‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 110 sur 118 · MALADIES VERMINEUSES · texte numérisé non relu

MALADIES VERMINEUSES

figures sur bois) , toutes les relations authentiques laissées par ses devanciers et les recherches nombreuses qui lui sont propres. Les traités anciens abondent en relations d’afi“ections vermineuses ; on admettait des apoplexies, des gouttes, des pleurésies, des fièvres vermineuses ; on donnait même l’image de vers impossibles; on confondait avec des vers toutes sortes de modifications du tissu cellulaire ou d’autres tissus; des caillots de sang étaient transformés en entozoaires. 11 y eut môme un moment (à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle) où toutes les maladies inconnues dans leurs causes, et surtout les épidémies, étaient attribuées à des vers invisibles. L’anatomie pathologique et le microscope faisant défaut, l’imagination, amie du merveilleux, pouvait se donner libre carrière; maintenant toutes ces vieilles et fausses observations sont désormais reléguées dans le long chapitre des erreurs de l’esprit humain ; on ne les trouve plus que pour mémoire dans le livre de M. Davaine. L’auteur, élevé à l’école sévère et positive de M. Rayer, ne pouvait admettre que les résultats fournis par le diagnostic rationnel ou par cette triste vérification qu’on appelle autopsie.

Certaines affections vermineuses n’atteignent pas l’homme, d’autres ne l’atteignent que rarement et par exception ; de là la nécessité où sont les auteurs qui veulent traiter de ces affections d’une manière complète de chercher de nombreux points de comparaison dans les maladies analogues chez les animaux. Il y a heu de s’étonner que pour le sujet qui nous occupe le rapprochement de la pathologie humaine et de la pathologie des animaux n’ait pas encore été essayé, et l’on doit féüciter M. Davaine d’avoir réuni dans son cadre la description des maladies vermineuses chez les animaux domestiques et chez l’homme. C’est un des principes professés parM. Rayer que la médecine vétérinaire et la médecine humaine se prêtent de mutuelles lumières. Nous avons eu nous-mêmes, à propos de la pathologie générale, l’occasion d’appuyer ou de démontrer -cette proposition, qui n’est pas encore assez généralement acceptée.

APPENDICE

On comprend que dans une notice rapide je ne puisse entrer dans de grands détails au sujet du livre si recommandable et si justement estimé de M. Davaine, je veux du moins signaler quelques points d’un intérêt général ; je n’aurai pour cela qu’à résumer son Introduction : Les anciens, au rapport de Pline, avaient déjà remarqué que les vers n’étaient pas aussi fréquents dans certains pays que dans certains autres ; Théophraste affirme, mais c’est une exagération démontrée par le témoignage formel des auteurs hippocratiques, que les habitants de la Thrace, de la Phrygie et même de i’Atliquesont tout à fait exempts de vers. En Abyssinie presque tous les habitants sont atteints du ténia ou ver solitaire: il y a des affections vermineuses qu’on n’observe que dans certaines régions, par exemple la filaire ou ver de Médine. Au contraire, certains vers, par exemple le ténia, l’ascaride lombricoïde, les bydatides sont pour ainsi dire cosmopolites, bien qu’ils affectionnent plus particulièrement, les uns l’Égypte, les autres la Suède, la Russie, la Suisse ou l’Islande. — Les saisons ne sont pas non plus sans influence pour la production des vers : ainsi plus de soixante taupes disséquées à Rennes en fémer et mars, par M. Dujardin, présentaient le spiroptera strumosa, tandis qu’on a vainement cherché ce ver dans les autres saisons. — Le développement des vers dans l’œil des chevaux, en Arabie et dans l’Inde, est propre aux mois froids. La filaire se montre surtout pendant les fortes chaleurs, et le ténia particulièrement en septembre et en octobre, du moins dans les contrées du Nord. Sous les tropiques, les pluies donnent lieu à de véritables épidémies vermineuses. Les nègres sont rarement affectés de vers hydatides; les peuplades errantes ne paraissent guère sujettes aux vers ; si les affections vermineuses sont comparativement plus fréquentes à la campagne qu’à la ville, cela tient non pas, comme on le croit généralement, aux fruits verts, aux farineux et aux légumes, mais particulièrement à la qualité de l’egiu qui sert aux boissons, et qui renferme des larves ; il ne paraît pas non plus que l’usage habituel du

MALADIES VERMINELSES.

poisson contribue à développer les vers. Le ténia naît sous l’influence de toute espèce do régime ; il n’y a que l’usage delà viande crue qui paraisse avoir une action marquée sur sa production ; mais ce régime n’est guère à l’usage que des carnivores, et je ne sache pas qu’on ait remarqué chez les quelques malades traités par les côtelettes et les biftecks crus une plus grande fréquence du ténia que chez les individus soumis au régime ordinaire. — L’embryon dans le sein de sa mère n’est pas exempt de vers, quoique en général la première enfance, comme la vieillesse, soient les deux âges où on les observe le plus rarement. Certaines espèces de vers ont aussi une préférence marquée pour certains âges: aux enfants, les ascarides; le ténia à un âge plus avancé. — Les femmes sont affectées du ténia dans une proportion de 2 à 3 par rapport aux hommes.

Longtemps on a cru à la génération spontanée des enlozoaires, et en conséquence on avait admis un état helminthiasique propre à certains individus; mais il est reconnu maintenant que dans le plus grand nombre de cas la présence des vers est accidentelle comme celle des parasites dans nos téguments ; bien plus, les entozoaires sont pour la plupart incapables de se propager dans notre organisme. On a des vers lorsqu’on est exposé à leur invasion par des boissons, par des aliments qui nous apportent leurs larves, par des conditions extérieures qui permettent l’introduction de ces larves à travers la peau ; cela est nettement prouvé pour le ténia, pour l’ascaride lombricoïde et pour la filaire ; seul Yascaride vermicuîaire, une fois introduit, se multiplie en vertu de dispositions spéciales de la part de l’individu affecté ; c’est le seul cas où il soit permis d’employer l’expression d'helminthiase ou maladie vermineuse constitutionnelle.

Chez les animaux, la présence des vers est dans beaucoup de cas compatible avec l’intégrité des organes : l’innocuité est presque constante chez les poissons où les vers semblent vivre avec leurs hôtes en communauté d’existence ; chez les oiseaux et les mammifères, les entozoaires sont beaucoup

APPENDICE

plus nuisibles, non pas toujours par eux-mêmes, mais par les tumeurs quelquefois volumineuses auxquelles ils donnent naissance ; chez l’homme où les sympathies organiques sont plus développées, les vers deviennent souvent la cause d’accidents formidables, et ce sont surtout les bydatides, en se développant dans la profondeur des tissus, qui causent les plus grands ravages. On a vu aussi l’existence de vers intestinaux produire la folie, les manies, des affections fort voisines de la rage, le tétanos, le coma, les convulsions, la chorée, et donner lieu à des attaques épileptiformes, à des accidents fébriles ou nerveux intermittents, à la surdité, à des palpitations violentes, enfin aux perversions les plus singulières des sens; par exemple, voir tout en jaune, être pris d’un rire inextinguible, ne pouvoir supporter la musique, être en proie à une véritable faim canine, etc., etc. — Heureusement tous ces phénomènes redoutables sont l’exception et non pas la règle.

Depuis quelque temps on parle beaucoup de certains vers microscopiques [trichines) familiers aux cochons et qui passent dans notre corps avec la chair de ces animaux; la question vaut la peine qu’on l’étudie et qu’on ne la laisse pas livrée à l’exagération ou à l’ignorance des journaux populaires

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