CHAPITRE II
La Médecine des Lamas
Le Bon-Po et ses Doctrines biologiques. — La religion primitive du Thibet estle Bon-Po, qui compte encore aujourd’hui de nombreux fidèles. Un Dieu créateur s’unit à un principe féminin. De ce mariage naissent les dieux inférieurs, les hommes, le monde. Le bonheur régnait lorsque les dieux, renseignés par Lounesra (le vent cheval); surent que les femmes des hommes étaient belles et rêvèrent de les posséder. Une lutte s’engagea et les captives partagèrent la couche des vainqueurs ; mais de ces unions sont nés les génies, êtres hybrides, moitié divins, moitié humains et particulièrement mauvais. Ce sont eux qui ont inventé les maladies pour faire souffrir les hommes et les dieux; car les dieux, quoique immortels, ne sont pas exempts de souffrances.
Les Procédés de Traitement. — Une telle légende devait fatalement enfanter une médecine uniquement conjuratoire. Un malade est un possédé! il faut chasser le démon qui le tourmente par des exorcismes et des sortilèges. Ce soin appartient aux prétres qui vont pieds nus et les cheveux au vent, marmottant des formules sacrées et tournant désespéré-
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ment leur moulin à prières. Point d’études, point de remèdes, mais une chasteté rigoureuse, une honnêteté à l’abri de tout soupçon. Plus l’exorciste sera avancé dans la pratique de la vertu, plus sera grande la puissance de ses opérations magiques. Ces opérations sont extraordinaires et je doute fort de leur effica-
cité.Ily a le petit et le grand exorcisme, qui se pratiquent non pas en raison de l'intensité du mal, mais bien de la situation pécuniaire du malade.
Le petit exorcisme est bon pour les pauvres. Le médecin déclare que le démon auquel on a affaire est un personnage de rien et que l’on peut traiter sans considération. Il confectionne un mannequin de paille dans lequel il est sensé, par des menaces, par des injures et des vociférations, faire passer l’esprit mauvais ; après quoi on y met le feu. :
Le grand exorcisme est réservé aux riches, car la dépense en est grande, souvent énorme. il est évident que plus elle est élevée, plus le bénéfice du prêtre est considérable. Le démon qui tourmente le malade est alors un seigneur très puissant à qui il faut des égards et des présents. Consentira-t-il à s’en aller pour un vêtement neuf? si au vêtement on ajoutait des bottes et un chapeau!... Maintenant il lui faut un cheval,car il n’a pas l'habitude d’aller à pied. Quelquefois plusieurs chevaux sont nécessaires, car il a une suite nombreuse et ne consentirait pour rien au monde à voir ses servileurs se fatiguer à courir derrière sa monture. Le malade fournit cette mise en scène onéreuse que le médecin s’appropriera comme juste rétribution. Lorsque tout est prêt on fait venir