de la
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lésion, avait présidé à des contractions destinées à faire fuir le mal par les parties excitées (1).
Ainsi, tous ces phénomènes que Ton dit constituer Y action réflexe dont V étude est si bien rapportée, en France et à l'étranger, à Marshall Hall? ont été reconnus et décrits bien des années auparavant, en France, par M. piorry, qui a été plus loin que Villustre médecin anglais, puisqu'il a prouvé que cette action consiste dans une vibration, une oscillation, une pallie névrique et extensive (prosasique) , qui, sans passer par l'encéphale, suit la direction de filets, de branches, de troncs, de plexus, de ganglions nerveux, de sections de la moelle, pour s'étendre de là à des nerfs de sentiment ou de mouvement , en déterminant des phénomènes en rapport avec les fonctions de ces organes.
Mais reprenons ici l'étude des moyens simples et utiles qu'il convient d'employer pour comhattre la * névropallie ommique ou migraine de l'œil.
31 1. PetiSs moyens thérapeutiques à employer contre la migraine ophthalmiqne.
Les moyens pharmaceutiques que Ton a employés pour remédier à la migraine ophthahnique ne réus-
(1) Cette action involontaire, irréfléchie, rappelle la corde de violon que l'on rapproche du feu et qui se retire comme si elle fuyait la chaleur. Ce fait mérite à coup sûr les réflexions du physiologiste et du penseur. C'est bien là, en effet , la contractilité de tissu de Bichat, ou plutôt le racornissement; mais il faut avouer que la rétraction de la corde se rapproche infiniment de îa contraction dirigée par la volonté.
sissent presque jamais ; l'opium et la morphine donnés à l'intérieur, ou en frictions à l'extérieur, sont sans efficacité. J'ai cru d'abord obtenir de la belladone quelques résultats avantageux; mais, plus tard, cet espoir ne s'est pas réalisé. Les seuls moyens qui aient présenté dans ces cas une véritable efficacité sont entièrement du domaine de l'hygiène,
Les causes qui donnent le plus souvent lieu à la migraine ophthalmique sont l'éblouissement et l'action de lire, de travailler des yeux, de fixer un corps lumineux soit après le repas, soit lorsque l'on souffre de la faim. Le premier soin à donner ici est donc d'éviter ces causes pour que leur effet n'ait pas lieu.
312. Aliments excitants arrêtant à son début la migraine de l'œil ou ophthalmique.
Tout aussitôt que l'image initiale du mal (arc lumineux, apparence électrique, simples lueurs oscillantes, éblouissements) vient à se déclarer, il suffit de porter dans l'estomac quelques aliments excitants, tels que du vin avec un biscuit ou du pain, etc., pour arrêter la progression de la névropallie ou oscillation nerveuse, et pour empêcher qu'elle ne s'étende au front et aux autres nerfs. En agissant ainsi, on ne fait pas cesser, il est vrai, le travail pathologique qui donne lieu à la sensation de l'image, mais ce travail ne se continue pas au delà de l'œil. L'obscurité et le sommeil, quand il est possible de s'y livrer, sont en-
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core d'utiles moyens que les gens atteints de migraine sont conduits spontanément à employer contre cette douloureuse affection.
313. Contestions sanguines cérébrales aiguës (encéphalémics); hémorrhagies cérébrales ou apoplexies (encéphalémies).
Les congestions cérébrales aiguës, ainsi que les hémorrhagies dans le cerveau, résultats trop fréquents de ruptures de vaisseaux, ne peuvent guère être utilement combattues par des médications pharmaceutiques. En général, c'est en ayant recours à des précautions hygiéniques, à des moyens plus ou moins simples, sans danger et à la portée de tous, que Ton peut prévenir, pallier ou guérir les états pathologiques dont il vient d'être parlé.
