‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 26 sur 98 · LA TUBERCULOSE D’ACHILLE-CLÉOPHAS FLAUBERT · texte numérisé non relu

LA TUBERCULOSE D’ACHILLE-CLÉOPHAS FLAUBERT

Si l’on s’en iMpporle à Maxime du Camp, Flaubert père considérait la profession d'écrivain comme un métier de paresseux et d’inutile; il ne pouvait admettre que son fils Gustave fût ce qu’il appelait un grimaud, un gratle-papier. Ce même ami de Gustave Flaubert raconte dans ses souvenirs qu’un jour, pendant que Gustave lisait ses œuvres à son père, ce dernier s’endormit, et il fait suivre cette anecdote de la réflexion suivante : « On l’eût singulièrement surpris à ce moment et indigné, si on lui eût dit que son nom dont il était si fier ne resterait célèbre que parce que ce nom serait illustré par les romans de son fils. » ^ Il est incontestable que le nom de Fauteur de Madame Bovary et de Salammbô est immortel, mais il ne faut pas oublier que son père fut un des plus grands chirurgiens du XIX® siècle; il n’a pas écrit d’ouvrages importants, mais il a laissé à Rouen, où il était idolâtré, le souvenir d’une réputation considérable.

La biographie d’Achille-Cléophas Flaubert a déjà été faite plusieurs fois. Ayant eu la chance de trouver chez un bouquiniste une liasse de documents sur Flaubert père, dont certains présentent un réel intérêt, nous avons l’intention d’en publier plusieurs. Nous commençons par le premier en date : la dispense définitive du service militaire d’Achille-Cléophas Flaubert.

La vie des Flaubert appartient â l’histoire. Un ami intime de Gustave Flaubert, Maxime du Camp, a révélé au public le nom de la maladie qui frappa ce grand écrivain, et que la famille avait cachée à ses amis; révélation que Guy de Maupassant reprocha à Maxime du Camp, avec beaucoup des admirateurs et des intimes de Gustave Flaubert. Nous croyons, au contraire, que Maxime du Camp a donné l’explication nécessaire de certaines particularités de caractère de son ami; l’épilepsie, d’ailleurs, comme il le dit lui-même,

I . Maxime duJCami* : Soucenirs littéraire», tome I*', page 30<J.

n’a rien de liunleux, c’est un accident pathologique; celui qui la subit n’en est pas responsable ^ Cette maladie, que les Anciens considéraient comme sacrée, a fait classer Gustave Flaubert, par Lombroso, à côté de Jules César, de Molière et d’autres, dans la catégorie des hommes de génie sujets à des accès d’épilepsie.®

Un fléau qui fait dans le monde des ravages plus considérables que l'épilepsie : la tuberculose, frappa également la famille Flaubert dans Achille-Cléophas, qui, lui, eut la chance de guérir. Autrefois, la tuberculose était considérée comme héréditaire; une famille dans laquelle il y avait eu un tuberculeux était tarée; aussi les cas étaient dissimulés. Aujourd’hui, avec les notions de contagion, on cherche à déraciner ces idées, on soigne les tuberculeux ouvertement et souvent on ne leur cache pas leur état.

En écrivant ces quelques lignes sur la tuberculose d’Achille- Cléoplias Pdaubert, nous savons que nous n’ajouterons rien à la gloire de l’illustre chirurgien, qu’on a appelé le Dupuytren de la Normandie; mais nous voulons publier une intéressante observation de guérison de tuberculose faite, à l’Hôtel-Dieu de Rouen, il y a un siècle.

C’est à Paris, à la fin de ses études, que A.-C. Flaubert tomba malade. Il venait de donner une somme de travail énorme : après un service d’hôpital fatigant, il passait la journée à étudier l’anatomie; le soir, il prolongeait ses études bien avant dans la nuit. Ses modestes ressources ne lui permettaient pas de prendre le repos nécessaire et d’avoir une alimentation assez abondante pour réparer ces fatigues. Flaubert était pauvre; son père, « artiste vétérinaire » à Nogent , n’était pas dans l’aisance. En se gênant beaucoup, ses parents l’avaient envoyé à Paris étudier la médecine. Le seul patrimoine du jeune interne était sa grande intelligence. Aussi Cléophas Flaubert envia-t-il souvent, en se souvenant de ses débuts dans la médecine, le sort de son fils Achille, dont les études médicales furent facilitées par la fortune et la science paternelles. De Goncourt rapporte à ce sujet dans son journal® que Gustave Flaubert dit un jour avoir vu son père montrer le poing à son frère Achille quand il fut reçu docteur, en lui disant : « Si j’avais été à sa place, à son âge, avec l’argent qu’il a, quel homme j’aurais été! »

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