CHARLATANISME ET CHARLATANS
sérieuse. L'étymologie est donc tout à fait incapable de nous éclairer sur la nature du charlatanisme.
Les dictionnaires de la langue française donnent pour synonymes au mot charlatan, ceux de bateleur, vendeur de drogues en place publique et de saltimbanque. Il n'y a pas là non plus la moindre raison d'attacher un sens défavorable à cette appellation. La profession de bateleur n'a rien de répréhensible en soi ; on peut être bateleur et parfait honnête homme ; on peut vendre des drogues sur une place, comme dans une boutique; c'est un commerce licite et contre lequel personne n'a rien à dire. Le saltimbanque n'est pas moins innocent ; sauter sur un tapis dans une rue ou sur les planches dans un théâtre royal, c'est toujours sauter; et le saut dans toutes ses variétés est un acte de mécanique animale irréprochable. Le sauteur est aussi estimable que le danseur ; il est même plus intéressant, car il gagne moins et travaille davantage. Ladésignationdesaltimbanque n'implique donc aucune mauvaise pensée. Les synonymes, on le voit, n'apportent pas plus de lumière que les étymologies.
Remarquez ici à quelles conséquences absurdes conduisent l'inexactitude du langage et les mauvaises définitions ! Si les états de bateleur, de vendeur de drogues, de saltimbanque sont trois états respectables, comme nous venons de le dire, le mot de charlatan, s'il est vraiment synonyme des trois autres ou de l'un des trois, ne peut être regardé comme une injure, et pourtant il est chaque jour employé comme tel. Si c'est une injure, il n'a pas le sens que lui donnent les
dictionnaires, dépositaires des règles du langage ; et s'il a le sens donné par les dictionnaires, il n'est pas une injure! Le charlatanisme dont chacun parle à tout propos, au nom duquel on souille les réputations les plus respectables, est donc, en définitive, quelque chose d'extrêmement problématique.
Chicane de mots, dira-t-on, subtilité, paradoxe, sophisme; définir le charlatanisme logiquement, per genus et differentiam, est chose impossible, soit ; mais chacun sait ce que c'est qu'un charlatan. Il en est du mot de charlatan comme de celui d'intrigant; on l'applique dans les cas particuliers avec une propriété parfaite, bien qu'il soit difficile d'en déterminer la signification par une formule générale ; et ce charlatanisme que personne ne définit, mais que tout le monde connaît, étant de sa nature une très-vilaine chose, l'épithète de charlatan est l'expression d'un blâme légitime. Cette réponse sera bonne quand on aura prouvé tous les griefs articulés contre le charlatanisme. Or, nous soutenons, nous , que le charlatanisme, dans quelque sens qu'on l'entende, loin de mériter la réprobation dont il est l'objet dans le corps médical, mérite au contraire d'être encouragé, honoré et respecté. Qu'est-ce que le charlatanisme, en effet, sinon l'application de l'industrie à la médecine. Dans un siècle où tous les arts, toutes les sciences, toutes les professions se touchent et se donnent la main, il est plaisant d'entendre déclamer contre le charlatanisme des médecins. Mais à défaut du raisonnement, n'y a-t-il pas assez de faits pour montrer les immen-