Journal de Rouen du 24 ventôse de l’an III ; n
voisine ‘ A cette époque, le républicain Laumonier, comme l’appelle Auber inaugure le nouvel amphithéâtre de l’Hôtel-Dieu ; <r un nouveau sanctuaire s’ouvre aujourd’hui pour le culte de l’anatomie, s’écrie-t-il; l’esprit des temps barbares qui la vit naître, qui la proscrivit, la persécuta, la rendit informe et presque impraticable, n’est plus; la philosophie l’emporte^ ». Laumonier, qui veut attribuer à la Révolution les bienfaits de la création à Rouen d’une Ecole d’anatomie, paraît oublier l’Ecole royale de la porte Bouvreuil, qui existait depuis soixante ans; Laumonier continua ses cours dans l’amphithéâtre de l’Hospice d’humanité « tous les jours impairs, à dix heures du matin, issue ses pansements ‘ ».
L’amphithéâtre de la porte Bouvreuil avait été déclaré incommode par Laumonier, il l’avait décrit comme ouvert à toutes les injures de l’air. Cet état n’empêcha pas un officier de santé, Etienne Beaumont, d’y continuer ses cours publics d’accouchements. Ce « professeur et démonstrateur public en accouchements » fit ses cours tous les ans, « assez ordinairement pendant les mois de prairial et messidor, aux anciennes écoles publiques de chirurgie, rue et porte Bouvreuil “ ». Le professeur était aussi misérable que son amphithéâtre était délabré; il avait demandé quelques années avant un certificat d’indigence à la Municipalité ,de Rouen , pour avoir la remise de quelques frais dans un procès®; c’était le fils de Beaumont qui avait eu lui-même un procès à soutenir contre la Communauté des Chirurgiens en 1734. Le cours de Beaumont était annoncé par des affiches placardées dans toute la ville et les faubourgs ; il les cessa en 1801, peu de temps avant la destruction de la salle qui lui servait pour faire ses cours.
Laumonier avait annoncé la destruction de l’amphithéâtre de la porte Bouvreuil pour l’année 1789 mais la porte ne fut démolie que dix ans plus tard : elle tombait complètement en ruines quand, le 2 décembre 1802, elle fut adjugée pour 2,430 francs; son acquéreur la fit abattre immédiatement ; ainsi disparurent les vestiges de la première Ecole d’anatomie et de chirurgie de Rouen.
René HÉLOT.