‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 47 sur 98 · II. — Leschevin · texte numérisé non relu

II. — Leschevin

Le mémoire de Leschevin est le meilleur travail du xviiP siècle sur les maladies de l’oreille.

Le premier article du mémoire de Leschevin, « Sur la théorie des maladies de l'oreille et sur les moyens que la chirurgie

ï. J. Duval : Méthode noucelle de guarir les catarrhes et toutes maladies qui en dépendent ooyre mesme celles qui cy devant ont été reputez incurables ; p. 170.

peut employer pour leur curation », est consacré aux maladies de 1 oreille externe, car 1 auteur suit dans son mémoire, comme il le dit, « 1 ordre naturel de la situation des parties Il insiste à plusieuis reprises sur la nécessité de traiter les affections de la peau du pavillon de l’oreille comme celles des autres parties du corps. Il traite ensuite des maladies du conduit auditif.

Comme dans tous les traités de chirurgie de l'époque, il s’étend longuement sur les imperforations du conduit, malformation rare et que l’on -serait tenté de croire plus fréquente autrefois, tant les auteurs anciens se complaisent dans la description de son traitement. Il n’en est rien; autrefois, un connaissait mieux cette affection dont le diag’nostic était plus facile à faire que celui des autres maladies de l’oreille, et les auteurs sont heureux de s’étendre sur l’imperforation et de passer plus rapidement sur les autres affections.

Leschevin termine la description de l’opération qu'il conseille par cette réflexion ; « On conçoit que cette opération ne peut guérir la surdité de naissance qu’autant qu’elle est causée uniquement par l’imperforation ; car s’il se trouvait en même temps dans l’oreille interne quelque autre vice de conformation qui rendît l’organe impuissant, ce serait en vain qu’on aurait remédié à la maladie extérieure. »

Leschevin continue ensuite l’exposition des maladies du conduit, puis les maladies dues à l’air. Ce sont ces idées que beaucoup de personnes ont encore aujourd’hui, et qui leur font attribuer la plupart des affections des oreilles à un courant d'air.

Il signale en passant l’expérience de Valsalva, et s’étend sur les bourdonnements dus à l’obstruction du conduit.

On ne peut lire la description des divers procédés donnés par Leschevin pour enlever les corps étrangers de l’oreille, sans se remémorer la célèbre nouvelle de Guy de Maupassant : La Bête à Mait' Belhomme, un de ses chefs-d’œuvre ; car Leschevin donne comme exemple d’animal entrant vivant dans l’oreille la puce, qui est insupportable par la rapidité de ses mouvements. On se souvient des lamentations de maître Belhomme qui sentait la bête «r galoper ».

La description des procédés employés par les voyageurs qui se trouvaient dans l’omnibus pour débarrasser le pauvre Belhomme de sa bête est si précise que Maupassant n’a pu l’écrire sans s'être documenté.

Leschevinne conseille pas le descellement du pavillon de l’oreille, quand on n’a pas pu enlever le corps étranger par le conduit, car, d’après lui, cette opération ne donne aucun avantage. Il trouve avec raison les pinces inutiles, « elles poussent le corps plus avant «, il prélère un crochet.

Pour enlever un cérumen, Leschevin conseille de faire un lavage du conduit avec de l’eau dans laquelle on a fait fondre du sel marin et du savon.

Les articles dans lesquels Leschevin traite des abcès sont moins intéressants ; il cohfond la furonculose et l’otite moyenne aiguë. On peut cependant signaler quelques faits bien observés; en particulier, l'apparition des complications mastoïdiennes et cérébrales, quand l’écoulement s’arrête brusquement dans une otite aiguë. C’est probablement de cette constatation que vient le préjugé, qui existe encore aujourd’hui, de ne pas arrêter un écoulement d'oreille. Sa thérapeutique des otites moyennes ne mérite pas qu’on s’y arrête.

Les maladies de la « membrane du tambour » font l’objet d’un article à part ; mais comme l’auteur décrit ces affections sans les avoir jamais vues, parce qu’il n’avait pas de moyen d’exploration, cet article présente peu d’intérêt.

Leschevin avait très bien observé que l’obstruction de la trompe d’Eustache provoquait l’otalgie, la surdité et les bourdonnements, et que cette inflammation avait pour cause, le plus souvent, une affection de la gorge. Et à ce sujet, Leschevin signale la possibilité de la production d’une otite moyenne à la suite d’une inflammation du pharynx. Pour Leschevin il n’y a qu’un seul' moyen de porter un remède dans la caisse, c’est de faire une injection par la trompe.

Dans les conclusions de son mémoire, Leschevin traite rapidement des cornets acoustiques dont il conseille l’emploi.

in. — Lecat. Cornets acoustiques.

On comprendra très bien que Leschevin, qui était ün des meilleurs élèves de Lecat, ne se soit pas étendu plus longtemps sur les cornf'ls acotiPtiquos. cnr son maître étudia spécialement ces appareils et

en inventa de plusieurs formes. Dans le Traité des sens, Lecat décrit un cornet acoustique se composant de deux cornets s’emboîtant l’un dans l’autre (fig. 1) ; puis plus tard, dans la Théorie de l'ouïe, il décrit deux nouveaux instruments (fig. 2).

Fig. 1.

