‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 69 sur 98 · Acte V, scène vi · texte numérisé non relu

Acte V, scène vi

Et Attila meurt à la suite de cette hémorragie nasale. Dans l’avis au lecteur qui précède la tragédie d'Attila, Corneille s’exprime ainsi sur la mort de ce grand conquérant : « Les auteurs rapportent qu il avait coutume de saigner du nez, et que les vapeurs du vin et des viandes dont il se chargea fermèrent le passage à ce sang qui, après l’avoir étouffé, sortit avec violence par tous les conduits. Je les ai suivis sur la manière de sa mort; mais j’ai cru plus à propos d’en attribuer la cause à un excès de colère qu’à un excès d’intempérance ».

On peut attribuer les épistaxis répétées auxquelles était sujet Attila à une affection viscérale des reins ou du foie particulièrement. On connaît les excès auxquels il se livra ; l’abus des boissons en particulier avait pu déterminer une affection d’un de ces organes.

Il mourut d’une syncope, et Corneille explique la cause de l’arrêt de l’hémorragie par l’épaississement du sang, opinion admise par les médecins à l’époque où il composa cette tragédie.

On trouve dans une tragédie de Pierre Corneille les traces d’une croyance populaire relative à l’allaitement. C’est dans la tragédie d' Héraclivs ; Boileau l’appelait un logogriphe, et on en a dit, en plaisantant, que Corneille lui-même « n’y entendit rien », quand il la revit quelques années après l’avoir composée. Léontine, qui a nourri le fils de Phocas, empereur d’Orient, s’écrie :

G’esl du fils d'un tyran que j’ai fait ce héros;

Tant ce qu’il a reçu d’heureuse nourriture

Dompte ce mauvais sang qu’il eut de la nature! *

Il y a encore aujourd’hui des personnes qui croient qu’au point de vue moral les qualités et les défauts de la nourrice passent à l’enfant par l’intermédiaire du lait.

A la tragédie du Cid, qui n’a rien de médical, se rattache un accident qui présente quelque intérêt. Baron, un assez bon acteur qui remplissait dans cette tragédie le rôle de Don Diègue, en poussant avec le pied son épée que le Comte lui avait fait tomber, se piqua à la pointe. Il ne fit pas attention à cette plaie, et au bout de quelques jours, il avait de la gangrène du pied. On voulut faire l’amputation, mais il répondit qu’il aimait mieux mourir que de souffrir cette opération, ajoutant qu’un roi de théâtre se ferait huer avec une jambe de bois. Il mourut quelques jours après-.

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