MÉDECINS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
disais jeudi dernier que M. le duc de Berry n’en reviendrait pas. Le malheureux prince a expiré en effet vendredi dernier à quatre heures du matin. Il parlait encore trois quarts d’heure avant d’expirer ; et il est mort avec une grande fermeté. Il a seulement regretté d’être lui-même la cause de sa mort, et s’est plaint de ne pouvoir pas même voir sa femme avant de mourir (Lettres des 3 et6mai 1713). »
« Un peu avant sa mort, le pauvre duc de Berry a avoué que c’était lui-même qui en était cause, car le jeudi précédent, c’est-à-dire huit jours auparavant, il chassait au bois dont une petite pluie avait rendu le terrain humide, son cheval glissa des pieds de devant. Il le retint avec force, et le cheval se releva si brusquement que le pommeau de la selle atteignit le duc de Berry entre la poitrine et l’estomac.
Il ressentit sur le coup une violente douleur, mais il ne dit rien. Le même soir il fit du sang et défendit à son valet de chambre d’en parler. Il pensait avoir la dyssenterie et ne voulut rien en dire de peur qu’on ne lui fît avaler un tas de remèdes. Il espérait que cela se passerait tout seul. Vendredi il commença à se sentir mal à l’aise, mais il dit que ce n’était qu’un peu de diarrhée, et le samedi il alla à la chasse.
« Ce même jour, un paysan, qui avait vu le coup que le prince avait reçu, demanda à un des gens du roi : Comment se porte M. le duc de Berry? — Fort bien, lui répondit l’autre, car il court le loup aujourd’hui. — Si cela est qu’il se porte bien, dit le paysan, ilfaut que les princes aient les os plus durs que nous aultres paissants, car je luy vis recevoir un coupjeudy à la chasse en relevant son cheval dont trois paissants en seroient crevés. »
« S’il eût dit un seul mot de cela on ne lui aurait pas donné d’émétique ; mais il sait lui-même qu’il rend du sang caillé et il prend de l’émétique. Cela preuve bien que quand un malheur doit arriver, tout y concourt. Sa maladie avait toute l’apparence d’une fièvre vénéneuse : saignement du nez, somnolence, vomissements accompagnés d’une fièvre épouvantable qui l’a pris lundi à quatre heures du
APPENDICE
matin. 11 voulait encore ce jour-là aller à la chasse. M. Fagon qui est venu me voir tout à l’heure, m’a dit que du moment où le duc de Berry avait rendu ces caillots de sang noir, il n’y avait plus de remède, car il y avait déjà de la gangrène dans le corps i. Mesdames qui ont vu le pauvre prince huit heures avant sa mort, disent qu’il était si affreusement changé que personne n’aurait été capable de le reconnaître. Je ne l’ai pas vu, je suis bien assez affligée {Lettre du 6 mai 1714. »
Si l’on voulait prendre la peine de feuilleter les volumineux Mémoires de Hérouard, premier médecin de Louis XIII, on trouverait bien d’autres preuves du savoir des médecins d’alors et du rôle qu’ils jouaient au dix-septième siècle, qui est l’un des plus tristes que la médecine puisse compter dans ses annales.