Délire et folie, suites des maladies de la rate
et des fièvres intermittentes.
On voit parfois survenir, dans les fièvres intermittentes, un délire aigu, porté, dans les cas graves, jusqu'à la manie. Dans les affections chroniques de la rate, la raison est, dans certains cas, altérée; ici, c'est presque toujours d'une façon périodique que
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l'aliénation mentale se manifeste par accès. Dans Fun et l'autre cas, c'est évidemment à cette même rate qu'il faut rapporter la cause organique du trouble de l'esprit. J'ai plusieurs fois remédié, d'une manière presque subite , à la folie } en administrant aux malades 1 gramme de sulfate de quinine dissous dans 30 grammes d'eau acidulée avec 4 gouttes d'acide sulfurique. C'est qu'alors j'avais constaté , chez ces aliénés, une augmentation plus ou moins considérable dans le volume delà rate (splénomégalie). J'ai encore sous les yeux un jeune malade de Puerto-Ricco, qui, dans la maison de mon confrère et ami M. le Dr Rota, rue de Picpus, n° 90, fut guéri en très-peu de jours, par le sulfate de quinine, d'une manie périodique survenue à la suite de fièvres d'accès contractées en Amérique. La rate, volumineuse, reprit son état normal.
Parmi les cas de ce genre, je citerai surtout celui qui se rapporte à l'un de mes élèves, devenu depuis l'un de mes meilleurs amis, et qui, depuis un mois, délirant toutes les nuits, d'une manière très-violente, présentait une rate de 9 centimètres. Je le soignai dans la maison de M. Pinel neveu, alors à Chaillot. Le malade fut rendu à la santé vingt-quatre heures après le jour où, sous l'influence du sulfate de quinine, cet organe avait repris son état normal. M. le docteur X..., depuis quinze ans, jouit de la meilleure santé physique et morale, et habite une ville voisine de Paris, etc.
Dans mon opinion, il arrive, dans des cas de ce genre, qu'il se porte de la rate vers le cerveau une
oscillation nerveuse (névropallie) analogue à celle qui constitue le frisson fébrile, et que c'est cette oscillation qui, parvenue aux organes des sens et à l'encéphale, cause ainsi le délire, qui disparaît quand l'organe splénique cesse d'être malade.
341. Délire et folie , suites d'attaques d'épilepsie et d'hystérie.
C'est de cette façon encore que, dans le mal dit épilepsie, dont le point de départ des accès véritables est évidemment la rétine ou membrane interne de l'œil, se déclare le délire. Ces accidents paraissent résulter d'une névropallie (oscillation nerveuse) partant de ce même point et s'étendant par le nerf optique vers la base du cerveau aux tubercules quadrijumeaux et à la moelle allongée. On voit alors survenir, par l'extension de cet état morbide aux autres parties de l'encéphale, un assoupissement, puis un trouble de la raison, qui, plus tard, persiste et est suivi d'une aliénation mentale. Des faits du même genre ont encore lieu dans l'hystérie, avec cette différence que la névropallie primitive part ici de l'angiove (appareil génital) pour de là se porter vers l'encéphale. Bientôt je vais encore dire quelques mots sur les névropallies. Ce qu'il importe d'établir actuellement, c'est que, pour remédier à des aliénations mentales de cette sorte, il faut commencer par prévenir, ou du moins par éloigner les attaques épileptiques ou hystériques. Voici deux faits remarquables à l'appui de cette proposition.
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342. Guérison momentanée d'une aliénation mentale obtenue par l'éloignement et la palliation d'attaques d'épilepsie.
