‹ La médecine en Chine au XXe siècleChapitre 21 sur 39 · PARALLÈLE DE L’HYGIÈNE EN CHINE ET AU JAPON · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DE L’HYGIÈNE EN CHINE ET AU JAPON

Nous prendrons ici pour guide le Dr Matignon qui a vécu longtemps à Pékin, qui s’y est trouvé et s’y est conduit admirablement pendant le siège des Légations, qui a suivi l’armée japonaise dans la campagne de Mandchourie, qui a étudié les deux pays avec l’attention d'un médecin bien initié et qui a consigné ses observations en plusieurs ouvrages scientifiquement et agréablement écrits1.

Nous avons dit que l’hygiène n’était rien, en Chine, et nous l’avons prouvé. Au Japon, elle est tout, elle gouverne tout, la nation et l’armée. Dans l’armée, reflet de la nation, nous trouverons l'image du culte que ce peuple rend au progrès et à la science. La guerre Russo-Japonaise doit être considérée comme le triomphe de l'hygiène militaire. Malgré la saleté répugnante des maisons chinoises, malgré la variole et la dysenterie, qui sont endémiques en Mandchourie, l'armée nippone a échappé à toute épidémie. Cela fait l’éloge des médecins qui ordonnent, des grands chefs qui suivent leurs avis et de l’armée qui obéit. L’armée nippone a prouvé qu elle est la plus propre du monde. « Il n'est si pauvre sujet du Mikado, dit le Dr Matignon, qui ne

Enseignements médicaux de la guerre Russo-Japonaise , 1907; l’Orient lointain, Chine, Corée, Japon, Mongolie, 1903; Superstition, Crime et Misère en Chine , 1902 ; Dix ans au Pays du Dragon, 1912, par le Dr Matignon, ex-attaché à la Légation de France, à Pékin, chef du Laboratoire de Pathologie tropicale à Bordeaux, actuellement médecin consultant à Châtel-Guyon.

prenne, pour ainsi dire, son bain quotidien. Dans la plus misérable maison nippone, on trouve au moins deux choses : une baignoire et le drapeau du Soleil-Levant ; le patriotisme japonais n’a d’égal que sa propreté. »

Dans les guerres anciennes, les maladies faisaient plus de victimes que les armes. Ainsi, en Grimée, nous avons perdu 75.000 hommes par maladie et seulement 20.000 par le feu ; dans la guerre de Sécession américaine, les morts par fièvre jaune, pourriture d’hôpital, dysenterie, etc., se sont élevées à 186.000 et les tués au feu à 72.000. Dans la guerre de Bohême, la proportion commença à se renverser, grâce à l'antisepsie : les tués au feu furent 20.000 contre 17.000 morts par maladie, chez les Prussiens. En Mandchourie, les Japonais eurent seulement 11.992 hommes morts de maladie contre 43.892 tués sur le champ de bataille; et, sur les 145.627 blessés, 9.064 seulement succombèrent à leurs blessures. Dans ce triomphe de l’hygiène militaire, l’armée nippone a été secondée par la constitution médicale très saine de la Mandchourie. La sécheresse y est si grande, en hiver, qu elle fait craquer les chaussures, les ongles, , les caoutchoucs ; le thermomètre descend à 25 degrés la nuit; et le jour, un soleil radieux, doué d’une puissance de réduction extraordinaire, amène le dégel de la croûte terrestre. Ce phénomène a l’inconvénient d’imprégner d'humidité la chaussure, qui se congèle, la nuit, et détermine ainsi bien des cas de gelures des pieds chez les soldats.

Nous avons décrit ailleurs la saleté des maisons chinoises. Les conséquences de cet état de choses anti-hygiéniques sont les maladies évitables : le typhus exanthématique, la variole, la fièvre typhoïde et le choléra (assez rares), les diarrhées dysentériformes, fréquentes en été, la peste bubonique. Les catarrhes pulmonaires sont assez rares, grâce à la sécheresse du climat. 11 semblerait, a priori , que la tuberculose dût être fréquente parmi ces indigènes violateurs des lois les plus élémentaires de l’hygiène ; il

n'en est rien, ni en Mandchourie, ni à Pékin, ni dans les provinces du Nord. Il est naturel d’en inférer que, malgré la misère physiologique, la sécheresse de l’air n’est pas favorable au développement de la graine tuberculeuse.

