PHRÉN0L0GIE. — DESCARTES. — SOCRATE
d'après les indications cranioscopiques, puis ils montrent la conformité du portrait moral, ainsi obtenu, avec le portrait physique, tournant dans le cercle vicieux de ces théologiens qui prouvent, dit Rousseau, la vérité de la doctrine par les faits et la vérité des faits par la doctrine. C'est de cette manière que M. Imbert, convaincu de la réalité des localisations de Gall, modèle son Descartes d'après des caractères phrénologiques auxquels il suppose une signification positive, ne s'apercevant pas que ces caractères ne sauraient avoir une valeur quelconque qu'autant qu'ils seraient d'accord avec les qualités et facultés de l'individu, étudiées directement et préalablement constatées.
C'est ainsi encore qu'il accorde bénévolement à Socrate, sur la seule autorité des proéminences frontales de son buste, le génie de l'abstraction métaphysique, tandis qu'en réalité Socrate méprisait les recherches spéculatives sur les principes des choses et les subtilités dialectiques dont s'occupaient presque exclusivement les philosophes de son temps. Il ne s'occupait, lui, que de la morale, de la vertu et des choses de la vie pratique. C'est même pour marquer cette opposition de sa doctrine avec celle des philosophes antérieurs et contemporains, qu'on a dit qu'il « avait fait descendre la philosophie du ciel sur la terre. » Le véritable Socrate, en effet, n'est pas celui qui parle dans les Dialogues de Platon ; et l'on connaît son mot à l'occasion d'un de ces dialogues qu'il venait de lire : « Que de choses me fait dire ce jeune homme auxquelles je n'ai jamais pensé ! » En bonne règle phrénologique,
Socrate aurait dû avoir le crâne de Descartes, et Descartes celui de Socrate. Par cet échange, du moins, il n'y aurait pas des contradictions si fortes entre le dedans et le dehors chez ces deux grands hommes. Pour faire disparaître cette discordance, la phrénologie est obligée d'ajouter à l'esprit de Socrate et d'ôter à celui de Descartes. Mais nous qui ne tenons pas à ce que la vérité soit là plutôt que là, nous acceptons les deux esprits et les deux têtes, tels que la nature les fit; et si la phrénologie n'y trouve pas son compte , tant pis pour elle.