Un jeune artiste du Conservatoire , qui avait sur le violon un remarquable talent, et dont l'intelligence était du reste assez peu développée, éprouva des attaques d'épilepsie commençant par un éblouissement, un vertige, dus à une névropallie névrommique, c'està-dire à des oscillations de la rétine et du nerf optique. Elles étaient caractérisées par un regard fixe, une chute précédée d'un cri, la perte de connaissance, les convulsions, l'écume à la bouche, la morsure de la langue, le coma, l'oubli complet de ce qui avait eu lieu pendant l'accès, et bientôt par le délire. Le mal revenait d'abord à des distances assez éloignées, et l'altération de la raison persistait peu; après un certain temps, les attaques se rapprochèrent, et d'une telle façon, que tous les deux jours un nouvel accès survenait; chacun d'eux durait dans son ensemble plus d'une heure, et parfois il y en avait deux par jour ; alors le trouble de la raison persista entre chaque attaque, et le malade devint complètement aliéné et parfois furieux. Ayant remarqué que les accès se reproduisaient presque constamment aux mêmes heures et d'une façon périodique (je ne tenais pas assez de compte à cette époque du volume de la rate pour l'examiner), j'administrai, en une seule fois, un gramme de sulfate de quinine dissous dans l'eau acidulée par l'acide sulfurique, et, chaque jour, pendant plusieurs semaines, ce médica-
ment fut administré. En même temps, je fis éviter tout travail des yeux. Presque immédiatement les attaques s'éloignèrent, et bientôt elles ne se reproduisirent plus que tous les huit ou quinze jours; alors le délire cessa, l'intelligence redevint très-lucide, et pendant plusieurs semaines il en fut ainsi; mais les accès ne tardèrent pas à se rapprocher de nouveau, et alors les délires qui suivaient chacun d'eux se continuèrent jusqu'à l'attaque suivante. Le mal, ne cédant en rien à diverses médications, l'aliénation mentale reparut avec persistance, et il fallut placer le malheureux artiste dans une maison consacrée au traitement de la folie.
Chez une femme en démence (hypopsychismie) , atteinte d'attaques d'hystérie épileptiforme des auteurs, j'obtins, il y a bien des années, des résultats analogues. Sous l'influence de l'éloignement des accès, la raison se rétablit presque complètement; mais lorsque, depuis un mois, elle était ^dans le meilleur état, une entrevue avec son mari ramena le retour des attaques et la perte à tout jamais de la raison.
343. Des états organopathiques du cerveau troublent la raison.
On naît sans doute avec des prédispositions à la folie; tel ou tel état anatomique, telle ou telle modification de structure, de volume, de forme, survenus dans l'encéphale, etc., influent considérablement, ainsi que Gall et les physiologistes modernes l'ont
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démontré, sur les inclinations, les goûts, les aptitudes, le caractère, etc., de l'homme et des animaux (4).
L'expérience journalière prouve la vérité de ces propositions; et quand la présence de l'alcool, du hachich, de l'opium dans le sang, agissant sur le cerveau ou sur telle partie de l'encéphale, modifient avec tant de force les déterminations instinctives, intellectuelles et affectives ; quand une hémorrhagie, des ramollissements encéphaliques ou des altérations organiques qui les suivent, lésions dont l'étendue est très-peu considérable, émoussent la sensibilité, ôtent l'énergie, rendent pleureur ou irascible, détruisent la mémoire, annihilent la volonté, etc., il est impossible de mettre en doute que les changements matériels survenus dans le cerveau puissent porter une atteinte énorme aux facultés intellectuelles et partant à la raison.
344. Certaines impressions morales agissent avec force sur les aliénés et sur les gens en délire.
D'un autre côté, la clinique prouve aussi que, sous l'influence de causes morales, telles qu'un discours fortement accentué, des représentations faites ou des ordres donnés avec autorité, on agit sur les gens qui déraisonnent, et cela soit à l'état aigu (délire), soit à l'état chronique (folie). 11 faut donc en
(1) J'ai cherché à démontrer ailleurs que les animaux sont, en effet, sujets aux mômes passions que les hommes. Voyez mon poème sur Dieu, l'âme et la nature.
conclure que l'on peut agir utilement sur les aliénés en s'adressant directement à l'intelligence, ce qui ne peut se faire sans la médiation des organes des sens* Que de fois, en effet, ne m'est-il pas arrivé, au grand étonnement des élèves, de faire cesser brusquement le délire de fébricitants, délire que rien, depuis bien des heures, n'avait pu calmer, en leur parlant à voix très-haute et en leur donnant avec autorité Tordre de se taire !