314. Moyens propres à empêcher les congestions sanguines vers la tète.
Le trop de sang rapidement porté vers le cerveau réclame, avant toute chose, que la tète soit placée sur un plan élevé, autant que possible, au-dessus des autres parties du corps (1).
A ce moyen de premier ordre, il faut ajouter les suivants :
(1) La. plupart des considérations qui vont suivre sont extraites de mes expériences et de mes recherches sur les pertes de sang, sur l'apoplexie et la syncope, etc., etc. (procédé opératoire de la percussion médiate et collections de Mémoires. 1832) ; Traité, de médecine pratique. . t . Y III .
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\° Tenir les pieds et les jambes pendants, c'est-àdire non posés sur le sol;
2° Placer les membres supérieurs dans une position analogue ;
3° Établir en même temps des ligatures fortement serrées au-dessus des coudes et au-dessous des genoux; tenir les membres pendants, c'est-à-dire sans appui, à l'effet de retenir le sang dans les veines et dans les capillaires des extrémités, de sorte qu'une très-grande proportion de liquide soit momentanément soustraite à la circulation et, par conséquent , soit en moins portée vers le cerveau ;
4° Entourer de corps chauds les membres pour que les vaisseaux s'y dilatent;
5° Placer, sur les parties latérales du cou, des corps très-froids, à l'effet que les artères carotides, revenues sur elles-mêmes, reçoivent peu de liquide et en portent moins vers l'encéphale ;
6° Si le temps permettait d'avoir recours à des ventouses de forte dimension appliquées sur les membres, ce serait encore là un moyen d'une grande efficacité ;
7° Les respirations suspirieuses profondes et réitérées coup sur coup, pendant quelques minutes, favorisant la circulation pulmonaire et, par suite, le cours du sang dans le cerveau, sont encore des manœuvres aussi simples qu'avantageuses pour remédier à la congestion cérébrale et à ses tristes conséquences ;
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8° Les évacuations de matières ou de gaz au moyen de purgatifs sont aussi extrêmement utiles, en ce sens que, vidant les intestins, elles diminuent le volume du ventre, et que, rendant ainsi plus facile rabaissement du diaphragme, il en résulte une expansion plus facile des poumons et une activité plus grande de la respiration.
L'ensemble des moyens précédents est bien autrement actif que les sinapismes, les vésicatoires et les autres moyens douloureux que l'on emploie d'une façon banale, et sans que l'on se soit demandé, avant leur emploi, si la sensation pénible qu'ils causent, si l'impression qui en résulte pour l'encéphale, n'ont pas plus d'inconvénients pour cet organe que le trouble d'innervation et de circulation , qu'ils déterminent localement, n'ont d'avantages.
315. Utilité de la saignée dans les congestions cérébrales et au moment où se font des hémorrhagies encéphaliques.
Le moyen par excellence dans les congestions cérébrales bien caractérisées et dans les hémorrhagies encéphaliques au moment même ou elles viennent de se faire est la saignée, et non pas la saignée pratiquée par une main que dirige un esprit pusillanime ; mais portée aussi loin que l'état actuel de l'organisme et les proportions du sang en circulation permettent de le faire.
On ne s'explique, en effet, les appréhensions qu'un grand nombre de médecins de notre temps
ont relativement à la saignée que par le peu d'habitude qu'ils ont de la pratiquer, ou par la crainte puérile de ne pas plaire au public en y ayant recours. Son extrême utilité, dans les cas où elle est véritablement indiquée et où le plessimétrisme démontre que les organes contiennent beaucoup de sang, est un fait scientifique absolu et contre lequel l'entêtement ou des préventions ridicules peuvent seuls s'élever.
31 G. Les congestions cérébrales, étant de natures très-diverses, reclament chacune des traitements qui diffèrent entre eux.
