SUR TROIS CHIRURGIENS DE L’HOTEL-DIEU DE ROUEN
AU XVID SIÈCLE
Trois membres de la même famille, Jean, Charles et Charles Le Hue, père, fils et petit-fils, remplirent successivement et sans interruption, pendant un siècle et plus, les fonctions de chirurgien de l’Hotel-Dieu de Rouen. Je ne saurais dire exactement à quelle année doit être rapportée la nomination du premier d’entre eux. Le 7 octobre 1606, dans un temps où la peste venait de faire sa réapparition à Rouen, il exposait aux administrateurs de l’Hôtel-Dieu qu’il lui était impossible de vaquer seul à panser les malades de la contagion, et qu’il lui était nécessaire d’avoir un aide. H est vraisemblable que cet aide (garçon ou compagnon chirurgien) fut laissé à sa charge, puisqu’en réponse à sa requête, on se borna à lui accorder une augmentation de gages de 10 s. par mois, ce qui portait à 60 livres son traitement annuel. Deux ans après il renouvelait sa demande. Cette fois les administrateurs se montrèrent plus généreux : ils augmentèrent son traitement de 45 1. par an, dans des termes qui nous autorisent à penser que Jean Le Hue devait être chirurgien de l’Hôtel-Dieu dès avant la fin du xvi® siècle. La délibération est ainsi conçue : « 5 juillet 1608, sur la requeste présentée par M® Jehan Le Hue, cirurgien de scéans, tendant afin qu’il luy feust faict augmentation de gaiges, attendu son arUiquité et le long temps qu'il y a qu'il est au service des pauvres, et qu’il luy est nécessaire estre assisté d’ung garçon de son estât pour vaquer à son exercice, l’affaire délibérée, il a esté ordonné que led. Le Hue aura augmentation de gages de la somme de 45 1. par an outre ses gages et pensions ordinaires, à commencer du jour Saint- Jehan dernier passé, à la charge qu’il se servira de son filz ou aultre personne capable, lequel ne pourra désemparer la maison de scéans, ce qu’il a promis et s’y est submis de sa bonne volonté. » Jean Le Hue fut remplacé par son fils Charles, né vraisemblablement vers 1581. Le 6 avril 1619, celui-ci était invité par les administrateurs à choisir, de concert avec le médecin et l’apothi-
Caire, le lieu le plus commode pour opérer, dans les salles de l’Hôtel-Dieu, la séparation des hommes d’avec les femmes.
« Quelques jours après, le 23 avril, la prieure venait avertir le Bureau que, le mercredi précédent, 21, viron midi, seroit arrivée à rriôtel-Dieu une fille se disant malade de fièvre, laquelle avoit esté visitée par le chirurgien comme il estoit accoustumé; et, n’ayant reconnu en elle aucune marque de contagion, auroit esté receue en la salle de l’infirmerie; mais le lendemain (22), led. chirurgien, aiant de rechef visité lad. fille, l’auroit trouvée couverte de pourpre et qu’elle avoit la peste à l’aîne ». Les administrateurs, dont l’action était entravée par les règlements de la police, durent demander au lieutenant du bailliage, l’autorisation de faire mener la malade à la maison du l’etit-Aunay sise en la paroisse de Petit-Quevilly, où se trouvait l’évent des pestiférés. L’autorisation n’arriva que lorsqu’elle avait été rendue inutile par le décès de la malade dans une des salles de l’IIôtel-Dieu . Comme ce cas pouvait se représenter, le chirurgien exposa que, vu les circonstances, il était à propos d’obtenir du bailliage une autorisation générale qui permît de conduire au Petit-Aunay les malades dès qu’on aurait reconnu en eux les premiers symptômes de la contagion.