Je n'agissais pas autrement, et je ne réussissais pas moins, ainsi que cela m'est arrivé bien des fois dans des réunions ou des rassemblements qui se livraient à des emportements ou à des passions violentes. L'influence d'un homme à volonté énergique, exercée sur des individus ou sur des masses, est grande et prouve, à n'en pas douter, que, dans la curation des troubles de l'esprit, il faut largement tenir compte de l'action exercée par la parole et par l'autorité de la raison sur l'intelligence de l'aliéné.
345. Ce n'est pas en général par les médicaments que l'on peut combattre Je délire et l'aliénation mentale (p. 437).
Les considérations et les inductions pratiques précédentes ont dirigé, depuis longtemps, la conduite des médecins aliénistes dans la curation de la folie. En vérité, on ne peut guère compter sur les médicaments alors qu'il s'agit de ramener un fou à la raison. Les purgatifs exercent sans doute, par l'évacuation des matières (car la constipation dispose à la tristesse),
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une influence heureuse sur la disposition de l'esprit; mais c'est peut-être plutôt en enlevant une cause de malaise que par une autre action que ces substances ont de Futilité. L'ellébore, fût-ce celui d'Anticyre, célébré par les poètes anciens, a été abandonné, et il en a été ainsi de beaucoup d'autres drastiques. Les prétendus antispasmodiques, les narcotiques, n'ont qu'une efficacité temporaire; bientôt rejetés au dehors par l'urine, ces remèdes n'ont qu'une bien faible influence sur le délire et la folie (1).
Je ne pense pas qu'un médecin de notre temps, malgré les excentricités de tant de gens, propose un spécifique contre l'aliénation mentale. D'ailleurs, j'ai établi avec beaucoup de soin, dans mon Traité de médecine pratique, t. VIII, nos 12,321 et 12,386, la pathologie et la thérapie des troubles de l'intelligence, si variés et si nombreux, auxquels on a donné le nom de folie ou aliénation mentale; et je me garderai bien d'entrer ici dans de plus grands détails sur ces importants sujets.
346. Influence d'une bonne éducation pour prévenir l'aliénation mentale.
Je ferai seulement encore une remarque relative à l'influence très-grande que peut avoir l'éducation soit sur le développement de la folie, soit sur sa guérison.
Tels parents qui cèdent aux caprices de leurs enfants, qui ne savent pas y résister, qui les adulent
(1) Voyez mon Mémoire sur le délire et la folie, lu à l'Académie impériale de médecine et publié dans son Bulletin.
sans mesure, qui flattent leurs petites passions, etc., ne savent pas ce que leur faiblesse ménage à ces j eunes êtres et à eux-mêmes de chagrins pour l'avenir! Ils ne voient pas que ces petites colères dont ils rient deviendront plus tard des accès de fureur; que les désirs impérieux, à trois ans, seront, à vingt et un, de la tyrannie; que ce petit espiègle, qui accapare pour lui seul le gâteau ou le joujou qu'on lui donne, sera, à trente ans, égoïste, ingrat, avare et oublieux de ses parents; ils ne savent pas que, s'il existe la moindre prédisposition fâcheuse, et que si les événements secondent celle-ci, ces enfants, devenus des hommes, deviendront des aliénés de la pire espèce, ou, au moins, que leur détestable caractère fera le malheur de tous ceux qui auront des rapports habituels avec eux. Ces petits défauts du très-jeune âge grandiront avec les organes et feront avec le temps, si Ton n'y remédie, de mauvaises passions ou de déplorables vices.
3ï7. Moyens à employer contre l'aliénation mentale dont on ne connaît pas la cause organique.
"C'est à l'hygiène bien entendue , c'est à la philosophie qu'il faut demander les moyens de remédier à l'aliénation mentale qui n'est pas causée et entretenue par des causes organiques appréciables. Le plan de cet ouvrage ne comporte pas les détails qu'exige ce grave sujet.
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