Les congestions sanguines du cerveau sont, du reste, de différentes sortes, et les moyens qui conviennent pour les combattre sont loin d'être applicables dans tous les cas. Ainsi, les unes sont dues à un accroissement dans la circulation cérébrale ; d'autres, à une stase veineuse de l'encéphale, suite elle-même de ce que le cours du sang est difficile dans le cœur ou dans les poumons. Un grand développement du ventre par des matières, des gaz, de l'eau, etc., occasionne aussi une dilatation des vaisseaux dans la cavité du crâne. Des poisons, portés par la circulation dans la substance cérébrale, y déterminent un afflux de liquides, et cet afflux survient encore à la suite des impressions morales et de certaines affections névropathiques, telles que l'hystérie et Tépilepsie. Les lésions chroniques de l'encéphale, telles que celles qui succèdent aux foyers hémorrhagiques, telles encore que des ramollissements, des
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tubercules, peuvent être les causes des congestions vers la tête.
Chacune de ces circonstances exigeant des modifications particulières dans le traitement, il en résulte qu'il est impossible d'établir, dans un livre de la nature de celui-ci, les moyens hygiéniques plus ou moins simples qui conviennent à chacune des variétés de congestion cérébrale dont il vient d'être question- La conséquence logique de ce qui précède est que, pour remédier à la congestion cérébrale, il faut faire cesser l'action des causes qui la déterminent, ce qui exige, de la part du médecin, une étude approfondie et de la science et du malade. — Ces études ne peuvent être faites dans un ouvrage de la nature de celui-ci.
317. Moyens de prévenir la rechute d'une hémorrhagic encéphalique ou d'une attaque d'apoplexie.
Lorqu'un homme a été atteint d'une hémorrhagie encéphalique (encéphalorrhémie), il y a tout lieu de craindre qu'après un nombre variable de jours, de mois ou d'années, le mal ne se reproduise avec une intensité nouvelle et ne compromette encore plus que la première fois la vie du malade. Ce fait est généralement connu; mais ce qui l'est moins, ce sont les moyens de prévenir une aussi fâcheuse catastrophe.
Le premier de tous est la sobriété, et surtout d'éviter d'introduire à la fois dans l'estomac et dans l'intestin une grande proportion d'aliments, et surtout
de ceux qui dégagent des gaz. Si cette précaution est utile pour un seul repas, elle Test non moins pour la vie habituelle, et il est certain qu'un régime trèssubstantiel et très-abondant, donnant lieu à la formation d'une proportion très-considérable de sang, dispose singulièrement à la congestion et à l'hémorrhagie cérébrale. De plus, l'ingestion habituelle d'une nourriture copieuse, surtout alors qu'elle est composée de farineux, de fécules, de graines potagères, de corps graisseux, doit être rangée, ainsi que la rétention habituelle des matières et des gaz, parmi les circonstances qui favorisent le plus le développement du ventre. Ce grand développement de l'abdomen, gênant démesurément la respiration et refoulant le cœur, est une cause puissante d'embarras dans la circulation du cerveau. ïl est donc très-utile, pour celui qui est disposé à la rechute d'une hémorrhagie encéphalique, d'être réservé sur la proportion des aliments qu'il prend, et de se nourrir particulièrement de substances qui, sous un petit volume, peuvent le nourrir suffisamment, telles que les viandes, le poisson, les œufs, etc.
Le second moyen est de ne prendre des boissons fermentées, et surtout de celles qui contiennent beaucoup d'alcool, qu'avec la plus grande modération.
Le troisième, d'après ce qui vient d'être dit de la stase des matières et des gaz, et du volume du ventre, est d'avoir fréquemment recours à des purgatifs légers qui, tels que de petites doses de rhubarbe ou de scam-
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monée, provoquent un certain nombre d'évacuations par jour et empêchent la stase des scories et le dégagement des fluides élastiques.
Le quatrième est d'éviter les impressions morales vives, les efforts violents et surtout ceux de la défécation.
Le cinquième est d'éviter aussi de se trouver dans des appartements étroits, mal aérés, et dans ceux surtout où la respiration d'un grand nombre d'hommes a altéré l'atmosphère.
