‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 94 sur 98 · Rapport des Commissaires · texte numérisé non relu

Rapport des Commissaires

D’autres, plus patriotes, s’écriaient : Quelle perte pour la France, si le grand homme portait son secret à l’étranger ! Ces réflexions étaient répétées par des femmes comme M™"" de Lamballe, de Gléon, de Saint-Martin, la marquise de Coaslin et la duchesse de Villeroy, admiratrices ou clientes de Mesmer, et on sait l’influence des femmes sur la politique de cetle époque. Le gouvernement se décida à faire des propositions à l’illustre empirique pour le fixer définitivement en France. Dans le cours de l’année 1781, le ministre Maurepas lui offrit une pension viagère de vingt mille livres pour l’engager à former des élèves, et dix mille livres qu’il devait employer au loyer d’une maison propre à recevoir des malades. On prétend même que le cordon de Saint-Michel lui était offert s il acceptait ces conditions. Mesmer repoussa ces offres magnifiques, témoignage de l’engouement de l’époque pour le nouveau catholicon. Ce refus de l’inventeur du mesmérisme reposait sur la crainte d’une circonstance venant a faire suspendre ou même supprimer le payement des pensions qui lui auraient été accordées Craintes très fondées, à notre avis, et qui prouvent les doutes que Mesmer avait lui-même sur la continuation de ses succès ; le jour où il aurait été considéré comme un charlatan, le gouvernement lui aurait-il continué une si belle rente? Mesmer partit alors pour Spa. Les craintes de ses admirateurs allaient donc se réaliser? 11 n’y avait qu’un moyen d’obtenir de Mesmer son secret, c’était de lui offrir le capital de la rente que le gouvernement lui avait proposée.

Un « homme de lettres », qui devait à Mesmer le rétablissement de sa santé, grâce à la condescendance de l’auteur de la plus grande découverte du siècle, qui voulut bien le traiter plusieurs mois, moyennant une rétribution mensuelle de dix louis — ce malade reconnaissant était Bergasse — eut l’idée, en octobre 1783, d’une souscription. Il pensait que l’on n’avait pas le droit de demander à Mesmer sa découverte « sans acquitter envers lui la dette de l’humanité a La souscription devait être composée de cent actions, à cent louis chacune; les cent actions remplies et leur prix acquitté, le docteur Mesmer devait rassembler les actionnaires et leur révéler le système de ses connaissances, dont ceux-ci pourraient disposer

1. Prospectus de la souscription déposée chez M' Margautin, notaire.

2. Considérations sur le magnétisme animal, ou sur la théorie du monde et des êtres organisés, d’après les principes de Mesmer, par Bergasse ; à La Haye, 1784, note de la page 30.

ensuite comme dune propriété à eux Ce ne sont pas quelques pages qu il faudrait écrire, mais un volume, si l’on voulait retracer 1 histoire de cette Société qui prit le nom de Société de l’Harmonie. Dès 1785, il parut trois brochures relatives à cette souscription ; la première, intitulée « Sommes versées entre les mains de M. Mesmer, poui acquérir le droit de publier sa découverte »^, donna naissance à une réponse de Mesmer, qui, elle-même, suscita une réponse de Bergasse. Nous n avons pas l’intention de suivre ces discussions, ayant seulement pour but de publier un des contrats signés par Mesmer.

Le haut prix fixé pour être inscrit comme élève de Mesmer empêcha, malgré le nombre toujours croissant de ses admirateurs, le recrutement rapide des souscripteurs. Ce n’est qu’au mois d’avril 1784 que Bergasse, remplissant les fonctions de rabatteur, put présenter cà son maître cent c/?e^;a^^■ers ^désirant composer l’Ordre de l’Harmonie; il lui avait fallu six mois pour les réunir.

Un médecin de Rouen, Jean-Antoine Roüelle, médecin de l’Hôtel-Dieu, demeurant alors « rue du Hallage, près la rue du Bac, au bout de celle de la Salamand », suivit les leçons de Mesmer, comme le témoigne le contrat reproduit ici, signé par lui et par l’auteur du magnétisme.

L’existence de contrats semblables est connue. On les trouve reproduits dans quelques ouvrages relatifs au magnétisme. Mesmer, dans la Lettre de t'auteur de la découverte du magnétisme animal à l'auteur des réflexions préliminaires, cite tout au long le contrat qu’il signa avec M. d’Ep..., le 8 mai 1784 ^ M. Ficher de Grandchamp, à la fin du Mémoire de F. -A. Mesmer sur ses découvertes, publie sa convention avec Mesmer, signée le 5 avril 1784 L Ces deux engagements sont semblables l’un à l’autre, et également identiques à deux contrats de Mesmer que nous possédons : l’un, dont nous venons de parler, signé avec Rouelle, le 14 juin 1784 ; l’autre, signé avec Dombey, médecin de la Faculté de Montpellier, le 12 mai 1784. Nous ne pensons pas que l’original d’un contrat semblable ait été reproduit .

1. Observations de M. Bekoasse sur un écrit du D" Mesmer ayant pour titre : Lettre de l’incenteur du magnétisme animal à l’auteur des réflexions préliminaires ; à Londres, 1785, page 11.

'i. Paris, 1785 ; in-8, 8 pages.

3. Page 4. On peut i)enser qu’il s’agit du contrat fait avec d’Epremcsnil.

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