Une fois encore, oubliant les cruelles leçons du passé, la Ville s’était laissé prendre au dépourvu. Le service médical n’était que peu ou point organisé. L’Hôtel-Dieu n’avait point tardé à être gravement atteint par le fléau. Le 31 août, des mesures y furent prises pour la préservation du public. Il fut fait défense aux servants de sortir sans une marque destinée à prévenir le passant qu’il eût à s’éloigner d’eux. On ordonnait de tenir constamment fermée la porte des religieux sur la rue du Change, de peur que les enfants du voisinage, entrant par là dans un lieu infecté, n’y contractassent la maladie. En même temps, on augmentait la ration de vin que l’administration était dans l’usage de fournir au chirurgien, aux servants, aux religieux et aux religieuses ; on accordait au premier, pour y loger sa femme et sa fille, tant que durerait la contagion, un grenier situé au haut de l’escalier de sa maison. Il laut croire que, contrairement à ce qui s’observa dans certaines villes d’Italie en pareilles circonstances, on ne s’était que trop bien familiarisé, à Rouen, avec la contagion, puisque le peuple se montrait hostile aux modestes agents qu’il était de son intérêt de protéger. Ainsi le 7 septembre 1619, on voit le charretier de l’Hôlel-Dieu venir se
plaindre de ce que, « lorsqu’il alloit aux maisons de la ville, lever des corps morts de la contagion pour les enterrer, le peuple qui s’assembloit devant les maisons l’offensoient et luy ruoient des pierres, pour quo}' il n’y désiroit retourner à l’advenir, s’il n’estoit assisté de sergents ou autres personnes pour le défendre ». Le secours qu’il réclamait si justement ne devait pas lui être longtemps utile. Peu de jours après, il était lui-même atteint de la peste et succombait, ainsi que le portier et trois des religieuses.
Dans ce malheureux temps, il semble que le chirurgien ait été le principal conseiller des administrateurs. C’était lui qui signalait les abus auxquels il était urgent de remédier; qui indiquait les mesures de préservation qu’il y avait lieu de prendre. Trois délibérations, choisies entre bien d’autres, témoignent de sa louable vigilance. — « 13 décembre 1619, le chirurgien se plaint de ce que le confesseur des pauvres et le bailleur de l’Hostel-Dieu faisoient des amas de plusieurs hardes et meubles infectez de contagion, ce qui pouvoit aporter beaucoup de mal en la maison et par la ville lorsqu’ils les vendroient. »
28 du même mois, nouvelle plainte « de ce que le confesseur amenoit journellement les croiseurs en sa chambre pour boire et manger avec luy, lesquels infectoient la maison où il demeuroit, sur quoy défense fut faite anx marqueurs d’entrer à l’Hôtel-Dieu, autrement que par la porte de la Calende. »
Le 15 janvier suivant, se préoccupant toujours de la santé publique. Le Hue prie les administrateurs de ne plus recevoir à l’Hôtel-Dieu les pauvres qui s’y présentaient journellement, parce que la maison était infectée, et que ces malheureux, s’ils y étaient admis, y seraient exposés à un inconvénient plus grave que celui qu’ils voulaient éviter.
On trouvera bien naturel qu’un homme, obligé à un service aussi dangereux et aussi pénible, se soit cru quelque droit à une augmentation de traitement. Il en fit la demande, le 28 décembre 1619. Quatre fois sa pétition fut remise en délibération, et autant de fois elle fut renvoyée à un moment plus opportun. Le 2 avril 1620, enfin, les administrateurs décidèrent que M. de Bapaulme « seroit prié de parler à la Cour de Parlement pour faire accorder à Charles Le Hue une lectre de maistrise et luy en faire délivrer arrest ; et davantage ils ordonnèrent qu’il seroit délivré, par gratification, au dit chirurgien une somme de 100 1. ». C’était mieux que ce secours d’un pot
de vin et d'une miche de pain par jour qui lui avait été précédemment accordé ainsi qu’au médecin, et encore faut-il le dire, à titre provisoire.