Le sixième est, pour peu que Ton éprouve la sensation d'une gêne à la circulation vers la tête ou de la peine à respirer, de pratiquer coup sur coup des inspirations suspirieuses.
318. Utilité de ia limonade chiorhydrique dans les cas de concrétions dans les artères du cœur et dans les vaisseaux.
Les gens qui présentent du côté du cœur des accidents chroniques que l'on peut rapporter à des concrétions dans les vaisseaux, concrétions qui sont parfois appréciables aux artères du bras, de la cuisse, etc., feront bien, d'après quelques faits dont j'ai été témoin, d'avoir recours, pour prévenir la formation de ces concrétions ou pour y remédier jusqu'à un certain point, de prendre, le matin et le soir, une verrée de limonade chiorhydrique légère, et destinée à agir sur les sels calcaires en les dissolvant.
Enfin les saignées, dont la quantité doit être
proportionnée à Fétat des organes et obtenues au moyen de la lancette ou des sangsues, pourraient, avec avantage, être pratiquées de loin en loin.
Je puis affirmer qu'en ayant recours à l'emploi des moyens précédents, j'ai vu des gens qui avaient été frappés d'une première et même d'une seconde attaque d'apoplexie vivre six ou huit ans sans récidive, et que Mme H..., de Versailles, qui a été dans ce cas, n'a péri, dix ans après une seconde attaque, qu'à la suite d'un ramollissement hypotrophique du cerveau,
319. Peut-on espérer ramener un paralytique , devenu tel à la suite d'une hémorrhagie encéphalique, à un état convenable de l'intelligence et des mouvements? Moyens les plus convenables à employer dans de tels cas.
Rien n'est désespérant comme de voir les infirmités physiques et intellectuelles de l'homme qui a été atteint d'une hémorrhagie cérébrale. A coup sûr. dans des cas pareils, les médicaments n'ont aucune efficacité. Heureusement que, peu à peu et à mesure que s'éloigne le temps où l'attaque a eu lieu, l'intelligence altérée s'améliore et le mouvement se rétablit jusqu'à un certain point. Ces heureuses modifications survenues dans l'état morbide sont les résultats de l'organisme lui-même, que Ton est convenu d'appeler la nature. Seulement, il est quelques moyens qui ont, sur le retour des facultés intellectuelles et sur le rétablissement des mouvements, qui restent toujours incomplets l'un et l'autre, une influence heureuse. Ces
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moyens sont d'exciter la volonté des malades, de les engager à agir le plus possible avec les membres paralysés, de pratiquer des frictions et le massage sur ces mêmes membres, et de diriger exclusivement dans leur étendue, en se donnant garde de le porter vers les centres nerveux, un courant d'électricité par induction; c'est, de plus, de faire exécuter tous les jours des mouvements gyinnastiques de plus en plus étendus; c'est encore de faire exercer, autant que possible , l'intelligence et de recommencer une éducation nouvelle, comme s'il s'agissait d'un enfant que l'on élève, car j'ai vu M. Vatel, père de l'ancien directeur des Italiens, qui, à la suite d'une hémorrhagie encéphalique , avait perdu la possibilité de lire, tout en ayant conservé la faculté d'écrire, et qui, reprenant des leçons de lecture, finit, après quelques mois, par lire couramment et ses écrits et les journaux.
320* Aphasie, aphemie, etc. Cas remarquables d'oubli de la mémoire de certains mots (amnémonomie, ce qui signifie perte de la mémoire des noms).
On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, d'un symptôme de souffrance encéphalique ^ dont on a presque fait une maladie : je veux parler de l'impossibilité où se trouvent quelques personnes atteintes de lésions cérébrales, persistantes ou passagères, de dire certains mots, certains membres de phrase, tandis qu'elles peuvent facilement prononcer d'autres
paroles. Des médecins, qui sont très-loin d'adopter le pathonomisme (nomenclature conçue d'après les idées médicales modernes) et qui se sont élevés, avec plus d'animation que de raison, contre l'admission d'un langage utile et expressif, se sont évertués à donner au symptôme dont il s'agit une dénomination convenable et faite d'après les principes qu'il est souvent indispensable d'adopter dans la plupart des cas pathologiques.
