I.a flnmme disparaît, mais l’ardeur leur demeure
El leurs habits charmés, malgré nos vains efforts.
Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps ;
Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire.
Et ce nouveau secours est un nouveau martyre ^
Et Creuse, que l’on veut secourir, s’écrie :
Le poison à mon corps unit mes vêtements ;
Et ma peau, qu’avec eux votre secours m’arrache.
Pour suivre votre main de mes os se détache 2.
La légende de la robe imprégnée de poison aurait été difficile à mettre au théâtre en accord avec les données de la science des poisons du xvii® siècle; la contagion du poison de la fille au père est difficile à expliquer. Corneille a suivi la légende, sans se préoccuper de la possibilité des phénomènes qu’il décrit. Il aurait pu se renseigner et connaître les effets des vêtements empoisonnés dont on se servait quelquefois, à cette époque, dans un but criminel; on mettait de l’arsenic dans les vêtements de la personne dont on voulait se défaire; l’arsenic produisait des ulcérations de la peau, et par cette plaie le poison était absorbé rapidement®. Dans cet empoisonnement comme dans les autres, Corneille a sacrifié la science à l’effet théâtral et à une des règles de la tragédie à cette époque ; celle de ne pas effrayer le public.
Pierre Corneille a été plus près de la vérité dans la description qu’il donne de la mort d’Attila :
A poine sorlions-nous, pleins de trouble et d'horreur,
Qii’Allila recommence à saigner de fureur.
Mais avec abondance ; et le sang qui bouillonne Forme un si gros torrent, que lui-même il s’étonne.
Tout surpris qu’il en est : «s’il ne veut s’arrêter,
« dit- il, on me paiera ce qu’il m'en va coûter. »
Il demeure, à ces mots, sans parole, sans force;
Tous ses sens d’avec lui font un soudain divorce .
Sa gorge enfle, et du sang dont le cours s’épaissit Le passage se ferme, ou du moins s’étréciL De ce sang renfermé la vapeur en furie Semble avoir étouffé sa colère et sa vie^.