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Fig, 20.
Une des plus connues est Le Lavement (fig. 20), maintes fois reproduite, et qu'on ne se lasse pas d’admirer. Cette très gracieuse composition nous a toujours retenu par la richesse du mobilier, l'attifement coquet de la jolie malade, le costume élégant de . . . l'opérateur, armé de l’instrument cher à M. Purgon, avec lequel il va tout à l'heure opérer Lui-même -, pour anticiper sur un mot fameux.
La légende vaut d'être reproduite :
L'Apothicaire
J’ai la seringue en main ; bâclez- voué donc, Madame,
De prendre pour le mieux ce petit lavement ;
Il voue rafraîchira, car voué nêteé que ftamme.
Et l'outil que je tiené entrera doucement.
La Servante
Tout beau, Monsieur, tout beau ! Madame eét trop modeéte Pour souffrir votre abord. Allez un peu plue loing.
Donnez-moi la seringue el je ferai le reste,
Car c'est un instrument dont je m'aide au besoing.
WaMeau. 'c’eé1.
Le Docteur Misaubin, d’après A. WATTEAU
Madame
Vous faites bien du bruit pour un sale mystère, Qui me déplaît si fort, qu'à regret j’y consens. Æais vous ne voyez pas qu’avec vostre cly stère, V ous ne sauriez guérir la fièvre que je sens.
La Servante
Du mal que j'ai céans, je suis déjà lassée,
Je veux sortir d’ici malgré les médecins.
Qui condamnent madame à la chaise percée.
Et me font tous les jours nettoyer cent bassins.
La Saignée, (fig. 1) est aussi ie sujet dune charmante composition, où tous les personnages rivalisent de grâce et de bonne humeur ; jusqu'à un mignon garçonnet, qui se tient sagement dans son coin, pendant que le barbier-chirurgien prend ses dispositions pour une phlébotomie exécutée dans les règles. La patiente n'éprouve, d'ailleurs, aucune appréhension et livre son bras au galant chirurgien, pleinement confiante dans sa dextérité. Cette légende accompagne la gravure :
Le courage, Æonsieur, vous l’avès entrepris ;
Je tiendrai bon; frottez, serrez la ligature.
Picquez asseurément, f aides bonne ouverture.
Ah ! ce bouillon de sang vous a comme surpris.
Que la phlébotomie aspire ces esprits Et descharge Le sang de grande nourriture !
0 Dieux, la douce main, l'agréable picqûre.
Le souvenir m'en fait revenir le soubriz (sourire).
Qu'un peu de sang tiré me rend forte, allégée l Sur tous médicamens j’estime la saignée ;
Je me sens retourner en nouvelle vigueur.
Si vous recognoissiez qu’il me fut nécessaire.
Recommencez le coup ; j'ai bien assez de cœur,
J'endurrerays autant que vous voudriez Le faire.
L'Accouchement (fig. 21) est, incontestablement, de nature plus caricaturale que la Saignée, mais la figure est intéressante, surtout, par son caractère documentaire.
La parturiente accouche sur un lit improvisé, devant la cheminée où brûle un pétillant feu de bois. Elle a gardé ses vêtements, ce qui n’est pas pour faciliter la tâche de la sage-femme, qui se bornera, du reste, à soutenir la tête fœtale, au moment de l'expulsion.
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(eut me» /lùeil efface' epeur ayc lù» courage .
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Lt. MARY
Fig. 21.
Les sentiments de chacun des personnages qui tiennent un rôle dans cette scène, s'expriment par un quatrain approprié à la circonstance :
L’Accouchée
Hé lad l je n en puid plud ! Le mal qui me possédé Affoiblit toud med send ;
Mon corpd s en oa mourant ; il nedt point de remède Aux peined que je dend.
La Sage-Femme Madame, prenez p aliène e Sand crier de cette façon ;
C'en est faict ; en ma conscience H ?ud accouchez d’un beau garçon.
Le Mary
Cette nouvelle me soulage,
Voila tout mon deuil effacé ;
Sud, mon cœur, ayez bon courage, V ostre mal est tantost passé.
La Dévote
Dand ce pénible effort a qui nest comparable Aucun autre tourment; Délivrez-la, Seigneur, et soyez secourable A son enfantement.
L'œuvre d’ Abraham Bosse contient, en outre, des scènes de mœurs, des gravures de sujets religieux ou allégoriques, dont quelques-unes se rattachent, de près ou de loin, à la médecine ; nous n'en retiendrons qu'une, où figure un médecin, portant le costume classique des praticiens de l'époque, et qui ne ressemblait en rien à celui que Molière ■ a ridiculisé. L'estampe que nous reproduisons en hors-texte représente : La mort du mauvais riche. Celui-ci agonise dans un grand lit de style, à baldaquin et à colonnes ; derrière les rideaux, se tient le diable aux aguets, attendant l'heure d'emporter sa proie. A droite, le médecin, prenant son air le plus grave, s'efforce de consoler la famille.
