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La médecine en caricature

Nous avons dit le parti qu’avaient tiré les caricaturistes de la découverte de la vaccine, cette découverte dont Cuvier disait, dans un rapport à l’Institut : <l Quand la découverte de la vaccine serait la seule que la médecine eut obtenue dans la période actuelle, elle suffirait pour illustrer à jamais notre époque dans l’bistoire des sciences.

Une autre découverte n’excita pas moins la verve des humoristes. Avant que le docteur Gall eût été invité à mettre un terme à une exposition de doctrines considérées comme dangereuses pour la religion, cette manière de juger du caractère et des inclinations, des vices et des qualités, voire même des facultés intellectuelles d’après les bosses que présentait le crâne des sujets examinés, cette innovation avait donné prétexte, aux dessinateurs comme aux écrivains, de railler son promoteur. Dès que Gall, ou l’un de ses disciples, publia le résultat de ses observations, la critique s’en empara ; et le crayon ou la plume firent leur œuvre : “ Indifférent au blâme ou à la louange, écrit Champfleuryû), Gall n’éprouvait aucune meurtrissure des ridicules dont ses adversaires voulaient le couvrir. A Berlin, il était le premier à la représentation d’une comédie satirique de Kotsebue, la Crânioiogie ; à Paris, il dut parfois s’arrêter devant les vitres des marchands d’estampes, où la phrénologie était classée parmi les ridicules du jour.

En 1824, paraissait un album de Caricatures phrénoiogujues, qui marque bien qu’à cette date le système de Gall comptait encore des adeptes, puisqu’on n’avait cessé de le tourner en dérision.

Sous la première Restauration, la caricature fut surtout politique. Les Anglais, notamment, se distinguèrent par leur empressement à bafouer Napoléon, lorsqu’ils l’eurent mis hors d’état de nuire. L’aigle enchaîné ne pouvait plus faire usage de ses serres, le moment était venu de se montrer brave.

Durant cette période, deux artistes retiendront seulement

(i) Hù Loire de la Caricature joue la République, l' Empire el la Reelaurahon.

notre attention : Marlet, qui fut plutôt un peintre de mœurs quun caricaturiste ; et Pigal.

Marlet semble avoir eu une prédilection marquée pour les aveugles ; on peut, en outre, citer de lui, une lithographie représentant le transport d'un malade à l' Hôtel-Dieu.

Pigal est autrement varié. “Il a produit, écrit un historiographe de la caricature et de l'humour (ô, une considérable quantité de petites saynètes, où des concierges, des ouvriers, des savetiers, de vieux rentiers ratatinés, et les épouses de ces messieurs, bavardent, se disputent avec le vrai langage du peuple, sans aucune charge ou exagération. Sous chaque gravure, une pittoresque légende, une phrase bien frappée, bien naturelle, prononcée par quelqu un des personnages, vient résumer la situation et compléter, de façon très précieuse, cet inestimable document, où vivent toutes les silhouettes du prolétariat, ou de l'infime bourgeoisie du vieux Paris, de la vieille France.

C'était une tentative assez neuve de vouloir intéresser le public aux faits et gestes de petites gens ; ce fut le mérite de Pigal d avoir ose cette tentative.

On a comparé Pigal à Paul de Rock. En effet, “ ils possèdent tous deux un comique communicatif et sans prétention, un mépris du distingué qui a servi à leur développement <s>.

C'est dans les lithographies de Pigal qu'on devra étudier l’histoire des costumes et des coutumes de la Restauration, mais ce point de vue ne doit pas nous retenir. Nous n'avons mentionné son nom que parce que Pigal est aussi l'auteur d'estampes en noir, ou en couleurs, relatives à notre art, et dont on trouvera ici quelques spécimens.

Bien que son talent se soit manifesté surtout après i83o, Traviès peut être considéré comme ayant fait ses débuts sous la Restauration. Ses premières œuvres se ressentent de l'influence de Pigal, et aussi de Boilly, à qui nous consacrerons une monographie spéciale.

Traviès a été le créateur du personnage de Mayeux, que sa bosse a rendu populaire. Boilly, dont, nous le répétons, Traviès procède par certains côtés, avait dessiné, lui aussi, des groupes de bossus, qu'il intitula : Etudes d’apres ta bosse , Ces plaisanteries amusaient

(1) Raoul Deberdt.

(2) Champfleury, HUtolre de La caricalure moderne.

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