Il est donc établi que jusque-là, Charles Le Hue n’appartenait pas à la communauté des maîtres chirurgiens. Il semble pourtant que, bien que n’ayant pas encore de lettres de maîtrise, il ait eu la faculté d’exercer en dehors de l’Hôtel-Dieu, puisque le 15 janvier 1620, on annonçait qu’il avait versé dans la caisse de l’administration « une somme de 29 1. 19 s. donnée aux pauvres par un malade de peste qu’il pansoit par la ville ». Les pestiférés étaient, il faut le croire, une sorte de clientèle que les maîtres chirurgiens de Rouen n’avaient aucun intérêt à disputer au chirurgien de l’Hôtel-Dieu.
Cette épidémie de peste dont nous avons marqué le début en 1619, fut une des plus longues et des plus meurtrières que la ville de Rouen ait subie. Elle faisait encore d’assez nombreuses victimes en 1626. En recherchant le rôle que Charles le Hue eut à remplir tant qu’elle dura, il nous a été aisé de constater combien l’organisation des secours laissait à désirer.
Les fonds manquaient, et ce ne fut que tardivement que fut rendu un arrêt du Conseil ordonnant de prendre, sur les deniers du pont, une somme de 100.000 1. pour la contagion.
David Jouysse, qui était médecin en titre de l’Hôtel-Dieu, probablement parce qu’il se trouvait mal payé, avait renoncé à faire la visite des malades. Deux fois, le 15 avril et le 7 mai 1620, on le menaça de dénoncer sa négligence à MM. du Parlement. Comme malgré cela on n’obtenait rien de lui, on fit prier le médecin Guerente de vouloir bien remplacer son collègue. Sur le refus de ce dernier, il fallut se résigner (4 novembre) à faire de nouvelles démarches auprès de .louysse. Le 5 décembre, on le décidait à reprendre ses fonctions moyennant qu’il lui fût payé par an, 200 livres, 1 poinçon de vin et 2 boisseaux de sel. Trois ans après, il donnait sa démission ; il fut remplacé, le 13 novembre 1623, par Marin Varembault à qui on accorda, outre le poinçon de vin et les 2 boisseaux de sel, un traitement de 240 1. par an.‘
On n’en était plus, on le comprend sans peine, à méconnaître l’urgenle nécessité d’avoir, à l’usage des pestiférés, outre le Petit-
1. Varembaull mourut au mois de février 1631 et fut remplacé par Antoine Le Pigny, le 8 février 1631. Celui-ci eut pour successeur Gallemant, qui donna sa démission, le 7 janvier 1647, en faveur de Lothelin, à qui l’administration payait 400 1. de gages, outre les gratifications ordinaires de vin et de sel.
Aunay, un local absolument distinct de l’Hôtel-Dieu; d’avoir aussi un médecin et un chirurgien particuliers pour cette sorle de malades. Mais ce ne fut qu’assez longtemps après qu’on arriva à une organisation satisfaisante. On en jugera par les notes suivantes que nous empruntons aux délibérations de l’Hôtel^Dieu.
