‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 19 sur 98 · L’ALIMENTATION DES ENFANTS AU XVP SIÈCLE · texte numérisé non relu

L’ALIMENTATION DES ENFANTS AU XVP SIÈCLE

d’après un manuscrit de la Bibliothèque municipale de la Ville de Rouen.

Il existe à la Bibliothèque municipale de la Ville de Rouen un volume manuscrit bien connu de tous les bibliophiles : « Recueil de poésies palinodiques exécutées par Jacques Le Lieur, échevin de Rouen et prince du Puy de la Conception Notre-Dame » qui est une des perles de la Bibliothèque. Les douze premières pages de ce volume sont consacrées à un calendrier ; les autres contiennent un grand nombre de poésies diverses, chants royaux, ballades, sonnets, rondeaux, pieuses oraisons à l’honneur de la Vierge pour laquelle Le Lieur avait nne dévotion toute particulière.

Indépendamment de quelques grandes enluminures qui sont de vrais petits tableaux d’une exécution plus soignée que le reste, à chaque page le texte est entouré d’un encadrement très richement orné avec personnages et animaux. Dans leur naïveté, les scènes traités par l’artiste, scènes qui presque toujours se rapportent de près ou de loin au texte, sont d’une composition charmante et nous donnent souvent une idée non seulement de l’art, mais encore de la vie intime du xvi® siècle. Les sujets que l’on retrouve le plus souvent sont les chasses, les divers travaux de la campagne, moissons, vendanges, etc.; les sujets satiriques, avec l’inévitable renard déguisé en moine ou en prédicateur haranguant ses ouailles emplumées.

1. M. Y. Ü26, a. in-12, oblong de 16 "T X 80 7“, rel. maroq. rouge, pet. fers; 148 pages.

Tantôt c’est un alchimiste, dans une absence totale de costume qu’explique son jeune âge, qui entretient un foyer d’où, après avoir passé par des tuyaux plusieurs fois recourbés, l’or vient sortir sous forme de ducats ;• tantôt ce sont des enfants qui jouent à la main chaude, à colin-maillard, ou qui se font hisser en paradis dans un panier.

Ici, c’est un malade assis dans un fauteuil, flanqué d’un côté d’un médecin examinant son urine, et de l’autre d’un apothicaire qui broie une médecine dans un mortier. Là, un barbier dans son échoppe rase un client avec une serpe ébréchée. Plus loin, un médecin examine une urine, tandis que le chirurgien tient un pot à onguent à la main, précédé de son garçon chirurgien portant un éventaire chargé de drogues, et qu’un dentiste à cheval arrache la dent d’un paysan.

La scène que nous reproduisons aujourd'hui, grâce à l’obligeance de M. Loriquet, conservateur de la Bibliothèque, pourrait être intitulée : « l’alimentation des enfants » ; elle nous semble toute d’actualité au moment où le Congrès de Pédiatrie va se réunir à Rouen et où l’on discutera sans aucun doute les mérites des différents modes d’alimentation de l’enfance.

Elle entoure un « Dialogue de l’Annonciation Notre-Dame ». Bien que la rime en soit riche, et le style assez vieux, nous ne nous extasierons pas outre mesure sur les beautés de cette poésie ainsi que l’ont fait Paulin Paris ou M. de Joliment. S’il existe une certaine harmonie dans le rythme, il est assurément exagéré de dire que le style est pur et surtout coloré. Il est très probable que cette poésie est de Jacques Le Lieur lui-même, qui a été un des poètes des plus réputés en Normandie, à son époque, et qui a composé tant de

Beaulx chants royaulx Tous à l’honneur de la Vierge Marie t.

Plusieurs fois couronné au Puy de la Conception Notre-Dame, il fut élu Prince des Palinods en 1554®. Ce ne fut pas seulement une célébrité poétique locale; aujourd’hui, les quelques poésies qui nous sont parvenues de lui nous semblent bien plates; néanmoins, un de ses contemporains, poète de quelque valeur, Jean Bouchet, n’a pas craint, s’excusant de ne pas composer un chant royal pour les Palinods de Rouen, de comparer son ami à Marot.

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