INFLUENCE DU THÉÂTRE SUB I.A S ANTK PUBLIQUE. 2C
il ne paraît pouvoir jouir qu'au prix de deux à trois syncopes par soirée.
Voici maintenant le genre comique , autrefois si amusant, si instructif et si moral, devenu aujourd'hui une école de licence. Aussi que de maux répandus sur l'espèce par cette cause maudite ! La coupe fatale quHomère place aux pieds de Jupiter, renversée tout entière sur la terre, n'aurait pas produit plus de désastres moraux et physiques que la comédie moderne. Qui nous envoie ces jeunes gens amaigris, minés par la fièvre, le visage décoloré et flétri, et presque tombés dans un néant d'existence? c'est le Vaudeville, c'est le théâtre des Variétés. D'où nous viennent ces filles chlorotiques, ces malheureuses « qui de même qu'une « fleur délicate se fane et meurt étouffée sous les feux « d'un soleil ardent, languissent et se dessèchent sous « le vent incendiaire qui souffle sur leur cœur? » du Gymnase ou des Funambules. Ce pauvre moribond, qui Ta conduit à la tombe ? un regard de madame Volnys ou de madame Allan. Quel démon a semé la discorde dans ce paisible ménage bourgeois, et mis au régime lacté ces deux tendres époux de la rue Saint- Denis? c'est un jeu de physionomie de madame Allan dans une situation tendre, c'est le geste énergique de madame Dorval dans une scène scabreuse. Le théâtre est le réservoir infect où s'élaborent les principes immédiats de la mélancolie, de l'hypocondrie, de la chlorose, de la nymphomanie, du spleen, de la phthisie et de la folie. Il est le pourvoyeur le plus actif des hôpitaux. Je calcule, en raisonnant sur les données de
M. Bonnaire, que si on supprimait le théâtre, trois médecins sur quatre pourraient plier bagage/ La nosographie ne serait plus qu'un cadre vide. En effet, malgré qu'il préconise quelques pièces telles que Bernardin dans la lune, comme propres à faciliter la digestion, à accélérer l'absorption; bien qu'il nous dise dans cette allocution charmante de la page J6: « Allez «rire, maris infortunés, femmes délaissées, vierges «simples et enjouées et jeunes gens joyeux ! Et vous « aussi, philosophes moroses, savants profonds, poètes « nuageux , politiques soucieux, allez rire, le rire est «si bon!!! c'est une douce rosée sur l'herbe des « champs, etc.; » bien qu'il cite le fait remarquable d'un jeune homme qui, arrivé au dernier degré de marasme, fut sauvé par le Voyage à Dieppe, il est facile de voir que ses craintes sont plus fortes que ses espérances, et que la comédie est pour lui comme un de ces poisons actifs que la médecine ne doit employer que fort rarement et à scrupules.
Mais ce tableau, tout terrible qu'il est, n'approche pas de celui que lui inspire le genre tragique, genre qui comprend sans doute le mélodrame. La peste, la guerre et la famine, les sept plaies d'Egypte, seraient moins redoutables pour l'humanité que la scène tragique moderne. La mort et le crime planent sur nos théâtres pour y attendre leurs victimes. Celui qui en sort sain et sauf peut se regarder comme un objet privilégié de la protection des dieux amis.
L'auteur, posant en principe que Yémotion est le but du poëte tragique, croit devoir, en bon logi-