‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 11 sur 89 · II · texte numérisé non relu

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mais; il argumente, il explique, il raisonne. A quelle autorité nous renvoie-t-il sans cesse? aux sens, à l'observation, aux phénomènes? non, à la raison. Il ne cherche pas ce qui est, mais ce qui peut être, ce qui doit être. En tout il se demande le pourquoi et le comment des choses. Nul homme n'a poussé plus loin le génie systématique. Il n'y a pas une branche des sciences qu'il n'ait dotée de quelque hypothèse; et toutes ces hypothèses révèlent une force de tête extraordinaire et une rare puissance de combinaison. M. Imbert prétend qu'il n'a pas à s'occuper de ce penchant aux hypothèses, ni des systèmes de Descartes, sous prétexte qu'il y réussissait mal, comme le prouve le discrédit où ils sont tombés; singulière réponse pour un phrénologiste qui admet cette disposition intellectuelle dans Socrate, dans Leibnitz, dans Kant, dans Schelling et Fichte, bien qu'il regarde les conceptions de ces grands esprits comme de pures rêveries! Il ne s'agit pas de la valeur des théories de Descartes, mais du penchant qui le portait à en faire, penchant qui, dans une tête comme la sienne,' n'était qu'un produit de ses facultés d'invention et de raisonnement. Il s'agit de l'existence du penchant, et non de la qualité de ses produits. C'est la première fois que nous voyons mettre en avant une fin de non-recevoir semblable par les phrénologues ; et c'est sans doute là un lapsus de M. Imbert. Il sait, comme nous, que la même faculté phrénologique peut s'exercer en bien ou en mal, produire un vice ou une vertu, un talent divin ou une monomanie ridicule, suivant les cas.

PHttÉNoLOGlli. — DJibCAHiliS. — BOCRATE. 75

C'est là un des axiomes fondamentaux de la phrénologie. Si vous appelez poëte tout homme qui fait des vers, comme, par exemple, le cuisinier Gilliard et l'assassin Lemoine (1), et si vous trouvez sur leur crâne la preuve de leur métromanie, vous devez aussi appeler systématique celui qui fait des systèmes, bons ou mauvais, et nous montrer sur son crâne le penchant aux hypothèses. Mais, ajoute-t-on, il n'y a pas une philosophie de Descartes, il n'y a qu'une méthode cartésienne ; c'est par sa méthode qu'il a réformé l'esprit humain ; c'est là le fond de toute sa philosophie. Je réponds qu'il s'agit ici déjuger Descartes lui-même, sa personne, son individualité, l'homme enfin. Ses systèmes sont tombés, soit; mais ils étaient un produit de son esprit; montrez-nous donc la faculté ou les facultés qui l'ont constamment entraîné dans la région des hypothèses et de la métaphysique. Notez encore que cette hardiesse de spéculation était accompagnée chez Descartes d'une vigueur et d'une ténacité de ca* ractère peu communes. Il a passé sa vie à batailler contre les critiques, et il n'a jamais désavoué aucune de ses opinions. Il était dogmatique par tempérament autant que par conviction. Nous irons plus loin encore. Vous parlez de l'esprit général de la philosophie cartésienne, que vous traduisez par celte formule : doute philosophique. Pour en juger voyons ses fruits. Qu'a produit l'école de Descartes? des observateurs, des

(1) Deux assassins condamnés à mort pour un meurtre commis rue de Vaugirard, et dont les têtes fui ent l'objet de longues discussions à la Société de phrénologie.

ib MEDICO-PSYCHOLOGIE ET PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

expérimentateurs? Non. Elle n'a formé que des métaphysiciens, des esprits méditatifs, des logiciens, toute la société de Port-Royal où figuraient Pascal, Arnauld, Nicole. Qu'était Malebranche, ce beau génie, le plus illustre de ses disciples? un mystique, un idéaliste. Au dehors de la France nous trouvons Spinosa, le plus rigoureux logicien qui ait paru, le créateur du système abstrait le plus complet qu'on connaisse. La méthode dite expérimentale, l'esprit d'observation, comme l'entend M. Imbert, appartiennent à l'école de Bacon et de Newton. Ce sont les newtoniens qui ont introduit cet esprit scientifique ; et contre qui ont-ils eu à lutter tant en Angleterre que sur le continent ? Précisément contre les cartésiens. Je ne juge pas ces méthodes, ni ces philosophies; je raconte seulement les faits qui sont en opposition directe avec l'opinion que je combats.

Je ferai une dernière réflexion.

Entre ces deux appréciations du génie et des facultés de Descartes la distance est grande. Le Descartes de M. Imbert et le nôtre sont, à proprement parler, deux hommes différents. Il est, par conséquent, tout simple que nous portions un jugement différent sur la signification phrénologique de son crâne. Jusqu'à ce qu'on soit d'accord sur le premier point il est impossible de s'entendre sur le second. Par malheur, la plupart des observations phrénologiques sur les têtes des hommes célèbres sont sujettes à cette difficulté capitale. Les phrénologues commencent d'abord par composer le caractère et l'esprit du personnage

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