‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 92 sur 98 · ETABLISSEMENT UTILE · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT UTILE

Hospice d inoculdtion ^ protégé par le Gouoernement.

Monsieur,

Les Cours de Portugal et d Espagne sont plongées dans le deuil j la plus désastreuse des maladies, la petite vérole, vient de moissonner, en un mois, le Prince du Brésil, la Princesse sa sœur, épouse de l’Infant d’Espagne, Dom Gabriel, l’enfant auquel elle venait de donner le jour, et le prince Dom Gabriel lui-même.

II n’est que trop vraisemblable que la mort du Roi d’Espagne, qui les a immédiatement suivis au tombeau, a été beaucoup avancée par le chagrin que lui ont causé des coups aussi cruels et aussi imprévus.

Si jamais une circonstance doit faire sentir l’importance et l’utilité de l’inoculation, c’est incontestablement celle ou la France se félicite plus que jamais de voir à l’abri d’un tel fléau le monarque chéri qui, lors de son avènement au trône, eut le courage de se soumettre à celte opération salutaire, en même temps qu’une partie de son auguste famille.

Je crois donc. Monsieur, me rendre utile à une nombreuse classe de vos lecteurs en annonçant que votre ville va devoir à l’un de ses anciens administrateurs, appelé par son mérite auprès du trône, à M. de Villedeuil, un établissement qui ne cesse point de s’intéresser particulièrement à elle.

Ce Ministre, d’après le rapport de M. de Maussion, voulant favoriser l’Hospice d’inoculation déjà disposé par le D'' Hardy, à l’extrémité du fauxbourg Saint-Sever, sur la paroisse de Sotteville, vient, de déterminer Sa Majesté à lui accorder le titre de médecin de la Généralité de Rouen pour l’inoculation de la petite vérole. Le brevet du Roi est en date du 20 décembre dernier et conçu dans les termes les plus honorables pour ce médecin, au mérite duquel je me fais un plaisir de rendre hommage L

C’est à cette époque qu’à Rouen le plus grand nombre d’inoculations fut pratiqué ; la Municipalité fut même obligée de prendre une décision à cet égard :

l. Journal de Normandie, par Milcent, 28 janvier 1789.

Délibération relative à l'inoculation de la petite vérole.

25 nivôse, 4"'” année républicaine.

L’Administration municipale dirigeant son attention sur tous les abus contraires à une sage police et surtout sur ceux capables de porter préjudice à la sûreté de ses concitoyens, informée que depuis quelque temps l’inoculation de la petite vérole se pratique dans l’intérieur de cette commune à un tel point qu’il ne pourrait qu’en résulter les plus funestes effets;

Considérant que les règlements anciens ont expressément défendu que cette pratique fût mise en usage dans l’enceinte et à proximité des villes, et quelques-uns même jusqu’à la distance de plusieurs lieues ;

Considérant que l’infraction multipliée qui est faite à des règlements aussy sages ne peut s’attribuer qu’à ceux des gens de l’art eux-mêmes qui inoculent, et qui loin d’y porter atteinte auraient dû les premiers en maintenir l’exécution ;

Considérant, enfin, que tolérer dans l’enceinte d’une commune, surtout aussi peuplée que la nôtre, une semblable pratique, c’est y entretenir un foyer sans cesse renaissant de putridité dont les parties volatiles et malignes propagent celte maladie si funeste au genre humain, et dont les effels sont d'autant plus meurtriers que ces miasmes sont respirés par des individus atteints à l’improviste et sans les préparations nécessaires pour en tempérer la malignité,

Délibère, le commissaire provisoire du Directoire exécutif entendu, ce qui suit, et ayant pris au préalable les avis de plusieurs médecins et chirurgiens de cette commune en possession de la confiance publique, lesquels condamnent l’abus dont il s’agit comme infiniment préjudiciable :

Article premier.

