‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 47 sur 89 · INFLUENCE DU TIIÉATRE SUB IV SANTÉ PUBLIQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU TIIÉATRE SUB IV SANTÉ PUBLIQUE

cien, débuter par définir l'émotion. « L'émotion est un état particulier de l'âme, résultant d'une excitation dans les facultés de sentir. » « Cette définition, ajoute -t-il, n'est pas peut-être d'une exactitude irréprochable. » Nous pouvons le rassurer complètement là-dessus. Sa définition est inattaquable; l'ergoteur le plus subtil n'y trouvera rien à reprendre. Après la définition, la division. L'émotion est agréable ou désagréable, et, suivant ce double caractère, ses effets sont différents. Salutaire dans un cas, elle est pernicieuse dans l'autre. Mais ici, comme pour la comédie, il penche vers le côté pessimiste, et c'est avec les couleurs du Styx qu'il décrit les effets du drame moderne : « Et que veut d'ailleurs ce drame, « s'écrie-t-il, sinon le supplice des sens et de l'intelli- « gence, au milieu des atrocités du crime? S'il nous « fait goûter par hasard de douces et suaves émotions, « c'est pour nous livrer tout palpitants de plaisir à la « douleur, à l'effroi, au dégoût. Comme une jeune « fille, doucement endormie avec des pensées d'amour, « qu'une main cruelle enlèverait effrayée de sa couche « virginale, et plongerait dans un bain de glace; chance gement funeste de température, que toutes les mi- « sères du corps humain peuvent reconnaître pour « cause ! ! »

Convenez qu'il n'y a pas beaucoup de thèses écrites de ce style.

Parmi les principaux chefs d'accusation qu'il dirige contre les dramaturges, il signale surtout le coup de théâtre, c'est-à-dire ces péripéties imprévues qui font

l'effet du bain de glace au sortir du lit. Suivant notre auteur, le coup de théâtre est l'instrument à émotion le plus dangereux ; il le qualifie même de meurtrier, et les poètes qui en usent sont pour lui des assassins. 11 admet les coups de théâtre gradués habilement, de manière à préparer l'organisme au dernier choc par des secousses moins fortes, etc. Celui-ci, en effet, se présente en face et vient attaquer de front, « tandis « que l'autre s'embusque en quelque sorte, surprend « à Pimproviste et frappe à coups précipités. Victime « du guet-à-pens, le spectateur devient la proie du « supplice. » Aussi, il n'est pas rare de voir l'homme renversé raide mort sur la place. Ceux qui ne sont pas tués sont toujours plus ou moins grièvement blessés. Ils rapportent chez eux des palpitations, des anévrismes, des spasmes, l'anorexie, la gastralgie, l'hypochondrie, la mélancolie, le penchant au suicide, la fièvre cérébrale, deshémoptysies, l'aménorrhée, l'hystérie. Les femmes avortent, les hommes se brûlent la cervelle; les couturières s'asphyxient avec du charbon. Le frère de M. B..., de constitution athlétique, âgé de 21 ans, gagna au dernier acte de Périnet Leclerc un accès de fièvre très-violent. Tels sont les effets inévitables du drame horripilant sur le corps. Les effets sur l'âme sont bien plus terribles encore ; mais restant dans le cadre de son sujet, qu'il a Dieu merci fait assez large, M. B. se contente de les indiquer d'une manière générale.

Quant à l'insalubrité des salles de spectacle, M. Bonnaire croit inutile d'en parler. Tl regarde d'ailleurs

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