Eux, qui s'élèvent avec une ténacité singulière contre l'emploi, dans notre langue, des racines grecques, ont cherché à former un mot, de source hellénique, qui soit propre à exprimer nettement leur idée sur le caractère môme du phénomène dont il s'agit.
C'est ainsi qu'ils ont proposé, pour désigner le symptôme dont il est ici question, les dénominations aphémie, aphasie, etc., rte. Il y a même eu dans les journaux, sur le terme le meilleur à adopter dans ce cas, des discussions auxquelles on a accordé beaucoup trop d'importance; et cependant ces mêmes personnes cherchent à faire croire qu'il est inutile de désigner les lésions d'organes par des mots significatifs ! Ainsi est fait l'esprit humain alors qu'il écoute la prévention, la rivalité ou l'esprit de parti !
Ces termes mêmesque l'on a proposés sont mauvais, parce qu'ils ne désignent pas la nature du symptôme que l'on veut dénommer. Ce n'est pas, en effet, la faculté d'émettre les sons vocaux nécessaires pour articuler un mot, une phrase, etc., qui manque au
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malade : c'est bien la mémoire de ce mot. La preuve en est que, si Ton vient à prononcer devant lui ce terme ou cette phrase alors qu'il les a longtemps et inutilement cherchés, il les prononce plusieurs fois de suite tout à coup et avec volubilité. C'était ce qui avait lieu pour le vieux prêtre Perrier, que j'ai vu dans les premiers temps de ma carrière médicale et dont j'ai tracé l'histoire dans les traités de diagnostic et de médecine pratique. Ce vieillard avait oublié les noms de tous les substantifs, et se servait, pour exprimer ce qu'il voulait dire, de périphrases dans lesquelles n'entraient que des verbes, des adjectifs, des pronoms ou des prépositions. Ainsi , si son intention était de demander un chapeau, il se servait d'une locution comme celle-ci : Donnez-moi ce qui sert à se couvrir en haut. Arrivait-il qu'on proférât devant lui le mot chapeau, il le répétait plusieurs fois coup sur coup, et, un instant après, il avait de nouveau complètement -oublié de le pouvoir dire. J'ai vu, depuis bien des années, plusieurs faits analogues , et je serais désolé d'avoir pu les rapporter à une maladie.
Des phénomènes de ce genre sont si bien des symptômes , que le vieux prêtre Perrier comme M. Vatel (p. 422) portaient des lésions organiques consécutives à des hémorrhagies, et qui, pour le premier de ces malades, furent constatées sur le cadavre, car il existait dans Vun des corps striés de V ancien ecclésiastique plusieurs petits kystes séreux, résultats de Vhémorrha-
gie encéphalique dont je l'avais traité un an auparavant.
Si Ton voulait donner un nom juste au symptôme dont il est ici question, il faudrait l'appeler amnémonomie, ce qui signifie défaut de la mémoire des noms, et cette absence de mémoire se prononce dans un grand nombre de cas et à des degrés très-divers depuis cet oubli des noms propres, qui a lieu d'une manière accidentelle chez tant de gens soit âgés, soit même jeunes, soit alors que Ton est affaibli, jusqu'aux phénomènes nettement accentués de la perte de mémoire des mots, tels qu'on les observe à la suite des hémorrhagïes, de l'atrophie cérébrale, etc.
