‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 34 sur 89 · S VII · texte numérisé non relu

S VII

Charlatanisme et charlatans.

Je m'étonne toujours qu'il n'y ait pas plus de charlatans. (Talleyrasd.)

Ceci n'est point une diatribe déclamatoire contre les charlatans. Nous avons en horreur les lieux communs, surtout quand ils ne sont qu'un préjugé du vulgaire. Si la folie, et même les vices de la société, ont trouvé des apologistes dans Erasme et Mandeville, il y a lieu de s'étonner que le charlatanisme se soit laissé jusqu'ici opprimer, bafouer et calomnier sans défense. On formerait une bibliothèque avec les écrits composés contre le charlatanisme. Les plus minces écoliers barbouillent chaque jour quelque amplification nouvelle sur la matière, sans qu'une voix indépendante ait osé réclamer en faveur de la vérité. Dans un siècle qui se pique de philosophie, cet abaissement du charlatanisme est une dissonance.

L'unanimité et l'universalité du sentiment qui réprouve le charlatanisme nous ont toujours surpris ; car, si on va au fond des choses, il est difficile de déterminer sur quoi se fonde cette opinion. Chacun est prêt à s'indigner contre les charlatans, mais personne n'est capable d'en donner une définition supportable. On applique le mot à tort et à travers, sans pouvoir dire ce qu'il signifie au juste. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il doit être pris en mauvaise part -, là-

dessus tout le monde est d'accord. C'est une de ces appellations injurieuses qui ne peuvent pas s'écrire, dont le sens propre est depuis longtemps perdu, qui n'expriment pas une qualité de la personne à qui on l'adresse, mais seulement l'intention méprisante de la personne qui s'en sert. Le nom de charlatan appliqué à un médecin est un terme général contenant en abrégé tout le vocabulaire de l'injure, et c'est ce qui en rend l'usage très-fréquent. Pas de mot plus souvent prononcé, pas de mot plus équivoque.

Cependant pour traduire, comme on le fait tous les jours, le charlatanisme à la barre de la justice et de la pudeur publiques, il faudrait pouvoir préciser ce que c'est, afin ne pas laisser subsister le scandale d'une accusation sans corps de délit. Les codes définissent les crimes qu'ils punissent ; la morale définit les vices qu'elle réprouve. Cherchez dans les recueils des lois, dans les traités des moralistes, vous ne trouverez nulle part le charlatanisme dans leurs classifications. Les dictionnaires nous donnent des étymologies qui n'ont pas le sens commun. Calepin, ce digne lexicographe, dit que charlatan vient deceretano, qui signifie, en italien, habitant du bourg de Cereto. Je veux bien l'admettre ; mais qu'en conclure, et qu'ont à faire dans la question qui nous occupe ces pauvres citadins? Ménage, autorité non moins grave, assure qu'il dérive de circulator, circitor, c'est possible ; mais la promenade n'est point un crime. Casaubon, ce grand critique, tire charlatan de ciarlatore, en italien, babillard. Pourquoi pas? Je ne vois pas là encore matière à une accusation

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