ÏII. — SUR LES OUVRAGES SALERNITAINS RÉCEMMENT PUBLIÉS
Voyez page 127.
Rappeler sommairement les ouvrages salernitains récemment découverts, c’est montrer à la fois combien l’École de Salerne mérite sa réputation séculaire, de quelle négligence les historiens de la médecine se sont rendus coupables en méprisant tant de sources précieuses d’informations, et de quel défaut de sens critique ils ont fait preuve, en supposant a priori qu’il ne restait presque rien de cette école, rien du moins qui méritât de fixer l’attention. Feu AI. Baudry de Balzac, homme de beaucoup de zèle et degrande instruction, outre ses importants travaux sur le poëmeintitulé Schola salernitana (ils figurent en grande partie dans le cinquième volume de la Colîectio salernitana), a établi la personnalité de Magister Salernus , auteur de deux ouvrages de matière médicale {Tabulæ et Compendium) que nous avons imprimés pour la première fois d’après l’édition qu’il en avait préparée. — M. Henschel a trouvé, outre le Codex salemitanus, l’abrégé d’un ouvrage de Alusandinus, l’un des présidents de l’École de Salerne, Sur la manière de préparer les aliments pour les malades {Coll, salem., t. Il, p. 407-410), dont j’ai donné le texte intégral d’après un manuscrit de Paris {Ibid., t. V, p. 234-268). — M. de Renzi
ÉCOLE DE SALERNE
a publié dans le t. IV de la Collectio salemitana, d’après les manuscrits de Naples, deux traités inconnus, l’un, des Tablés de matière médicale, par P. Maranchus (6n du treizième siècle), l’autre des Consultations de Cæsar Cappola (milieu du quatorzième siècle), et de plus, d’après un manuscrit de Paris, un ouvrage fort curieux attribué, sous le titre de Tlacita philosophorum, à Jean de Procida, médecin et ami de Frédéric H. Dans une longue dissertation, M. de Renzi cherche à défendre l’illustre Salernitain des accusations auxquelles il a été en butte [Ibid., t. III, p. 69-lo0).
— De mon côté, j’ai découvert à Venise, à Vienne et à Cambridge, les traités de médecine {Praticœ) de trois des maîtres cités dans le Compendium salernitanum : Bartholomæus, Copho , Petronius {Collect. salern., t. IV, 321-406, 438-503). De la Practica de Petronius; M. de Renzi n’a donné que quelques chapitres, d’après un manuscrit assez mauvais de Milan); — à Oxford, le traité des Fièvres de Ferrarius (encore inédit) ; — àParis, la Pratique de Petrocellus ; — à Bâle, deux ouvrages de gi ande importance : les Commentaires de Bernard le Provincial , sur les Tables de Maître Salernus {Collect. salern., t. V, p. 269-328); la Pratique d’Archimathæus {Collect. salern., t. V, p. 330-376), véritable clinique médicale (Voy. plus haut, p. 43). J’ai montré de plus, que le même Archimathæus est l’auteur d’un opuscule Sur la manière dont le médecin doit se comporter auprès des malades, et dont M. Henschel n’avait trouvé qu’un abrégé. A Vienne, à Paris, en Angleterre, j’ai copié plusieurs petits traités Sur le pouls et Sur les urines, rédigés par les personnages les plus considérables de l’École de Salerne : Romualdus {Collect. Salem., t. IV, p. 413414), Platearius Ibid., p. 409-412), Matthæus de Archiepiscopo {Ibid., p. 506-312), enfin Maurus {Ibid., p. 407408), tant célébré par Gilles de Corbeil, et dont j’ai retrouvé aussi à Vienne le Commentaire inconnu Sur les Aphorismes d’Hippocrate {Ibid., t. IV, p. 513- 537). Notre Bibliothèque impériale vient de faire l’acquisition d’un manuscrit précieux de Maurus.
Peu d’ouvrages ont joui au moyen âge d’autant de faveur
APPENDICE
que les Gloses des Quatre Maîtres, sur la Chirurgie de Roger, qui écrivait à Salerne vers l’an 1 220 ; il en est peu aussi dont les historiens de la chirurgie se soient plus occupés, sans les avoir jamais ni lues ni même vues, bien qu’on ait signalé divers manuscrits en Angleterre (il en existe un aussi à Munich). J’ai découvert ces Gloses en 1849, dans un manuscrit de la bibliothèque Mazarine. Elles sont aujourd’hui publiées dans la Collectio salernitana {texte, 1. 11, p. 497-624; introduct., t. 111, 203-254), avec une introduction où je me suis vu forcé de démontrer que les Quatre Maîtres salernitains n’étaient pas quatre, mais un seul, qu’ils n’étaient pas Salernitains, mais Français, ce qui ne diminue cependant en aucune façon l’intérêt du Commentaire, puisqu’il porte sur un texte rédigé à Salerne et qu’il est rempli de faits curieux C
M. de Renzi a aussi publié (t. II, p. 426-493) un nouveau texte de la Chirurgie de Roger, avec les additions de Roland de Parme. — Le poème médical du treizième siècle (De secretis mulierum, de chirurgia et de modo medendi, Libri VII; Coll. Salem., t. IV, p. 1-184), signalé et analysé par M. Littré, dans le t. XXI de VHistoire littéraire, n’est, ainsi que je l’ai démontré, qu’une traduction libre de la Chirurgie de Roger et de Roland, de quelques passages des Quatre Maîtres, de Trotula, et aussi, comme l’a fait remarquer M. de Renzi, de l’opuscule d’Archimathæus, Sur la manière dont le médecin doit se comporter auprès des malades.
Le poème sur la saignée, trouvé par M. Baudry dans un manuscrit de Paris et composé par Jean d’Aquila {DePhlebotomia liber; Coll, salern., t. 111, p. 235-270 ; voy. aussi les notes de M. Baudry de Balzac, t. V, p. 103-112), médecin du royaume de Naples, qui florissait vers le milieu du quinzième siècle, est tout pénétré des doctrines salernitaines et tout parsemé des vers de ÏÉcole de Salerne.
1. Mon savant et vénérable ami, M. le doetenr Puccinotti, professeur à l’Institut de Florence, a trouvé, dans une des bibliothèques de cette ville, un autre manuscrit qui fournit de nouveaux renseignements sur les Gloses des quatre maîtres.
ÉCOLE DE SALERNE
Un troisième poëme anatomique (l’auteur s’occupe surtout du nom des parties et des étymologies), découvert par moi dans un manuscrit de Bâle {Coll, salem., t. V, 173-198), complète cette trilogie ; ce poëme a été composé au quatorzième siècle par un Italien fort au courant des écrits de l’École de Salerne. C’est un précieux monument de la philologie scientifique du moyen âge; malheureusement il est incomplet.
Enfin, j’ai trouvé à Paris et à Cambridge deux poëmes français du treizième siècle, qui sont des traductions ou des imitations d’ouvrages salernitains. J’espère pouvoir les publier.