Au Japon, dans ce pays idéal de la propreté, la tuberculose est, au contraire, très fréquente. Les conditions climatériques et d’autres raisons inhérentes à la race et à ses mœurs, expliquent ce douloureux paradoxe. Les maladies épidémiques : typhus, fièvre typhoïde, dysenterie..., qui ont frappé l’armée nippone, ont été relativemént rares. Tous les soldats japonais avaient été vaccinés et revaccinés au départ. Sur 17.366 cas d’épidémie, il y a eu 5.961 décès = 33,3 pour 100, ce qui donne une mortalité de 0,70 pour l’ensemble de l’effectif. C’est que, outre l’hygiène suivie, l’armée nippone a évité le surmenage, dans cette campagne de dix-huit mois; elle n’avançait que lentement, se reposait après un effort et toujours se nourrissait largement. C’est à cela qu'elle doit de n’avoir eu, par rapport à l’effectif total de 700.000 hommes, qu’une mortalité de 3,3 pour 100 par maladie, contre 8,4 pour 100 de mortalité par le feu, par rapport au même effectif.

Le béribéri ou kaké, maladie nationale du Japon, a causé plus de décès que la fièvre typhoïde et la dysenterie ; sur 80.000 cas de béribéri renvoyés au Japon, 8.000 y sont morts. Cette singulière maladie ne cède qu’à l’amélioration de l’alimentation, au changement de milieu et aux toniques. On a observé, en Manchourie, qu elle se compliquait d'hydropisie du péricarde, du péritoine et de la plèvre. Les fièvres typhoïdes n’ont pas été soumises aux bains froids : le diagnostic confirmé par la réaction de Vidal, on mettait les malades à l'usage du lait stérilisé, de la décoction de riz, des jaunes d’œuf et des pruneaux.

Mentionnons, en les soulignant, les précautions prises contre la contagion : typhoïdiques et dysentériques ont été rigoureusement isolés ; leurs selles ont été brûlées ou

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enterrées avec de la chaux ; chaque malade avait un vase individuel garni de chaux ; les fenêtres des logements étaient garnies d’un treillis de gaze pour arrêter les mouches ; un semblable treillis était étendu sur les plats ; la désinfection intestinale était obtenue au moyen du lait, du calomel et de l’huile de ricin. Gomme préservatif de la dysenterie, les hommes prenaient des pilules de créosote à 10 centigrammes, une à chaque repas. Pour encourager le soldat, on lui disait : « Prenez trois de ces pilules par jour, c’est nécessaire pour vaincre les Russes. » On ne se bornait pas à cet aphorisme patriotique, on prenait la peine de faire des conférences explicatives sur le Gode d’hygiène qu on imposait. C’est ainsi qu’on a réduit au minimum la part de la mortalité par maladie, dans une armée en campagne.

Quelques détails pratiques sont encore bons à connaître ; l’hygiène est faite de détails. Les Japonais, en arrivant dans un village, commençaient par enlever les immondices, à creuser des caniveaux pour l’écoulement des eaux sales ; puis ils nettoyaient à fond les maisons chinoises, murs, sol et ustensiles. Ils se chauffaient avec le kang chinois ou le brasero japonais ; ils établissaient des latrines, des urinoirs, des fosses à eaux grasses et, avec leur pelle, recouvraient de cendres les matières fécales ; d’une jarre, d'une barrique ils faisaient une baignoire ; se laver était leur premier souci. Le soldat nippon a pour le soin de ses dents une brosse à dents et des dentifrices. Il a aussi une moustiquaire de gaze dont il se couvre la tête, comme d’un gibus ; et bientôt on le munira de gants pour préserver ses mains des moustiques. On ne généralisera peut-être pas la précaution que prirent certains officiers de se placer dans les narines des filtres à poussière1. Toute logique qu elle soit,

