‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 36 sur 98 · N” 15, août-septembre · texte numérisé non relu

N” 15, août-septembre

3. M. Allmer, à la suite de Sichel, commet une petite errcui-. car l’indigo et le ^ertde-gris entrent tous deux dans chaque formule (très analogue d’ailleurs) des deux auteurs.

Sur le troisième côté, on voit le mot smecticum, qui n’avait été à cette époque trouvé sur aucun cachet; pour Rever, il s’agissait d’un fondant. En tout cas, il ne paraît pas douteux que ce mot indiquait des propriétés détersives. Il appartenait à cette classe de médicaments souvent mentionnés chez les anciens auteurs et appelés smegmata, nom étymologique et général des médicamenta detergentia. (Héron de Villefosse et Thédenai.)

Enfin, sur le quatrième carré (et sur cette tranche, comme sur les précédentes, il y a le nom ablapti) on lit le mot : crocodes, que l’on a trouvé sur d’autres cachets, et très diversement interprété. La majorité des auteurs considère ce collyre comme une préparation de safran. Rever cite même l’opinion suivant laquelle ce produit (crocodes) aurait été retiré du crocodile, se basant en cela sur ce passage de Pline (lib. 28, c. 8) :

« Il y a, dit Pline, deux sortes de crocodiles, dont l'un ne se repaît que de fleurs les plus odorantes; on en réserve, à cause de cela, très soigneusement les intestins, qu’on triture pour en faire la préparation connue sous le nom de crocoditaea dont l’odeur est exquise. On l’emploie avec le Jus de poireau, comme liniment, dans

les ophtalmies qui troublent la vue et l’obscurcissent On ne

connaît rien, dans ces cas-là, de préférable au fiel de ce reptile préparé avec du miel Le sang même des deux espèces de cro-

codiles est tout-à-fait propre à éclaircir la vue et à remédier aux mauvais effets des cicatrices. »

Les oculistes avaient vraisemblablement une substance équivoque à laquelle ils donnaient la vogue. Dans uti certain cachet dont parle Caylus, le graveur a figuré une tête de crocodile à la suite de crocod ; probablement l’empirique le fit graver pour qu’on ne se méprit point sur la prétendue base de son collyre et qu’on ne le crût pas avoir été fait avec la plante crocodgiion. D’aillturs, dans aucune des préparations connues pour avoir été faites avec plus ou moins de safran, on ne trouve le L) qui convient à, celle que croit Rever et en est sa caractéristique. Le collyre au safian des Anciens s’appelait diacrocos. L’onguent de safran était runguentuin crocinum; une préparation particulière qu’on en faisait portait le nom de crocornagma, et dans aucune de ces appellations on ne voit employé le D sans lequel le crocodylaea n’eût point été suffisamment indiqué.

En tout cas, il n’est pas douteux que crocodes signifiait un collyre connu, soit collyre au safran, soit collyre au sous-carbonate de fer

(safran de Mars), chose possible, les substances métalliques ou dérivées ayant été employées en oculistique dans l’antiquité.

Sur les deux surfaces du cachet, on voit des figures au trait, dont quelques parties sont peu visibles; d’un côté, est représenté une sorte de cheval marin; de l’autre, un vase à goulot renversé; des lettres isolées sont éparses sur ces figures; on n’a pu, jusqu’à présent, leur donner de bien justes interprétations.

On est frappé du rapport qui existe entre le dessin et le nom du collyre, disent Héron de ’Villefosse et Thédenat. D’après Dioscorides, Galien, Pline, Oribase, Aétius, les cendres d’hippocampe étaient employées en médecine; aucun texte n’indique qu’on en ait fait usage pour les yeux spécialement; mais les médecins anciens leur attribuent des propriétés qui ne diffèrent pas de plusieurs substances figurant dans les formules de collyres. L’animal lui-même passait pour avoir des vertus curatives.

Entre les sabots de l’hippocampe on distingue la lettre L (rétrograde), et en face du genou droit un M (rétrograde) ; ces lettres sont tracées suivant une ligne idéale allant, de bas en haut, la partie supérieure de la lettre étant tournée vers l’animal. Il semble que ce groupe L M ait été répété à droite devant l’hippocampe, près du biseau. Cependant, la transcription de ce second graffito n’est pas très certaine, et on pourrait lire aussi bien L I V, car le premier jambage de M est un peu écarté du second et le dernier jambage a disparu dans le biseau. Au dessous des jambes et en partie sur le corps de l’iiippocampe se trouvent des lettres C O S S (rétrogrades) disposées en carré. Est-ce là une raison de supposer que le possesseur du cachet avait eu l’idée d’y inscrire une date consulaire, comme M. Zangemeister en a découvert une sur le plat du cachet de Gotha ?

