‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 20 sur 98 · Jehan Bouchet, épitre · texte numérisé non relu

Jehan Bouchet, épitre

2. Le Puy se tenait alors au couvent des Carmélites où avaient également lieu les réunions du Collège des Médecins.

Quand jai vu de tes vers la copie Non procédant de garruleuse pie Mais dorateur et poete parfaict Semblablement ce que Marot a faict Aussi Macault du Roy le secrétaire Jai proposé doresnavant me tairc.

Nous aimons à croire que le jour où Bouchet écrivit ces vers, son cœur parla plus haut que son esprit critique.

En tous cas, ce n’est pas le dialogue de l’AniKinciation Notre- Dame qui nous parait devoir faire pâlir l’œuvre de Jehan Marot. Le poète imagine un dialogue entre la Vierge Marie et la Nature humaine sur la conception de Jésus-Christ.

Nature itumaine.

Que direz-vous Vierge pucelle Quand Gabriel vous saluera Soubs votre nom enfer chancelle Par vous sa rigueur périra

Marie.

Je luy diray quhumble suys celle De celluy qui te saulvera Je suys aussy sa doulce ancelle Me soit faict ainsi qu’il dyra

Nature.

Comment qui le concepvera Ce n’est pas œuvre naturelle Quand cecy donc se fera Que dyrez-vous Vierge pucelle

Marie.

Le Sainct Esprit me gardera De voluptueuse estincelle Et lors qui me regardera Je luy diray quhumble suys celle

Nature.

Par celluy donc qui tout precelle Vostre doulx fruict benist sera Et aurez grâce supernelle Quand Gabriel vous saluera

Marie.

Je porte la blanche mamelle Qui doulcement le nourrira Je suys la simple columbelle De celluy qui te saulvera

Nature.

Chascun par la voye publira Vostre pu rite maternelle Et qui ne peull lyre escrira Soubs votre nom enfer chancelle

Marie.

Qui de bon cueur me servira Lui garryray sa plaix mortelle Jamois mon fdz ne lomblyra Je suys aussi sa doulce ancelle

Nature.

Vous serez enfin ma tutelle Quand le serpent m’accusera De vicieuse corruptelle Par vous sa rigueur périra

Marie.

Quand ma beauté perpétuelle Mon seul filz dignement verra Sans avoir tache originelle Me soit faict ainsi qu’il dyra

Nature.

Que dyrez vous vierge i)ucelle Quand Gabriel vous saluera Soubs votre nom enfer chancelle Par vous sa rigueur périra

Marie.

Je lui diray quhumble suis celle De celuy qui te saulvera Je suis aussi sa doulce ancelle Me soit faict ainsi qu’il dira

L’artiste qui a enluminé celte page s’cst inspiré des vers : « Je porte la blanche mamelle qui doulcement le nourrira », et à ce propos a donné libre cours à son imagination pour nous montrer diverses manières de nourrir les enfants.

Dans le haut de la page, une cuve pleine d’enfants. Dans le bas, une femme vêtue d’une robe rouge est assise; sur ses genoux est couché un jeune enfant qu’elle appuie sur son avant-bras gauche; sa main droite tient un poêlon où se trouve, sans nul doute, la bouillie du nourrisson. Dans, le lointain, une ville : probablement la ville de Rouen avec ses clochers.

A droite, une femme la tête couverte d'une coiffe, comme on en portera 300 ans plus tard, exprime le contenu de sa « blanche mamelle » dans un long entonnoir à l’extrémité duquel un jeune garçonnet vient appliquer ses lèvres.

Le garçonnet est gros, gras et grand, et nous permettrait de supposer qu’au xvi® siècle, en Normandie, on allaitait les enfants très tard, s’il n’était pas permis de penser que l’habileté de l’artiste a été en défaut et qu’il n’y a là qu’une naïveté d’exécution comme le manuscrit en fourmille.

Quoi qu’il en soit, il nous a paru i*ntéressant de rappeler ces vieilles scènes médicales qui illustrent l’œuvre de Jacques Le Lieur.

Pierre DEROCQUE.

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