1 Le Japon moderne, par Ludovic Naudeau (Bibliothèque de philosophie scientifique , 1912).

cette pratique semblerait déceler une crainte exagérée des maladies et autoriserait à croire que véritablement, depuis l’importance donnée à la diffusion des notions élémentaires d’hygiène par les instituteurs, les Japonais vivent dans un perpétuel effroi des microbes et sont moins braves devant la maladie que devant le canon ennemi. Gomme en d'autres pays, ces braves guerriers, qui se précipitent avec frénésie sous la mitraille, qui se montrent stoïques sous le couteau du chirurgien, ne montrent que faiblesse en présence des souffrances morales, en général, et particulièrement en présence de celles qui accompagnent la maladie avec ses privations et ses transes, ses amertumes et ses impuissances. Le Dr Matignon a soin de faire remarquer que le soldat japonais ne va au feu qu’à la condition d’avoir tout près de lui des infirmiers pour le relever et des médecins pour le soigner, en cas de blessure. Ce service de front de bataille a été meurtrier pour le corps de santé militaire dans la campagne de Mandchourie. Ces petits soldats, maigres et fluets, bons marcheurs, bons coureurs, souples comme des félins, n’ont pu fournir l'effort de la campagne que grâce à des ménagements calculés et grâce à une alimentation soignée. Le Nippon est physiquement peu vigoureux, parce que, depuis des siècles, son alimentation est misérable, composée presque exclusivement de riz, non pas du riz qu’il récolte et qui est excellent et qu’il vend, mais du riz inférieur qu’il achète. En guerre, du riz et du poisson frais ou desséché ne pouvaient suffire au paysan devenu guerrier. Les officiers savaient le mot de Napoléon : « Les troupes se battent avec leur ventre » et ils apportaient la plus grande attention à l’alimentation du soldat, qui n’est pas facile à nourrir; car il n’aime ni le porc, ni les graisses, ni le pain. On lui donnait trois repas par jour pour lesquels il recevait : 1.200 centimètres cubes de bon riz du Japon, 1 grammes de viande fraîche ou 296 grammes de viande de conserve, avec des légumes secs ou frais,

5oo grammes de biscuit, du sucre, du thé, des condiments de haricots fermentés, un peu de saké (vin de riz) et du tabac. La boisson se compose de thé ou d’eau chaude simple,, qu’on boit après les repas ; la consommation journalière est, en moyenne, de 2 litres et quart. L’habitude de boire chaud et de l’eau bouillie simplifie la question de la stérilisation de l’eau, qui est un problème ardu dans d’autres pays. L’armée nippone a expérimenté les marmites roulantes et les réservoirs roulants qui sont utiles pour les approvisionnements d’urgence et en prévision d’une pénurie d'eau claire. Le service pharmaceutique fournissait, pour clarifier et épurer l’eau, del alun, du chlorure ferreux, des poudres de silicate d’alumine et d’un mélange de permanganate de potasse, d’acide tannique et d’alun. On s'est peu servi des filtres Ishitzi ou autres. Des affiches placardées dans les camps, les casernements et les villages rappelaient sans cesse les mesures à prendre pour éviter les maladies contagieuses. La troupe donnait l’exemple aux civils en nettoyant et désinfectant maisons et fermes, en se garantissant des moustiques et des mouches, à l’aide de gaze étendue aux fenêtres et sur les ustensiles contenant des aliments, — en s’abritant des poussières d une toiture avariée avec des rideaux de toile, — en répandant de la chaux ou de l’acide phénique sur le sol, — en stérilisant les déjections au moyen de chaux vive ou en les brûlant, surtout celles des typhiques et des dysentériques rigoureusement séparés, etc. Ces principes d’hygiène, systématiquement appliqués, dans cette admirable armée de 700.000 hommes, ne peuvent être suivis avec la même minutie dans la masse de la population, soit paysanne, soit ouvrière, que le paupérisme étreint d’une manière continue.

Cette misère du peuple qu'on imputait aux 270 daimios et aux 1 .5oo.ooo samouraï vivant oisifs et luxueux, aux dépens de 3o millions de serfs attachés à la glèbe, cette misère n’a pas cessé avec le nouvel état des choses. Le paupérisme des