Il en est du trouble fonctionnel précédent comme d'une foule d'autres : il peut dépendre d'une lésion persistante et de durée, comme cela arrivait dans le cas du vieux prêtre Perrier, et alors le symptôme amnémonomie aussi persiste ; ou il est le résultat d'une modification momentanée de texture analogue aux névropallies, aux altérations du sang, etc.; et quand il en arrive ainsi, comme il paraît que cela a eu lieu chez M. le professeur Lordat, le phénomène symptomatique cesse quand l'état organique qui lui a donné lieu s'est dissipé.
Tout ce qui a été dit précédemment des moyens d'exercice et d'éducation applicables à la curation des paralysies, suites de lésions encéphaliques, est applicable à celle de l'amnémonomie.
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321. Défaut d'abord du sang vers le cerveau (hypocéphaléruie, acéphalémie). Syncope, évanouissement.
Le cerveau et très-probablement la moelle vertébrale souffrent peut-être plus souvent par défaut que par excès de sang, et Ton n'a pas toujours tenu assez compte de ce fait capital. Pour peu que Ton éprouve des étourdissements ou des vertiges, on ne manque pas de se croire atteint d'une congestion cérébrale, et malheureusement trop de médecins partagent cette croyance. Or, il s'en faut bien que, dans une foule de cas, ils soient, à cet égard, dans le vrai; et des symptômes analogues à ceux qui produisent la congestion sanguine, ou les premiers phénomènes d'une hémorrhagie encéphalique, se déclarent alors que le sang n'arrive plus au cerveau ou n'y parvient pas en proportion suffisante.
L'évanouissement ou syncope est l'expression extrême de ce défaut de sang, ou d'un arrêt de circulation dans la tête ; ce même défaut de sang présente bien des degrés, dont les plus faibles sont marqués: par des étourdissements, des éblouissements, des tintements d'oreilles, etc., tandis que, dans les cas les mieux dessinés, ont lieu : la perte de connaissance, des vomissements et même des convulsions. J'ai publié, sur ce sujet, des travaux qui ont eu pour matériaux soit des expériences sur les animaux, soit des faits observés sur l'homme sain, soit des observations recueillies, pendant de longues années, dans les hôpitaux.
II suffit de tenir, pendant quelque temps, la tête d'un animal qui a perdu beaucoup de sang élevée sur un plan supérieur aux autres parties du corps pour voir survenir les symptômes dont il vient d'être parlé, et ces phénomènes cessent de se manifester alors que Von abaisse le cerveau. Il semble parfois, dans le premier cas, que Tanimal soit mort, et qu'il ressuscite dans le second. Les mêmes faits sont observés chez l'homme (1).
322, Cas remarquable de retour momentané à la vie chez un homme évanoui qui paraissait mort.
J'ai cité ailleurs le cas d'un courtier en diamants, M. Achard.qui, en 1825, avait été atteint par un coup de pied de cheval porté sur le ventre (2). Une hémorrhagie abdominale était survenue. On avait tenu le malade assis sur une chaise. Depuis cinq minutes il n'avait plus4 de connaissance; la respiration ne s'exécutait pas; les battements du cœur et du pouls étaient inappréciables; les assistants croyaient que ce malheureux n'existait plus. Je fis étendre le malade sur un plan horizontal, la tête étant placée un peu plus bas que le tronc. Un instant après, quelques soupirs eurent lieu, le cœur battit, la connaissance revint, des phrases très-lucides furent proférées; malgré mes exhortations et même malgré mes ordres,
(1) Mémoires sur les pertes de sang, sur la syncope et l'apoplexie, Pro.édé opératoire de la percussion, pages 208, n03 351, 444, etc.; Traité de médecine pratique, nos 11 ,814, 11 ,816;, etc.
(2) Procédé opératoire, n° 404.
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on souleva la tète de cet agonisant, qui, presque subitement, perdit alors connaissance et périt. Certes, si la tête fût restée élevée, l'attitude assise étant conservée, il n'y aurait pas eu cette sorte de résurrection dont il vient d'être parlé, et Achard eût été, dès lors, frappé d'une mort définitive (1), qui, plus tard, fut le résultat d'un défaut absolu de l'abord du sang dans les vaisseaux du cerveau, dû à ce que la faible proportion de ce liquide qui circulait encore ne pouvait, à cause de son peu de volume et de la faiblesse du cœur, surmonter l'influence de la pesanteur et être lancé dans l'encéphale.