5 novembre 1621. « Faire entendre à Messieurs que ce Jour d’buy, par arrest de la Chambre, il est ordonné que les malades de la contagion seront levez des loges, et mis au lieu de santé pour y estre pansez et que les religieuses de l’Hostel-Dieu, ensemble le chirurgien, les iront assister. » — 20 mai 1622, délibération au sujet d’un arrêt du Parlement qui avait ordonné qu'il serait bâti des cabanes pour recevoir des pestiférés. Le Bureau avait chargé trois de ses membres, MM. de Bretteville, Blondel et Hellot de se rendre auprès du Premier Président pour lui représenter les inconvénients d’une pareille mesure. A la suite d’un entretien qu’ils eurent avec lui et avec le Procureur Général, ils avaient, sans larder, fait marché avec un charpentier « pour la construction d’un bâtiment en forme de grange, de 10 pieds de large sur 18 de long, lequel devait être fourni de colombes et soliveaux et de 2 manteaux de cheminée, le tout pour 475 1. » — 22 août, « la Cour avoit ordonné qu’il seroit pris 1.000 1. du nombre des deniers restans de 30.000 1. données par le Roi pour faire des cabanes d’aisseries couvertes de chaume et les fournir de draps, lits et matelats pour coucher les malades de la contagion qui étaient alors au lieu de santé, attendu que les salles n’étoient assez grandes pour retirer les malades qui étoient au nombre de 108. » — 22 septembre 1622, la dame supérieure du lieu de santé expose « la nécessité de faire plâtrer l’aire du vieux hangard et des salles où couchoient les malades de contagion. » — 22 octobre, « on délibère sur un nouvel arrêt du 12 du même mois, ordonnant de faire des loges de bois de sap au lieu de santé. Lecture faite de cet arrêt et d’un autre du 13, ouïs les sieurs Le Pigny, Brasdefer, et Guerente, médecins, sur la qualité des bastimens nécessaires â estre promptement faits en la maison de santé, il a esté ordonné que l’on acheptera des ais de sap pour en construire deux salles, de 50 à 60 pieds de longueur chacune, selon la nécessité des malades..., lesquelles seront goudronnez, et deux cheminées â chacune avec fenestrage, tant aux
1. A l’IIôtel-Dieu, le nombre des malades était de 125, le 27 octobre "1622 ; il était de plus de 200, le 11 février 1623. La maladie la plus commune était alors la dysenterie.
costez du bastiment que le comble, pour recepvoir le soleil et le vent avec plus de commodité. » — 22 août 1623, « la rue proche des loges sera close et bouchée par les deux bouts pour empêcher que les personnes infectées de peste, estans ès dites loges, ne sortent d’icelles et ne communiquent (avec) aucunes personnes comme ils font journellement ».
Le 27 octobre 1622, « la supérieure des religieuses est venue supplier les administrateurs de faire faire défense aux marqueurs et autres personnes de mener au lieu de santé aucuns malades de contagion, d’aultant qu'il n’y avoit place pour les recevoir ny coucher, et qu’elle estoit contrainte faire coucher 4 à 5 grandes personnes ensemble et 9 à 10 petits enfans en une couche ». Le 27 octobre 1622, on ne comptait pas moins de 348 malades au lieu de santé. Les enterrements se faisaient la nuit. Le 10 décembre 1622, le chapelain i-éclamait des flambeaux de cire pour éclairer ces lugubres cérémonies. On voit qu’il fut successivement aidé, pour l’assistance des malades, par les Capucins et par les Jésuites, auxquels un logis spécial était affecté.
Le Parlement avait voulu, avec juste raison, qu’il y eût un médecin spécial pour les pestiférés. Il avait désigné pour cet emploi, en remplacement de David Jouysse, Gilles Le Vasseur, sieur de Vaugosse, auquel on donnait par an 800 1. de gages et la jouissance d’une maison (délibération de la Ville du 24 août 1619). L’Hôtel- Dieu fit difficulté d’entrer, pour une part quelconque, dans cette dépense, sous le prétexte qu’il avait son médecin particulier. Ainsi peut-être s’explique pourquoi Jouysse ait parfois, comme on le voit par les deux délibérations suivantes, agi en qualité de médecin de la contagion et en ait reçu le titre : Le 4 février 1623, « les religieuses du lieu de santé viennent se plaindre de ce que le sieur Jouysse les menace de leur commander de faire ce que bon lui semblera » ; 11 février 1623, « on fait entendre à Messieurs que les religieuses du lieu de santé ont averti que le sieur Jouysse, médecin de la contagion, ne veult assister les malades que l’on amène au lieu de santé sortant des loges de l’évenl, malades d’autre maladie que de peste, et que l’on les reçoive à l’Hôtel-Dieu. »
A première vue, il paraît singulier que, pour les soins à donner aux pestiférés, on n’ait point eu recours k des médecins plutôt qu’à des chirurgiens. Cela ne tiendrait-il pas à ce que les médecins étaient en petit nombre; qu’on ne leur offrait que des honoraires modiques;
que le souci, assez naturel, de ne point alarmer leur clientèle leur faisait une obligation d’éviter un contact trop fréquent avec les pestiférés? On avait moins de peine à se procurer des chirurgiens, et il en coûtait moins pour les satisfaire; mais il faut dire qu’en généi'al ceux que nous voyons employés ne sont que des compagnons ou garçons chirurgiens, dont l’instruction professionnelle devait laisser à désirer.