campagnes s’est accru du paupérisme des ouvriers des villes et des prolétaires intellectuels. D’autres fléaux s’abattent périodiquement sur le Japon et y causent de grandes destructions d’existences humaines, dit M. Naudeau. Le choléra, la peste, la dysenterie et le béribéri anéantissent le trop-plein de la population japonaise. Malgré les progrès immenses de l’hygiène publique, des épidémies ne cessent d'éprouver le Japon et d'y faire de nombreuses victimes. M. Naudeau rapporte qu’il a vu, il y a deux ans, à Kobé et à Shimonosaki, flamber de nombreuses maisons, que les services sanitaires incinéraient, parce que des cas de peste avaient causé des décès. En 1889, une simple épidémie de dysenterie atteignait 43. 000 personnes et en tuait 9.000. L’heureuse expérimentation faite en Mandchourie encouragea les Nippons à faire pénétrer de plus en plus dans les masses les principes d’hygiène. Nous n’avons rien de spécial à relever au point de vue du vêtement et delà coiffure, si ce n’est que l’hygiène n'a rien à y reprendre. Le Japonais est plus propre que le Chinois de toute manière, et spécialement par l’habitude qu’il a de prendre des bains, de porter les cheveux courts et la barbe rasée ; mais il n’a pas de meilleure chaussure que le Chinois. Ne parlons pas des bottes de paille ou de feutre qu’il portait, en campagne, dans la neige ; parlons seulement des souliers et brodequins en cuir de la tenue ordinaire. Ces chaussures, faites avec un cuir mal préparé, sont des éponges, quand il pleut. Elevé à la dure et habitué, dès l’enfance,, à se moquer des intempéries, le Japonais, si frêle d’apparence, endure mieux qu'on ne pourrait le supposer les chaleurs déprimantes de l’été et les rigueurs de l’hiver, dans sa maison de bois, où le vent est comme chez lui. Les Kouroumayas ou traîneurs de pousse-pousse, à la veste collante en toile bleue, pataugent, pieds nus, dans la boue ou dans la neige, sans paraître en souffrir.

Hygiène au point de vue des inhumations ; hygiène des

champs de bataille. — Au Japon, l'incinération des cadavres est tout à fait entrée dans les mœurs. Elle doit se faire, quand elle est possible, et elle est de rigueur pour les maladies infectieuses. Pendant la guerre Russo-Japo naise, en Mandchourie, rincinération fut adoptée comme règle générale. A ne se placer qu’au point de vue physique, il faut reconnaître que les inhumations faites à Sedan ont donné des résultats déplorables. Les guerres modernes mettant en présence de nombreux effectifs sont de plus en plus meurtrières ; la question du traitement des cadavres sollicite donc, de plus en plus, les méditations des hygiénistes et des chefs d’armée. Les Japonais l’ont résolue avec leur décision habituelle. Respectueux des idées des Russes, ils les ont enterrés, sauf quand il s’agissait de morts par maladie contagieuse, dans les hôpitaux. Quant à eux, les Japonais ont adopté résolument l'incinération ; ce qui ne signifie pas qu’ils soient matérialistes; au fond, ils croient à la survivance de l'âme et sont spiritualistes, j'entends la masse de la nation, dit le docteur Matignon.

On ne peut qu’admirer le soin avec lequel ils ont procédé, en Mandchourie, à l’identification des morts, après les combats. Tous les objets trouvés sur les cadavres étaient placés dans un mouchoir avec une mèche de cheveux et étiquetés, pour être envoyés aux familles. En même temps que l’acte de décès et tous les objets appartenant au défunt, on envoyait à la famille des cendres et des fragments d’os. Touchante sollicitude ! L’incinération ne pouvait se pratiquer toujours, faute de combustible ; et il est arrivé aussi qu’en hiver on n'a pu enterrer les morts qu'à 3o centimètres de profondeur. Dès que les circonstances l’ont permis, les restes de ces corps ont été exhumés et envoyés au Japon, où ils ont été brûlés. Des cérémonies religieuses accompagnaient les exhumations et les incinérations des cadavres russes, qui, ayant été enterrés trop superficiellement et en trop grand nombre à la fois — c’est répugnant

à dire — avaient été, en partie, déterrés et dévorés par les chiens. La crémation se fait d’une façon générale au Japon, avons-nous dit, et elle est de rigueur pour les infectieux et tous les morts des hôpitaux. Le procédé est simple : on élève pour chaque cadavre, avec des briques mises de champ, un bâti, ou four crématoire, mesurant 2 mètres de long sur i mètre de large et i m. 5o de profondeur; le fond est garni de sorgho et de bois, un tiers de mètre cube suffît. Le corps est placé au-dessus ; on arrose le tout de pétrole et l'incinération est achevée en quatre à cinq heures. Les fours crématoires des villes sont établis en plein air, à la distance de 2 kilomètres, dans une gorge. La crémation des corps est une mesure d’hygiène publique aussi énergiquement adoptée que l'usage des bains.