323. Extrême utilité, dans la syncope^ de tenir la tête plus ou moins abaissée.
Que de fois, depuis cette époque, soit en ville, soit à l'hôpital, dans l'agonie par défaut de sang et par faiblesse du cœur, ne suis-je pas parvenu, en tenant abaissée, ou de niveau avec le corps, ]a tête du moribond, à retarder de quelques minutes et même de quelques heures la terminaison fatale î Dans combien de cas, chez des femmes atteintes de pertes utérines, surtout à la suite de l'accouchement, ou chez des hommes qui avaient perdu beaucoup de sang, n'ai-je pas remédié ainsi aux éblouissements, aux vertiges, à la perte de connaissance , aux convulsions même, etc.,
(1) On peut comparer ce retour momentané à la vie à ce qui a Heu chez certains animalcules desséchés, qui sont animés de mouvements alors que l'eau et la chaleur les pénètrent.
qui étaient dus au défaut d'abord du sang vers le cerveau ! Que de fois le moyen si simple dont il vient d'être parlé n'a-t-il pas contribué à conserver la vie des malades ou des nouvelles accouchées !
C'est donc une loi en thérapeutique, et une loi absolue, que de maintenir de niveau avec le tronc et parfois abaissée, la tête des malades qui perdent ou qui viennent de perdre une grande proportion de liquide sanguin. Cette proposition est tout aussi applicable au cas d'hypémie (peu de sang) survenue à la suite des pertes de liquides causées par la diarrhée, les sueurs, la nourriture insuffisante, l'abstinence, etc., que dans ceux où une hémorrhagie a fait un vide dans les vaisseaux. Telle jeune fille qui, dans une soirée, se trouve mal; telle femme enceinte chez laquelle le sang, se portant vers le produit de la conception, cesse d'être suffisamment dirigé vers la tête; tel malade exténué par un régime trop sévère qu'on lui a fait ridiculement tenir; tels hommes qui se nourrissant mal ou ayant éprouvé des privations, sont atteints de vertiges, de tintement d'oreilles, de nausées, de tendance à l'évanouissement, etc., ne devront être soumis, pour ces accidents, à des moyens pharmaceutiques et surtout à des saignées, que si l'on a essayé d'abord de faire disparaître les symptômes dont il s'agit par une position convenable de la tête.
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32^. Moyen simple de distinguer la syncope de la co gestion cérébrale et de l'apoplexie.
L'étude et la constatation des faits qui viennent d'être exposés m'ont conduit à trouver, dans la position de la tête par rapport au corps, un moyen physique précieux pour distinguer les cas de congestion ou d'hémorrhagie cérébrale de ceux où il s'agit du défaut d'abord du sang vers le cerveau (1).
Quand un malade , pâle ou non, mais qui ne présente pas cette coloration de la face, cette turgescence des vaisseaux , cette rougeur des capillaires , cette énergie du pouls de l'avant-bras et surtout du cœur, qui ne permettent pas de se méprendre sur le fait d'une congestion vers la tête; quand, dis-je, il arrive que ce malade est atteint d'éblouissement, de tintement d'oreilles, de vertiges suivis de nausées, de vomissements, de troubles dans l'intelligence, et même de mouvements convulsifs, il convient de faire placer, pendant quelques instants, la tête sur un plan situé plus bas ou au moins placé de niveau avec celui des autres parties du corps. S'il s'agit, chez cet individu, d'une absence de sang vers le cerveau, presque à l'instant même les accidents se dissipent.
(1 ) Mémoire sur le diagnostic de la syncope et de l'apoplexie dans le procédé opératoire-, n° 444.