Il est défendu à quelque personne que ce soit, sous toutes les peines au cas appartenant, d’inoculer ou de faire inoculer dans l’intérieur de cette commune ainsy que dans ses fauxbourgs et dans l’étendue du territoire de ladite commune.

Article 2.

Il est enjoint à tous ceux des gens de l’art ou autres qui traitent en ce moment des malades de la petite vérole par la méthode de l’inoculation, ainsi qu’aux pères, mères ou chefs de maison chez qui les malades de 1 espèce désignée sont traités, de venir sous vingt-quatre heures en faire la déclaration au bureau de police civile de la maison commune.

Article 3.

Tous ceux qui ont connaissance qu’il y ait des inoculés de la petite vérole dans quelques maisons de la ville et des fauxbourgs ou dans l’étendue

du tsrriloire de celle commune, ou qui viendraienl à avoir connaissance qu il y en eûl dans la suile, sonl invilés au nom de l’humanilé d’en envoyer ou d’en venir passer leur déclaration au bureau ci-dessus.

Auticle 4.

La présenle délibération sera imprimée el affichée aux lieux accoulumés. Il esl recommandé aux commissaires de police de veiller parliculièremenl à son exéculionL

Au moment où l’inoculation avait le plus de succès à Rouen, Jenner pratiquait en Angleterre la première vaccination officielle, le 14 mai 1796; deux ans après, il publiait son Traité, et en 1800, les premières vaccinations étaient pratiquées en France. A Rouen, le propagateur de la vaccine fut Blanche Rappelons que Gustave Flaubert eut l’intention de publier, avec ses amis Maxime du Camp et Louis Bouilhet, une tragédie qui aurait été intitulée : Jenner ou la découverte de la vaccine ; ce projet ne fut pas exécuté. Les inoculateurs donnaient le germe même de la petite vérole; les vaccinateurs donnèrent une maladie avec laquelle la petite vérole ne pouvait évoluer.

La vaccine tua l’inoculation ; elle avait vécu pendant 40 ans et avait donné lieu à des discussions nombreuses, tant sur le danger de l’inoculation que sur les moyens employés pour pratiquer cette opération. Nous ne les rappellerons pas et nous ne donnerons pas connaissance des objections soulevées par cette pratique, dont quelques-unes sont fondées et d’autres ridicules, ayant voulu seulement donner connaissance de quelques notes que nous avions recueillies sur l’inoculation de la petite vérole à Rouen. A la fin du xviii® siècle, on a créé des maisons d’isolement pour les inoculés de la petite vérole ; dans quelques mois, à la suite des remarquables travaux de MM. Calmette et Guérin, nous assisterons peut-être à la fondation de maisons d’isolement pour les enfants vaccinés contre la tuber-

\ . Préoccupations municipales pour l'hygiène et la santé publique à Rouen. Résumé historique, 1389 à 1830, par le docteur G. Panel, page 29.

2. Recherches historiques sur l’ancienneté de la vaccine et sur son application a l’espèce humaine comme moyen préservatif de la petite vérole ordinaire , avec la méthode de l'inoculer, suivie de faits, d’observations et d’un plan général d'inoculation, par Antoine-Louis Blanche, membre et prevost du ci-devant Coltège de chiiuigie de Rouen, ex-chirurgien en chef des hôpitaux militaires, membre de la Commission de médecine de la ville de Rouen, an X.

culose. Mais au lieu d’isoler pour éviter la diffusion de la maladie comme on le faisait pour la petite vérole, on isolera pour préserver les vaccinés contre la tuberculose ; une condition nécessaire pour préserver les enfants vaccinés serait de les tenir pendant quatre mois à l'abri d’une contamination tuberculeuse. La vaccine a fait son apparition en France au début du xix® siècle ; il est à souhaiter que la vaccination antituberculeuse vienne, à un siècle d’intervalle, diminuer la mortalité par tuberculose, comme la vaccine la diminue pour la variole.

R. HÉLÜT.

Page 1