Nous aurions pu citer encore un certain nombre de petites pièces satiriques contre les médecins, telle celle qui porte pour titre : Ici est le portrait d'un médecin , où l’on voit une tête d’âne, mangeant son foin ; ou encore, cette caricature d'un zoophile, qui tâte le pouls de son chat en lui prenant une des pattes de derrière ; mais il faut se borner.
Fig. 22.
Ne quittons pas le dix- septième siècle sans signaler trois curieuses gravures, de nature essentiellement caricaturale, représentant la Trinité médicale, comme un Dieu en trois personnes : le Æédecin (fig. 22), X Apothicaire (fig. 2 3), et le Chirurgien (fig. 24). On pourrait illustrer ces trois compositions réunies, de cette
légende, que nous fournit opportunément Cyrano de Bergerac : « à peine sont-ils entrés dans la chambre, écrit Cyrano, qu'on tire la langue au* médecin, on tourne le c . . à l’apothicaire, et l’on tend le poing au barbier » (lisez : chirurgien).
Il eut été surprenant qu'à une époque
Fig. 2g.
Les eft’ets du Magnétisme animal
Fig. 2j.
de libre examen et de libre critique, comme le dix-buitième siècle, le médecin eut échappé aux sarcasmes dont ne furent à l'abri aucun des puissants du jour. Un des plus illustres docteurs qui, pendant un temps, jouit d'une grande notoriété, le fameux Tronchin, venu en France pour inoculer les enfants du duc d'Orléans h), fut bientôt en butte au persiflage des libellistes et des caricaturistes. Pamphlets et gravures se multiplièrent, qui contenaient plus de malice que de fiel. U une des plus connues de ces dernières représente le médecin à la mode (Tronchin), conduit dans un carrosse à deux chevaux, écrasant ses rivaux. Une autre caricature, publiée à Londres, en 1771, nous montre le praticien répandu, la tête ornée d'une volumineuse perruque et tenant à la main la grosse canne à pommeau d'or, traîné en brouette par deux êtres minables, tandis que marche en tête de l'équipage le garçon apothicaire, habillé à
(1) L inoculation eut une vogue telle, que les écrivains les plus réputés, tels que J. -J» Rousseau, utilisèrent le mot dans leurs romans : ainsi, dans Zjci Nouvelle Héloïse, Jean- Jacques montre Julie, dans son lit, atteinte de la petite verole ; 1 amant, a genoux, tient la main de la malade et la baise avec transports, montrant de la sorte, que non seulement, il ne craint pas la contagion, mais qu’il s’j expose délibérément (V. le frontispice).
l'antique, tenant sur ses épaules l'instrument qui mettait en fuite JM. de Pourceaugnac (fig. 2 5).
Nous ne ferons pas ici, l'ayant fait copieusement ailleurs C1), l'histoire du cly stère. Nous voudrions seulement rappeler de combien de gravures humoristiques, et parfois scatologiques, il a été le prétexte.
Un des plus grands artistes du dix-huitième siècle et de tous les temps, Watteau n'a pas dédaigné de lui dédier trois dessins, qui ne comptent pas, reconnaissons -le, parmi ses meilleurs (*).
Kncore quelques lustres à franchir et nous approchons de l'époque où une folie nouvelle commence à tourner les têtes : il n'est bruit, en tous lieux, que du baquet de /Mesmer . Nous ne redirons pas, pour l'avoir conté à une autre place (3), l'engouement qui se manifesta pour ce système, alors nouveau, qui consistait à traiter les malades sans le secours de la pharmacopée. Le novateur ne prétendait -il pas guérir tous les maux par la simple application d’un fluide, que le magnétiseur dirigeait, tantôt avec un de ses doigts, tantôt avec une baguette de fer ? C'est ce qu'indique le Doigt magique , ou le /Magnétisme animai (fig. 26).
Une autre estampe nous montre le héros du jour (JMesmer), le fouet à la main, entouré d'une meute de chiens, qui aboient à ses chausses, mais sans oser le mordre (V. le hors-texte de la page 20).
Autour du baquet magique, qui figure dans une autre estampe, se pressent belles dames et grands seigneurs, vaporeuses et petitsabbés. Une troisième gravure, bien connue, montre M esmer porté aux nues ; debout sur une sphère, il est couronné par une femme emportée dans les airs par un ballon, la nouveauté scientifique du temps.
(1 ) Cf. GayeLrz d'Eo eu Lape, par les D” Cabanes et W ITKOWSKY , réimprimé en deux volumes : / Esprd
O’Esculape et Joyeux propo.) SEscu iape (Lefrançois, éditeur),
(2) V. le hors-texte p. 16 et la fig. 2 j.
'3) V. les Alœuro intun.ee Ou passé, série :
Lu vie Etudiant.
Fia. 26.
Mais déjà s’annonce à l’horizon, chargé de nuages, l’ouragan révolutionnaire ; la caricature va devenir presque exclusivement politique. Les mœurs médicales n’intéressent plus guère cette société, que tourmentent d’autres préoccupations. Il laudra attendre la fin de cette agitation et le retour à l'état normal pour voir reparaître ces manifestations de l’esprit français, qui, lui, ne perd jamais ses droits.
Dr Cabanes.
Fig. 27.