‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 97 sur 98 · Mémaires secrets de Bachaumont · texte numérisé non relu

Mémaires secrets de Bachaumont

4. Apologie de Mesmer, en réponse d la brochure intitulée ; Mémoire pour sercir d l histoire de la jonglerie, dans lequel on démontre les phénomènes du mesmérisme.

élevée qu’au début ; il est certain aussi qu’il ne leur fit pas cadeau de son prétendu secret. La liste de ces membres de la Société de 1 Hai nionie de France était inscrite sur les premières pages d’un registre de la Société; ce registre, en 1852, était en la possession de M. Mialle, qui voulut bien publier la liste des membres dans le Journal du magnétisme, de du PotetL Le médecin de Rouen, Roüelle, a le numéro 171, et on voit qu'il lui avait été accordé l’autolisation de créer dans sa ville un établissement magnétique, faveur que Mesmer faisait à beaucoup de médecins.

Roüelle dut se rendre à Paris, comme firent quatre médecins de Lyon, Faisole, Orelut, Bonnefoi et Picher Grandchamps, pour être initié aux secrets du magnétisme animal. Les cours n’étaient pas faits par Mesmer; il ne faisait que présider, et c’était Bergasse qui parlait. Le docteur viennois s'exprimait difficilement en français, et il arriva pour ses leçons ce qui était déjà arrivé pour ses écrits ; c’était Bergasse qui écrivait et Mesmer qui signait. Le dernier des médecins lyonnais que nous venons de citer nous a laissé le récit de ce qu’ils firent à leur arrivée à Paris. Pendant quinze jours ils furent sévèrement examinés sur leurs connaissances physiques, sur leur capacité, sur leur moralité, puis, on les admit comme élèves adeptes après avoir signé le fameux contrat ^ Parmi les élèves prés’entsse trouvaient beaucoup de médecins qui désiraient « augmenter ou rectifier leurs connaissances médicales ». Le cours dura deux mois.

Roüelle devait s’attendre, comme tous ses confrères, à des révélations extraordinaires ; et, de même que beaucoup d’entre eux, il dut avoir une désillusion en apprenant le fameux secret. A notre connaissance, il n’a pas laissé à Rouen de traces de son savoir magnétique, et il ne fonda pas l’établissement qu’il était autorisé à créer. Nous savons seulement, par un illustre médecin de Rouen, Lepecq de la Clôture, que le magnétisme ne fit pas de cures merveilleuses dans cette ville. C’est, du moins, ce que nous laisse entrevoir l’extrait d’une lettre écrite par Lepecq, en août 1784, à la Société royale de Médecine, relative au magnétisme, extrait cité par Thouret : « dans les différentes villes de province, les méde-

cins, témoins des traitements qui y étaient établis, n’ont observé

1. Du PoTET : Journal du magnétisme, année 1882! : Liste des souscripteurs de la Société de l'Harmonie.

2. Mémoire de F.-A. Mesmer, docteur en médecine, sur ses déconcertes, par J.-L. l’iciiEH (jiiANDCHAMi* ; Pai’is, 182J, page 18.

aucune cure ni guérison réelle » ^ Lepecq fait probablement allusion aux insuccès du sieur Mulletier qui établit à Rouen, en 1784, un traitement magnétique 2; il dut d’ailleurs, avant d’écrire cette lettre, demander à Roüelle, son collègue du Collège des médecins de Rouen, qui avait étudié le magnétisme, son opinion sur ce sujet. On peut s’étonner du peu de succès remporté par le magnétisme à Rouen, quand on lit ceux obtenus à la même époque dans cette ville, à l’aide des aimants et de l’électricité, dans les mains d’un chanoine, Lenoble; d’un docteur en théologie, Adam, et d’un concierge, Fitette. L’un arrive à augmenter la sécrétion lactée d’une nourrice ! Un autre guérit une paralysie ; mais, pendant le traitement, « il se fit une éruption de poux » ; aussi, l’empirique se demande-t-il si « la paralysie n’aurait pas été causée par l’humeur pédiculaire ? » L Mais les Annonces de la haute et basse Normandie, qui relatent ces cures merveilleuses, se tiennent coites quant au magnétisme.

On peut ranger Roüelle dans les élèves de Mesmer qui ne se livrèrent pas à la pratique du magnétisme, trouvant qu’on ne leur leur avait pas enseigné ce qu’on leur avait promis, et qui « voulaient, avecjuste raison, du solide, comme les louis qu’ils avaient donnés^. S’il ne quitta pas le cours de Mesmer avec fracas, comme le D" Berthelet®, il dut, comme lui, croire que l’agent nommé par Mesmer le magnétisme animal n’existait pas.

Les circonstances ne favorisèrent d’ailleurs pas la diffusion du mesmérisme ; à la fin de l’année 1784, la Société de Médecine et l’Académie condamnaient la théorie du magnétisme animal ; et les rapports de ces Sociétés, répandus à profusion, frappèrent cette science d’un coup terrible. Mesmer s’enfuit en Angleterre, sous un nom d’emprunt, oubliant, dit-on, d’emporter son baquet, mais non les sommes énormes que ses jongleries lui avaient procurées. Persécuté, il eut la consolation d’être comparé, par ses admirateurs, à Galilée, à Harvey, à Christophe Colomb, et d’être parodié comme Socrate.

1. Extrait de la correspondance de la Société royale de Médecine, relaticement au magnétisme animal, page 10.

2. Annales, affiches et acis divers de la haute et basse Normandie (27 août 1784).

3. Annonces, affiches et avis divers de la haute et basse Normandie (années 1771 à 1773).

•*. Mémoire pour servir à l’histoire de la jonglerie, dans lequel on démontre les phénomènes du mesmérisme ; à Londres, 1784, page 33.

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