Bains. Manuel individuel d1 Hygiène des soldats. — Nous avons parlé souvent de l’habitude qu’ont les Japonais de se baigner chaque jour dans des baignoires en métal ou en bois. Nous n’avons pas encore dit que, dans leurs cuves en bois de 3oo litres d’eau portée à 4° degrés et plus, avec foyer de chauffage au bois, attenant à la baignoire, toute la famille s’y succède, père, mère, enfants, dans la plus complète nudité. Nous n’avons pas dit non plus que dans les bains publics, à bon marché, en général, et dans les stations thermales, comme à Onzen, près d'Obama, par exemple, où l’on va soigner sy^philis, rhumatisme, dermatoses, etc., tous les sexes et tous les âges en costume d'Eve se baignent ensemble. Le Japonais paraît n’avoir pas la moindre notion de nos sentiments de pudeur vis-à-vis de la chair nue ; mais, par contre, il se scandalise en présence du nu des peintures de nos artistes européens.

L’armée a servi d’école d’hygiène à la nation, école d’hygiène appliquée et école d’hygiène théorique. En rentrant dans ses foyers, le soldat divulgue, commente les enseignements résumés dans son Manuel individuel d Hygiène, où il lit :

i° Les soins corporels nécessaires : cheveux, bains, lotions, soins de la bouche, des dents, des pieds;

2° Hygiène du vêtement : ne pas transpirer, ne pas avoir froid, entretenir propres capote, caleçon, chemise, chaussettes, ceinture de flanelle, fourrure ; graisser la chaussure ;

3° Hygiène de la nourriture et de la boisson : cuire les légumes et les viandes, faire bouillir l’eau, thé, café, tabac, ne pas boire d’alcool, si ce n’est en petite quantité. Avoir toujours un bidon d’eau bouillie ;

4° Conseils pour les marches et le sommeil;

5° Hygiène du logement : installation et soins des latrines, des urinoirs, etc.; se préserver des mouches;

6° Enumération des accidents de la marche: congélation, insolation, blessures des pieds (les panser avec de la vaseline camphrée) ;

7° Prophylaxie des maladies vénériennes et infectieuses ; les maladies infectieuses peuvent être évitées, parce que les germes sont en dehors de nous ; telles sont la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie. On les évite en soignant la nourriture et la boisson, en buvant de l’eau bouillie, en faisant bien cuire les aliments, en ayant le corps et les vêtements propres. Quant à la variole, il faut éviter les maisons contaminées, si l’on n’a pas été vacciné avec succès. Se souvenir que la peste s’introduit par les éraillures de la peau, surtout par celles des pieds nus, que les rats et les mouches la transportent. Il ne faut pas marcher pieds nus, il faut porter des gants et bien recouvrir les aliments. La malaria étant inoculée par les moustiques, il faut s’en préserver au moyen de moustiquaires. Les maladies des yeux, l’ophtalmie d'Egypte et autres, viennent par la malpropreté. Celui qui a la blennorragie et qui se touche les yeux les perdra. Il ne faut pas se laver plusieurs dans la même cuvette. Les maladies vénériennes sont: la syphilis, Ja blennorragie ef le chancre mou. Eviter les fréquenta-

tions dangereuses. « Ainsi le monde ne connaîtra pas votre honte, dit le Manuel , et vos enfants n’en souffriront pas. »

Ces divers chapitres du Manuel étaient expliqués aux hommes par leurs officiers et par les médecins militaires ; rien n’a été laissé au hasard, soit dans l’organisation de l’armée pour les mouvements d’attaque et de défense, soit pour le service sanitaire, copié sur celui de l’armée allemande, et c’est par cet esprit de méthode descendant jusqu’aux moindres détails que, vainqueurs sur terre et sur mer, les Japonais ont triomphé de la maladie qui faisait naguère un si grand nombre de victimes dans les armées en campagne. Ils ont aussi montré comment on doit désinfecter les troupes qui rentrent dans leurs foyers.

