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La médecine et l'art en Normandie

Un court aperçu sur le fonctionnement de l’Assistance aux indigents vers le milieu du xvi“ siècle nous montre que dès cette époque existaient à l’état d’ébauche la plupart des organisations charitables que nous avons aujourd’hui sous les yeux.

Les chroniques du temps ‘ nous apprennent que les pouvoirs civils et religieux avaient fort à faire pour régulariser la marche des œuvres charitables et pour empêcher les abus. La paresse faisait naître une foule de faux miséreux qui accaparaient une partie des ressources du fonds de charité au détriment des vieillards et des infirmes. La mendicité, qui tout d’abord était libre, avait dû être réglementée. Dès 1521 les pauvres furent répartis par quartiers ou paroisses. A certains jours ils se rendaient devant les 'portes des communautés et devant les maisons de bourgeois pour recévoir des secours en nature, du blé, des légumes, du lard, etc., distributions comparables à celles que font nos Bureaux de bienfaisance et nos Dispensaires. .

Bientôt une entente se fit entre la Chambre des ' paüvrès, composée de membres du Parlement, et les autorités religieu’ses.'On établit une liste des pauvres et on édicta des peines sévères' contre les faux pauvres. On chassa de la ville les pauvres vagabonds ou pauvrespassants qui devinrent souvent un véritable danger pour les campagnes voisines. Toutefois, à leur passage dans la ville on consentait à leur donner un abri momentané. L’hôpital Saint-Vivien, véritable Asile de nuit, fondé , vers le milieu du xvP siècle par Jean Le Fèvrè, maire de Rouen, leur était réservé. Il contenait 13 lits; on y donnait l’hospitalité pendant deux nuits consécutives. On remettait en outre, à chaque pauvre, deux fagots, de la Saint-Michel jusqu’à Pâques.

1. La plupart des faits auxquels nous faisons allusion sont consignés dans les Bulletins de l’Académie de Rouen.

Le nombre de ceux qui profitaient de cette hospitalité était assez considérable. Il s’éleva souvent à plus de 1,500 par an'.

Pour aider à la répartition des aumônes on dressa une liste régulière des dons volontaires. Un Cartulaire manuscrit du xvP siècle, conservé aux Archives départementales 2, contient une série de copies prises sur les originaux des titres de rentes, tant perpétuelles qu'à condition de rachat, données au Bureau des pauvres. L’auteur du manuscrit n’a point laissé son nom. Il n’a pas non plus signé l’enluminure placée en tête de l’ouvrage et dont nous avons cru intéressant de donner la reproduction. Cette enluminure, d’une richesse de coloris remarquable, admirablement conservée, rappelle la manière des peintres italiens de la Renaissance. L’ensemble de la composition dénote chez l’artiste un véritable talent. Le sujet est emprunté à la parabole du Mauvais riche, de l’évangile selon saint Luc^ ; « Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et il faisait tous les jours des festins splendides. Et il y avait un mendiant du nom de Lazare qui était couché à sa porte, couvert d’ulcères, désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait; mais les chiens venaient et léchaient ses ulcères. Or, il arriva que le mendiant mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi et il fut enseveli dans l’enfer. »

Le centre de la composition nous montre, opposés l’un à l’autre, le bon et le mauvais riche. A droite, le mauvais riche est assis seul devant une table chargée de mets. Les serviteurs se pressent en foule autour de lui. Il ne prête aucune attention au pauvre Lazare. Celui-ci est étendu à quelques pas; les chiens, seuls, paraissent compatir à sa misère. Le bon riche, au contraire, distribue des

1. Rouen : Notice sur raiicien hôpital Saint-Vivien, i)ar Ch. de Beaurepaire. {Bulletin de la Commission des Antiquités, t. YI, p. 72.)

Au .wii' siècle, il y avait à l’hôpital Saint-Vivien deux dortoirs : l’un, pour les hommes, avec neuf lits; l’autre, pour les femmes, avec quatre lits. Au xviii' siècle, il n’y avait plus qu’un dortoir où seuls les hommes étaient admis. L’hôpital subsistait encore en 1792. Il fut vendu comme bien national le 22 octobre 1793.

Des hôpitaux semblables existaient à Arques, Sainte-Foi-de-Longueville, Vaudreville, Aumale, Caudebec, Ecouis, Envermeu, Gaillefontaine, Gournay.

2. M. de Beaurepaire nous a accueilli avec sa bienveillance accoutumée. 11 nous a permis de consulter le Cartulaire et a mis à notre disposition un exemplaire du recueil de poésies du Puy des pauvres. Nous tenons à l’en remercier bien vivement. A. H.

3. Les quatre évangiles; évangile selon saint Luc : le pauvre Lazare et le mauvais riche.

vêtements aux pauvres. La table est largement servie et les malheureux y sont admis. Un malade, étendu sur une sorte de civière, reçoit les soins de deux femmes placées près de lui. Un peu plus à gauche se dessine le profd d’un édifice sévère, avec fenêtres grillagées, devant lequel est i-eprésenté un prisonnier avec les entraves aux jambes. Devant lui, un homme incliné s’apprête à le soulager; allusion, sans aucun doute, à l’une des œuvres de miséricorde qui consistait k rendre visite aux prisonniers et à leur porter quelque nourriture. A cette époque, les prisonniers n'avaient droit qu’au pain et à l’eau, et encore, cette maigre pitance ne leur étaitelle que prêtée; ils en devaient acquitter le prix plus tard.

A la partie supérieure, l’artiste a reproduit le Jugement dernier : Le Christ, la Vierge, les douze Apôtres. Des anges sonnent la trompette du Jugement dernier. La partie inférieure du sujet nous montre l’enfer; des animaux fantastiques vomissent des flammes par la gueule entrouverte; le mauvais riche lève des yeux suppliants

Malgré tout ce qu’on faisait pour stimuler le zèle des donateurs, la charité libre devint bientôt insuffisante.

En 1558, « la Cour ordonne que nouvelles exhortations

seront faites aux prônes des paroisses, et de nouvelles quêtes à domicile.

» Et si aucuns habitants se trouvent qui, sans respect aux bonnes et sainctes remontrances qui leur seront faictes, ne voudraient se cotiser volontairement et raisonnablement, ni considérer combien ils sont tenus envers Dieu qui, par sa grâce et libéralité, leur a voulu prêter des biens temporels plus que suffisants, à condition de l’en remercier et de lui en être reconnaissants en la personne des pauvres qui le représentent, la Cour y pourvoiera et procédera de telle façon que les ingrats seront forcés de convertir leurs superfluités en aumônes pour subvenir à la nécessité de leurs frères chrétiens habitant avec eux la même ville.

Ajtrès avoir sollicité on imposa les cotisations, et on les fit recevoir par des quêteurs désignés dans chaque paroisse par les pai’oissiens et obligés â une semaine de service. On encourageait les lâches à faire, dans leurs testaments, la part des pauvres.

Enfin, pour limiter la fraude, on décide que : « désormais deux fois par an, il serait fait monstre, au Procureur général, de tous

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