Enfin, vers le milieu de l’encolure de l’animal, on voit un S très distinct. L’hippocampe lève les deux jambes de devant comme pour nager; le dessin de la queue enroulée en anneau empiète sur le biseau qui forme la bordure du plat.

Sur l’autre plat est figurée au trait une amphore à large panse. Les anses sont surélevées et s’enroulent élégamment en forme d S; l'anse droite a été presque entièrement emportée par une cassure. Le col de ce vase^st décuré d’un ruban divisé par des tr.iits verticaux en petits compartiments carrés; la panse est entourée d un ornement strigité en forme de gourmette. A la partie inférieure du vase, à

J’endroit où le pied prend naissance, s’élancent trois feuilles d’eau allongées, motif d’brnemenlalion très fréquent, que Duchalais, et après lui Sichel, ont eu le tort de prendre pour des yeux.

A la partie supérieure de ce côlé plat, on distingue les lettres S SI très faiblement gravées sur une seule ligne et inégalement espacées. Siebel a lu le mot scripsit, ce qui est peu admissible.

De chaque côté du col du vase sont deux lettres : un O à droite et un I à gauche. Plus à gauche encore est une lame verticale produite par un accident, et qu’il ne faut pas prendre pour une lettre.

Au-dessus du vase est inscrit en beaux et grands caractères le mot GAI. Le nom n’a, comme on le voit, aucune parenté avec celui de S. Martinius Ablaptus; le même nom, moins l’I emporté par une cassure, est répété, en caractères beaucoup plus petits, dans la partie centrale de l’orifice du vase ; ce nom est au génitif comme le sont généralement ceux des oculistes mentionnés sur les tranches des cachets. Il y a lieu , sans vouloir faire cependant autre chose qu’un simple rapprochement de noms, d’observer que le nom G A I V S était porté par un médecin oculiste cité par Galien : KoXhjpio-^ r«tou

ofOocyp-ixov .

A droite du vase et au-dessous de la panse est un L renversé ou un r grec ; serait-ce la lettre initiale du nom de r(atoç) ?

On peut observer encore devant les mots crocodes et dîurhodon des rameaux, qui ne paraissent, comme pour d’autres cachets, n’avoir été gravés là que pour remplir un vide.

Cachet de Condé-sur-Iton {Eure). — Il ne reste plus que la moitié de cette pierre, stéatite vert foncé, qui a 0 m. 053 de longueur sur 0 m. 022 de largeur et 0 m. 010 d’épaisseur. Elle appartenait, en 1867, à M. Bonnin, conservateur du Musée d'Evreux. On croit généralement qu’elle a été trouvée, vers 1845, à Condé-sur-Iton. Sichel en a donné une copie. Les inscriptions sont ;

ELLINI

ILLVM

(Marc)ellini (penic)illum.

Cachet de Rouen^. — L’abbé Cochet, dans la « Revue de Normandie » (1863, p. 496) écrit :

1. D’après Espérandieu, ce cachet paraîtrait perdu, et on en aurait seulement upe copie de M. IMovat (Bulletin des Antiquaires de France; 1883, p. 123, et Bull, épigraphique; 1883, p. 102), sur des empreintes prises par l’abbé Cochet. Il n’en est lûen heureusement, et ce cachet trouvé dans des fouilles, au niveau de la rue llollon, est au Musée des Antiquités de Rouen. L’éminent directeur du Musée, M. Gaston Le Breton, nous en a confirmé l’authenticité.

« Le plus curieux objet recueilli cette année par M. Taurin est un cachet d oculiste en schiste jaune et assez bien conservé | c'est le troisième h ma connaissance qui ait été rencontré dans la Seine- Inférieure ; les deux premiers ont apparu à Lillebonne lors des fouilles opérées par M. Rever. »

Voici ce qu’on lit :

M. CASS. MARCIANI DIAMYSVS

M. CASS. MARCIAN LENEM

M. CASS. MARCIAN DI ARHoDoN

M. CASS. MARCIAN LEPIDOS

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