L’un d’entre eux, Louis de Routy, compagnon chirurgien, est envoyé, le 19 septembre 1620, aux loges de la contagion pour y panser les malades. On lui promettait par an 90 1.; 40 1. après la contagion, et, par jour, 3 pains, 1 pot de cidre, 2 1. de chaii-; par semaine, 1 livre de beurre et 1 demie livre de chandelle. 11 parait avoir été placé sous la direction de Charles Le Hue, que nous voyons, le 17 octobre 1620, soumettre aux administrateurs l'état de ce qu'il avait fourni « au chirurgien étant aux loges ». Louis de Roiiiy avait avec lui un aide nommé Jean Le Chevalier. Charles Le Hue avait été autorisé, le 10 juillet, à se loger et à lever sa boutique dans une maison située place de la Calende, appartenant à l’Hôtel- Dieu et qu’une tonnelière tenait à louage de cet établissement.' Cette installation lui permit de proposer aux administrateurs de loger et de nourrir chez lui le chirurgien de la santé. Le Chevalier, moyennant un prix de 100 1. par an. L’offre fut acceptée par les administrateurs. Mais, dès le 3 octobre, il fallut* inviter Le Chevalier <à retourner au lieu de santé, en lui recommandant « d’y panser fidèlement les malades et d’y vivre sans scandale »,
Le 25 décembre 1621, on annonce que Louis de Routy s’était retiré du service de l’Hôtel-Dieu et qu’il était allé s’établir à Caudebec pour y panser les malades de la contagion. Nous le retrouvons à Rouen en juin 1623. Le 10 de ce mois, les administrateurs étaient avertis que ce chirurgien devait se rendre le lendemain au lieu de santé pour y panser les malades « par commandement du lieutenant général du bailliage ».
Comme il n'entre pas dans mon sujet de faire l’histoire de la peste à Rouen, je me borne à ces courtes citations, et je renvoie pour plus amples renseignements, aux intéressantes recherches de M. Edouard Gosselin et du docteur Boucher.
i . Charles Le IIuc avait pris l’engagement de payer à cette femme 16 s. par semaine, tant (in’ellc vivrait et de lui laisser la jouissance d’une chambre. 11 remettait au.v administrateurs le logement qu’il occupait à l’intérieur de l’IIôtel-Dieu, et en échange il était exonéré du louage de sa maison. L’IIôtel-Dieu la lit réparer pour lui le 21 août 1621.
On n’en avait pas fini avec la peste : Elle reparut en 1638, 1639, en 1647, 1648, mais alors le service sanitaire était mieux organisé, et l’on ne voit pas que Charles Le Hue y ait eu une part de quelque importance.
Le 7 septembre 1647, notre chirurgien obtint la survivance de sa place pour son fils Charles, qui lui servait d’aide depuis 7 à 8 ans, et qu’il put retenir près de lui,, en cette qualité, assez longtemps encore.
Charles Le Hue le père mourut à l’àge de 76 ans, le 18 décembre 1657 ; il fut inhumé le lendemain dans l’église de l’Hôtel- Dieu .
11 avait été Trésorier de la paroisse de Saint-Etienne-la-Grande- Eglise en 1629-1630.