Voici la description qu il donne de ces deux derniers appareils :

Le premier instrument regarde ceux qui n ont que l’ouïe dure, comme on dit, ou ceux qui, ayant cet organe fort sain, seroient cependant bien aises d’entendre encore mieux, ou d’entendre des choses qui se passent trop loin d’eux pour être entendues distinctement. L’oreille externe des animaux, tels que le lièvre, l’âne, m’a fourni le modèle de celui-ci. C’est une espèce de conque, A B L D fig. 1, pour l’oreille droite, et fig. 2 pour 1 oreille gauche. Cette conque a une ouverture, A C, plus étroite supérieurement, A, pour s ajouter plus facilement .‘?oiis la perruqiu>, et plus large

inférieurement, C, pour recevoir un ample volume des rayons sonores : a h est un trou ovale fait à la paroi interne de cette conque acoustique, par lequel trou on fait entrer toute l’oreille externe C le rebord a du trou étant appuyé sur la racine du cartilage supérieur de l’oreille, comme les soutiens des boucles d’oreilles un peu pesantes que portent les dames. On peut encore aider à cette suspension par un ruban attaché au sommet de

1 . Dans l’original, l’ouverture A C a cinq pouces moins trois lignes,' et le reste â proportion. (Note de Lecat.) .....

chaque conque el passé sur la tête. L’extrémité supérieure A B, de cet instrument, est bombée en voûte pour rassembler ces sons vers a b ; l’extrémité inférieure, G D, les porte vers a b, ou vers la paroi antérieure A D qui est aussi en voûte pour réfléchir les sons vers a la paroi interne, continuée avec a è, est aplatie pour s’ajuster sur la trompe et sur les parties situées au-dessous de l’oreille. Une perruque, faite exprès, couvre cet artifice de façon qu’il paroît peu ; cette perruque a une boucle derrière pour être élargie lorsqu’on veut placer les conques acoustiques, et rétrécie quand on les abandonne ; j’en ai fait l’expérience et elles remplissent très bien la fin pour laquelle je les ai imaginées.

Mais il est des ouïes si dures que la conque précédente serait d’un trop faible secours; c’est pour celles-ci que j’ai inventé l’acoustique de la fig. III. L’embouchure A B de l’inslrumenl est aussi un pavillon analogue à celui que forme l’oreille externe, ou au moins sa conque; mais cet acoustique copie tout le reste de l’artifice de l’organe de l’ouïe; C imite la fosse auditive, ou l’entrée du conduit cartilagineux avec la saillie en voûte du tragus ; D E, l’abouchement de ce conduit avec le canal osseux F G; F, la voûte spacieuse qui termine cet abouchement; E G H, l’angle que forme l’extrémité du conduit osseux , et dont l’ouverture regarde la voûte ; F G H, membrane pareille à celle du tympan ; je l’ai fait avec du cannepin, qui est la surpenu des gants blancs. J’en ai augmenté l’élasticité par un vernis ; un tafetas de florence très fin peut y suppléer. Cette membrane se monte et s’attache sur le rebord G H de la pièce A F G A sur laquelle un pareil rebord de la deuxième pièce I K L entre juste comme le couvercle d’une tabatière ; 1 K, cavité représentant celle du tambour ; L M N O, canal spiral qui doit faire l’office du limaçon ; P, petite embouchure mobile sur la dernière circonvolution q.

Cette petite embouchure se met dans l’oreille, ou plutôt dans la fosse auditive du sourd ; on la laisse comme elle est représentée pour l’oreille droite ; on la tourne du sens opposé pour l’oreille gauche.

La voix qu’on veut faire entendre se place vis-à-vis, ou mieux, dans le bas de l’embouchure A B ; les rayons sonores, ramassés par ce pavillon, entrent en foule par le détroit CED, dans la voûte F D ; la réflexion qui s’en fait tourne tout au profit de l’angle E G H, et tombe avec impétuosité sur la membrane G H et l’espace I K ; ceux qui auraient pu réfléchir de B en A sont renvoyés par la petite voûte C.

L’entonnoir I K L rassemble en L toute la vivacité des rayons, tant par sa figure conoïde que par ses arrière-voûtes I K analogues aux sinus de la roche, etc., et par sa membrane G H qui s’oppose à toute espèce de réflexions perdues.

Les circonvolutions L M N O P multiplient encore ces vibrations sonores réunies, dont P porte le produit dans le canal auditif naturel du sourd. L’expérience m’a prouvé que ce produit est très considérable et surpasse

celui de tous les acoustiques que j'ai vus jusqu’ici ; car j’ai fait des recherches à ce sujet, et j’ai fait exécuter tous les acoustiques qui sont décrits dans les Mémoires de l’Académie de Paris. J’ui cependant découvert, par des expériences réitérées, deux défauts à mon instrument; ce grand effet même rend les sons si bruyants qu’ils en devenaient moins distincts. J’ai remédié à cet inconvénient en le doublant de peaux de gants collés pour amortir un peu de ses vibrations, et imiter encore de plus près les vrais organes qui sont couverts de parties molles. Le second défaut est la grandeur qui effrayait bien des personnes. Le remède à celui-ci est fort simple; on le réduit à la moitié, au tiers, en conservant sa figure et en faisant seulement l’embouchure AB un peu plus grande que cette réduction ne la demanderaitL

Les conques invisibles de Lecat paraissent avoir été construites à Paris par un sieur Bernard, qui se qualifiait « d’orfévre-mécanicien ». Les conques qu’il fabriquait étaient, disait -il « faites d’une matière aussi légère spécifiquement que le papier, et construites de manière à tenir d’elles-mêmes, et sans la moindre apparence extérieure » Bernard fut-il le constructeur de Lecat? Il est plus probable qu’il s’appropria l’invention du chirurgien rouennais.

Lecat ne se contenta pas d’inventer des instruments ingénieux : il étudia l’anatomie de l’oreille et le mécanisme de l’audition. Dans le cours de son ouvrage, il émet plusieurs idées intéressantes qui sont encore admises aujourd’hui.

Page 1