Au retour de Mandchourie, les 700.000 hommes qu'on rapatriait furent baignés, savonnés, lavés à deux eaux, désinfectés, ainsi que leurs effets, avant d’être autorisés à se mêler à la foule de leurs compatriotes. Etuves sous pression, chambres à formaline, spray à formaline, piscines, lazarets et hospices de Tokio, Hieroschima, Ninoshima, Dairi, Wada, Kobé, Osaka... peuvent servir de modèles. Nous conseillons à qui veut connaître le fonctionnement des procédés de désinfection et des services quarantenaires, ainsi que la mise en œuvre des systèmes sanitaires des armées modernes, la lecture des pages instructives que leur consacre le Dr Matignon dans son livre sur les enseignements médicaux de la guerre russo-japoponaise. Après cette lecture, on conclura sans peine avec lui (jue l’armée japonaise est, parmi les armées modernes, la plus brave, la plus disciplinée, la plus démocratique, la plus patriote et la plus propre.

Le rôle de la Croix-Rouge ne saurait être passé sous silence. Elle a été aussi une initiatrice des préceptes de l’hygiène et des soins à donner aux blessés. La Société n’est pas née, comme en Europe et en Amérique, d’un sentiment de charité chrétienne, mais d’un élan de patrio-

tisme et de dévouement à l’Empereur, à qui le pays doit son indépendance. Neuf cent mille adhérents ont suivi l’exemple de l’Impératrice et des Princesses et, de suite, l’institution s'est complétée par l’adjonction d’infirmiers et d’infirmières salariés aux infirmiers et infirmières volontaires et patriotes. Employée uniquement sur le territoire national et dans la zone des étapes, la Croix-Rouge rend de plus grands services dans les hôpitaux de l’intérieur que ceux qu elle pourrait rendre dans les formations de l’avant, où tout doit se faire très vite. On attend des Dames de la Croix-Rouge des soins moraux, des encouragements, des consolations pour le soldat blessé, loin de sa famille. « Une bonne parole souvent est plus précieuse qu'un pansement. » La Croix-Rouge avait organisé des détachements de secours, des colonnes de transport, des bateaux-hôpitaux, des stations et des haltes de repos, des dépôts de matériel. Elle a utilisé 5.2y5 personnes, parmi lesquelles 872 médecins âgés de moins de cinquante ans et ayant contracté un engagement de cinq ans, 182 pharmaciens soumis aux mêmes conditions, 1.428 infirmiers, 2.982 infirmières, 208 commis, 160 brancardiers: elle a dépensé 18.41 b. 000 francs. On voit que le Japon, qui n’a pas le mérite de l'invention, a adopté les idées étrangères sur l’hygiène civile et militaire avec non moins d'ardeur que les engins de destruction conçus par la science européenne ou américaine. La classe aristocratique dessamourai, en s’initiant aux progrès modernes, a rénové le Japon, depuis 1868, sous tous les rapports. D’un bond, le vieux pays rajeuni a franchi l’étape du moyen âge au temps présent, en laissant la Chine à plusieurs siècles en arrière. Le petit Nippon a fait des pas de géant dans l’industrie, dans l’organisation de son armée, de sa marine et en hygiène ; il s’est précipité dans l'arène avec la frénésie d’un néophyte. Son évolution est admirable, mais si elle était imitée par la Chine, ce serait effrayant de périls pour le reste du monde. En lui

livrant tous leurs secrets, l’Europe et l’Amérique ne se sont-elles pas donné des maîtres dans l’avenir, ne se sontelles pas forgé des chaînes? Le péril jaune serait plus épouvantable que les hordes d’Attila et de Gengis-khan. Avec les moyens rapides de communication, avec les armes nouvelles, la dévastation serait épouvantable par son étendue et sa dissémination foudroyante. En quelques jours, l'Europe et le Nouveau Monde seraient la proie de l’Orient. Espérons que l’influence de l’Evangile préviendra de pareilles catastrophes et que nos missionnaires, en domptant les mœurs, en refrénant les ambitions conquérantes, en calmant les passions de vengeance sanguinaire, en plaçant enfin ce monde païen sous le joug modérateur de la foi, nous préserveront du fléau jaune.

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