Charles Le Hue, deuxième du nom, entra en fonctions comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu le jour même du décès de son père.
11 avait été reçu maître en chirurgie le 27 juillet 1643, et nommé garde de la communauté, en compagnie de David De la Mare et de Nicolas De Manteville, le 29 janvier 1656.
11 fut, comme l'avait été son père. Trésorier de la paroisse Saint- Elienne-la-Grande-Eglise en 169i-1695.
11 prit rang parmi les bienfaiteurs de l’Iiôtel-Dieu par un acte de libéralité constaté dans la délibération suivante :
a Du 22"'® jour de novembre 1698, au Bureau tenu par (les noms n’ont point été écrits).
» Sur ce qui a esté représenté à la Compagnie par le sieur Le Hue, chirurgien de cet hospital, que depuis cinquante années il a exercé l'art de chirurgie dans ledit hospital’, et voullant continuer sa charitté envers les pauvres d'iceluy, il offre de donner une somme de dix mille livres au denier vingt, à la charge de luy en faire, sa vie durante et de celle du sieur Simon Le Hue, son frère, le nombre de cinq cents livres de rente, leur vie durante, lesquels cinq cents livres de rente demeureront h perpétuité pour estre payez au chirurgien qui sera nommé par la Compagnie, pour le service des pauvres dudit Hostel-Dieu, en sorte qu'aprez le décedz desdits sieurs Le Hue, le chirurgien de cet hospital demeure fondé et qu’il ne soit plus aux despens dudit Hostel Dieu ; et comme ledit sieur Le Hue est avancé en aage, ne se trouvant en estât de pouvoir agir pour le service des pauvres, il prie la Compagnie de vouloir y nommer en sa place le nommé Godin maître chirurgien de ceste dite Ville, qui
1 . Etienne Godin reçu maître chirurgien en 1692, encore vivant et membre de la confrérie de Saint-Cosme et Saint-Damien, en 1719.
a Inivaillé depuis uii loup- temps dans ledit liospiial avec ledit sieur Le Hue, qui est un subjel très capal)l(i de remplir cet employ, aux mesmes gaiges de deux cent cinquante livres, son logement, sel, en la manière accouslumée, et api-ès le décedz desdits sieui-s Le Hue frères, ledit Hostel-üieu sera tenu de payer deux cent cinquante livres par an d’eaugmentation audit s'' Godin, qui feront lesdits cinq ceiilz livres de gaiges au chirurgien à l'advenir; et, en cas que ledit Godin fust dépossédé par maladye ou autrement de pouvoir exercer ladite chirurgie audit hospital, il luy sera payé la somme de deux cents livres de rente, sa vie durante seullement.
» Sur quoy délibéré, veu l’esnoncé cy-dessus. nous avons accepté laditte donation aux conditions cy-dessus et authorisé Monsieur Lallemand, administrateur en charge, h recevoir dudit sieur Le Hue laditte somme de dix mille livres, en passer contrat, et avons receu ledit Godin pour chirurgien de cet hospital aux mesmes gages de deux centz cinquante livres par an, son logement et le sel, parce que le vin ne sera donné que pendant le vivant dudit sieur Le Hue seullement, dont l’Hostel-Dieu demeurera deschargé à l’advenir.
» Signé : De Montholon. »
Charles Le Hue mourut le 24 novembre 1699’ et fut inhumé dans l’église de l’Hôtel-Dieu.
Il laissait pour héritier son frère Simon Le Hue, marchand de toiles à Rouen et possesseur d’une assez grosse fortune.
Celui-ci, par testament, exprima le désir que son corps fût inhumé dans l’église de l’Hôtel-Dieu, où précédemment avaient été inhumés son père et son frère.
