NOTIONS PRELIMINAIRES S
l'organisme et nous avons laissé de côté les causes internes ou endogènes, prenant naissance dans l'organisme lui-même. C'est que ce groupe étiologique ne peut plus être accepté : toutes les maladies relèvent d'une cause externe. L'opinion inverse tient à une confusion sans cesse renouvelée entre la maladie et l'affection.
Voici, par exemple, un homme atteint d'une fièvre typhoïde. La maladie terminée, l'organisme revient à la santé, mais la restauration n'est parfaite qu'en apparence : des modifications subsistent, qui, trop légères pour être perçues, n'évoluent pas moins d'une façon progressive. Dix, quinze, vingt ans plus tard, voni éclater des accidents nouveaux, par exemple des troubles relevant d'une lésion cardiaque, A ce moment, la maladie est presque oubliée et, comme aucun lien intermédiaire ne rattache les manifestations actuelles aux troubles antérieurs, on éprouve une grande difficulté à rétablir la filiation, une sorte de répugnance à rapporter la cardiopathie actuelle à l'ancienne fièvre typhoïde. Dans d'autres cas, la vie du sujet aura été traversée par une foule de maladies différentes et l'on ne saura à laquelle attribuer les manifestations viscérales qu'on aura trouvées.
En nosographie, il est capital de remonter à la maladie première. En pratique, cette recherche est, le plus souvent, inutile. Quelles que soient les conditions étiologiques, l'effet est le même. Les affections organiques sont de simples cicatrices; elles se dégagent de leur cause initiale, deviennent indépendantes et autonomes et évoluent pour leur propre compte. Reprenons l'exemple de tout à l'heure. Supposons un homme atteint d'une affection cardiaque : quel qu'ait été le point de départ de la cardiopathie, ,qu'il se soit agi d'un rhumatisme, d'une fièvre typhoïde ou de toute autre maladie, les effets sont identiques : les nouvelles manifestations morbides ne tirent aucun caractère particulier de leur origine. La notion étiologique n'a pas d'importance pratique. Mais elle est indispensable pour le nosographe qui devra toujours se refuser à considérer les affections des organes comme des maladies.
Ce que nous disons du cœur nous 'pouvons le répéter de tous les viscères : leurs affections relèvent d'une cause anté-
cédente. Si, pendant longtemps, on n'a pas compris cette vérité bien simple, c'est qu'il n'est pas toujours facile de retrouver la maladie initiale : la détermination viscérale constitue parfois la premièie manifestation apparente, ce qui a fait croire à son développement spontané.
Quand on considère le processus morbide actuel sans tenir compte de sa cause initiale, on ne peut lui appliquer le nom de « maladie :». Il est préférable d'employer le mot « affection ».
Nous dirons donc : « La maladie est le processus morbide envisagé dans toute son évolution, depuis sa cause initiale jusqu'à ses conséquences dernières; V affection est le processus morbide envisagé dans ses manifestations actuelles, abstraction faite de sa cause. »
C'est par un abus de langage qu'on décrit des « maladies d'organes », il faut adopter le mot « affection ». On peut encore employer le terme pailiie, comme suffixe à la suite du nom de l'organe. Cette manière de faire est parfaitement rationnelle : les mots cardiopathie^ myéîopaihie, pneiimopathie^ ont le double avantage d'être bien construits et fort suggestifs : « cardiopathie » est plus simple qu' « affection cardiaque » et plus juste que « maladie du cœur ».
Ce qui complique le problème, c'est que les modifications provoquées par les maladies et les affections impressionnent souvent les descendants. Ainsi se crée l'hérédité morbide, qui pourra se transmettre pendant un grand nombre de générations et expliquera le développement de certains troubles pathologiques. Des êtres viennent au monde porteurs de diverses tares, ayant une nutrition défectueuse, prédisposés à certaines maladies. Dans ce cas, les troubles de la santé sont autogènes, si on envisage les sujets qui en sont atteints; mais en réalité, ils sont exogènes puisqu'ils ne sont que la suite des influences externes subies par les parents. En pathologie, comme en biologie, la série successive des êtres vivants doit être considérée comme un seul être éternellement existant.
Nous reviendrons sur le rôle de l'hérédité, dont Tétude explique un groupe de causes qui, au premier abord, semblent faire exception et dépendre d'une origine interne, ce