RELATIFS AUX MŒURS MÉDICALES DU MOYEN AGE
Voyez pages 151 et 345.
Ad ’præcavendam ægrorum ingratitudinem.
Non didici gratis ; nec musa sagax Hippocratis Ægris in stratis servie! absque dalis.
Dum doiet infirmus, medicus sit pignore firmus ;
Pour prévenir l’ingratitude des malades
L’élève d’Hippocrate, en sa pénible étude.
Est trop souvent payé de noire ingratitude....
Lorsque son patient de plaintes l’importune,
1. La traduction en vers est due à M. Maux Saint-Marc. Voy. plus plus haut, p. 150 et 163.
APPENDICE
Ægro liberato, dolet de pignore date ;
Ergo petas pretium, patienti dum dolor instat ;
Nam dum morbus abest, dare cessât, lis quoque restai. Empta solet care multum medicina juvare :
Si qua detur gratis, nil affert utilitatis,
Res dare pro rebus, pro verbis verba solemus ;
Pro vauis verbis, montanis utimur herbis;
Pro caris rebus, pigmentis et speciebus.
Est medicinalis medicis data régula talis :
Ut dicatur : da, da, dum profert languidus ha, ha!
De medicis primo medium, medio nihil imo.
Expers languoris, non est memor hujus amoris;
Exige dum dolor est; postquam pœna recessit,
Audebit sanus dicere : multa dedi
Medicaster.
Fingit se medicum quivis idiota, profanus,
Judæus, monachus, histrio, rasor, anus,
Sicüti alchemista medicus fit aut saponista.
Le docteur attentif à sa propre fortune,
Profitant de ses cris, obtient sur le moment,
Quelque gage bien sûr, un bon nantissement.
Ou mieux, argent comptant, fait solder son mémoire.
Du malade sauvé chétive est la mémoire : ,
En ennemi l’on sait qu’il traite sans égard Le maladroit qui parle honoraires trop tard.
Du Médicastre.
Il n’est pas d’ignorant, de charlatan stupide.
D’histrion imposteur, ou de Juif, fourbe, avide.
De sorcière crasseuse, ou de barbier bavard.
De faussaire impudent, ou de moine cafard,
1 . On trouve deux rédactions de la même pensée dans le passage que je donne ici ; il y en avait même une troisième, que j’ai supprimée ; elle est écrite encore en plus méchants vers, et paraît la plus récente.
ÉCOLE DE SALERNE
Aut balneator, falsarius aut oculista.
Hic dum lucra quærit, virtus in arte périt.
Conditiones necessariæ medico.
Clemens accedat medicus cum veste polita;
Luceat in digitis splendida gemma suis.
Si fieri valeat, quadrupes sibi sit pretiosus;
Ejus et ornatus splendidus atque decens;
Ornatu nitido conabere carior esse.
Splendidus ornatus plurima dona dabit.
Viliter inductus munus sibi vile parabit,
Nam pauper medicus vilia dona capit.
Epilogus.
. tua decreti majestas vilet, et omni
Privatur splendore suo, si publica fiat.
De marchand de savon, ou d’aveugle oculiste,
De baigneur imbécile, ou d’absurde alchimiste,
Pas d’hérétique impur qui ne se targue, enfin.
Du beau titre, du nom sacré de médecin.
Médecin ! médecin ! On le crie et proclame Pour escroquer l’argent par un abus infâme.
Trafic lâche, odieux! La bonne foi périt.
Le dévoùment succombe et l’art s’abâtardit.
Tenue du médecin.
Vêtu d’habits décents, affable et plein de zèle.
Le médecin s’empresse à la voix qui l’appelle.
D’un rubis l’étincelle à son doigt brillera.
Sur un coursier superbe en visite il ira.
Ce splendide attirail rehausse son mérite ;
Sur l’esprit du malade il réussit plus vite.
Reçoit cadeaux sans nombre : un mince accoutrement Lui vaudrait profit mince et sec remercîment. Épilogue.
Gardez surtout, gardez qu’un profane vulgaire De votre art respecté ne perce le mystère ;
APPENDICE
Nam res vulgatæ semper fastidia gignunt ;
Ex re vulgata contemptus, nausea surgit,
Nam majestatem minuit qui mystica vulgat;
Nec décréta manent, quorum sit conscia turba. Exsul sit medicus physicus sécréta revelans.
Jam Deus omnipotens, medicus summus medicorum, Digne felicitet opus istud semper in ævum.
Ipsum confirmet quod nec Jovis ira nec ignis,
Nec ferrum, nec ætas poterit abolere vetusta.
Istud complentem benedic, Deus, et facienlem,
Gui sit Mus et honor, benedictio, gloria semper.
Amen.
Son éclat dévoilé perdrait sa dignité.
D’un mystère connu décroît la majesté ;
Le frivole dédain suit cette confidence,
Et la foule bientôt refuse obéissance A des lois dont le maître a trahi les secrets.
Pour qu’ils soient observés, cachez donc vos décrets. Honte au révélateur et qu’il soit anathème !
Et toi. Dieu tout-puissant. Dieu, médecin suprême. Jette sur cet ouvi-age un regard de bonté Qui le garde vivant pour l’immortalité.
Veille : de Jupiter il brave la colère,
Il ne craint pas le fer, la torche incendiaire ;
Le temps même, le temps ne peut rien contre lui.
Si ton bras éternel lui prête son appui.
Protège aussi, grand Dieu, l’auteur de cet ouvrage.
A toi louange, honneur et gloire dans tout âge.
Ainsi soit-il.