Il laissait au Chapitre de Rouen 1,500 1. pour être employées à faire des carolles (ou grilles) à la chapelle Saint-Joseph et Sainte- Cécile en la Cathédrale; un tiers de ses biens meubles aux religieux de l’Hôtel-Dieu, à charge de services religieux et aussi avec obligation de donner à perpétuité, par augmentation, aux pauvres malades de cet établissement, un quartier de poule et un demi-setier de vin les deux jours de Saint-Charles-Borromée et de Saint-Simon, en les invitant à prier Dieu pour les âmes de lui, de son frère et de leur père.
Un autre tiers de ses meubles devait être affecté à la construction
1 . a Le 24 de novembre 1699 a été inhumé en cette église M' Charle Le Hue, maistre chirurgien à Roüen et ordinaire de LHôtel-Dieu, aagé de soixante et dix-huit ans, en présence de témoins soussignés : F. de Regnouval, S. Le lluc, Ileurtault. »
d’une contrelable au maître-autel de l’église de l’Hôtel-Dieu, d’après les plans qu’auraient à approuver ses exécuteurs testamentaires, qui étaient deux conseillers du Parlement, M. Vaignon et M. de Brèvedent de Saint-Martin.
Il mourut le 19 février 1704' et fut inhumé, suivant son désir, à côté de son père et de son frère, dans la chapelle de la Vierge de l’église de l'Hôtel-Dieu.
Ses exécuteurs testamentaires s’acquittèrent fidèlement de la mission qui leur avait été donnée, et bientôt, grâce à leurs soins, l’église de la Madeleine fut pourvue d'une décoration remarquable.
L'Histoire de Rouen (édition de 1710, t. 111. pp. 46, 83-94; de 1731, 5""' partie, pp. 81, 95-100) rappelle les charitables fondations de Charles Le Hue et de son frère Simon. p]lle donne une description très détaillée des trois autels qui furent, en 1705, élevés dans l’église de la Madeleine, grâce aux libéralités du second des deux frères, par les artistes rouennais Nicolas Ricouart, sculpteur, et Nicolas Loyer, architecte, à qui celte importante construction fit, dans le temps, le plus grand honneur.
Avec les années, les goûts se modifient étrangement, les sentiments de la reconnaissance s’affaiblissent et peu â peu s’éteignent tout à fait.
Lorsque l'Hôtel-Dieu eut été transféré au lieu de santé, l’idée ne vint à personne de chercher, pour les trois autels de 1705, une place quelconque dans celte nouvelle chapelle élégante, d’un genre nouveau, devenue aujourd’hui église paroissiale. Le moindre malheur qui ait pu leur arriver, c’est d’avoir été vendus pour servir à la décoration de quelque église de village, où peut-être sont-ils aujourd’hui dédaignés. Il semble moins naturel et même regrettable qu’on n’ait pas sauvé l’inscription tumulaire des Le Hue. Suivant toute vraisemblance, leurs ossements, avec ceux de toutes les personnes qui avaient été inhumées dans l’église de la Madeleine, auront été portés confusément dans le cimetière Saint-Maur et mêlés à ceux de la multitude des pauvres et des pestiférés.
Ch. DE BEAUREPAIRE.
(I Le jeudi 21° de février 1704 a été inhumé dans la chapelle de la S" Vierge, près l'autel, M. Simon Le Hue, vivant marchand bourgeois de cette ville, décédé le dix-neufvième du même mois, à 11 heures et demye du soir. Sont présents à l’inhumation : Monsieur üiile^, Denys, advocat en Parlement, et le s° Chalot, m° perruquier de cette ville, tous deux proches parents du delïunt. Signé : Challot, Denis. (Aux Archives de ta Ville.) — o Délibéré qu’il sera dit et célébré un service pour feu M. Simon Le Hue, bienfaiteur dudict Hostel-Dieu, composé de vigilles, et de 3 grandes messes à diacre et sous-diacre, 14 mars 1704. (Archives du Département, délibérations de l'Hbtel-Dieu.) »