MÉDECINE MILITAIRE
therand (Paris, J.-B. Baillière etfils).Onyverra que nos médecins et nos sœurs n’ont rien à envier ni au docteur Smith, ni à miss Nightingale.
Sur le champ de bataille, la mission du médecin militaire n’est ni la moins brillante ni la moins glorieuse ; c’est, en tout cas, la plus utile; elle n’est pas non plus exempte de ces périls qui animent le soldat et excitent l’enthousiasme du narrateur ; les balles ennemies n’épargnent pas toujours le médecin qu’elles trouvent armé seulement de son bistouri, et l’on ne sait pas assez de quel sang-froid et de quel dévouement il faut être doué pour braver les dangers du champ de bataille, sans prendre part à l’action qui exalte l’esprit, ou pour passer son temps dans les ambulances, attiré tantôt d’un côté et tantôt d’un autre par des gémissements étouffés, occupé sans cesse à faire tomber des membres ou à panser de vastes et horribles plaies. Est-ce encore un courage si vulgaire que d’affronter la mort au milieu des épidémies les plus meurtrières : le typhus, la pourriture d’hôpital ou le choléra? Le médecin d'armée est oublié du public, qui ne l’associe presque jamais à nos gloires militaires; on compte plutôt les victimes qu’on ne songe à tous ces malheureux que la science a sauvés et que les Invalides recueillent; le médecin militaire est peu favorisé (du moins il l’était peu jusqu’à ces derniei’S temps) par l’administration, toute soucieuse qu’elle se montre de la santé et de la vie des soldats. Ce sont autant de raisons qui doivent engager la presse à payer un juste tribut d’hommages au dévouement et au savoir des officiers de santé.
Mais tout n’est point affligeant à l’intérieur des ambulances, et rien, ce semble, ne procure à l’âme de plus doux sentiments que cette fraternité touchante que créent les blessures et les maladies : alliés et ennemis de la veille, vainqueurs et prisonniers du lendemain. Italiens, Français et Autrichiens ne sont plus que des malades que la charité visite et que la science soulage. Les bonnes sœurs de Saint- Vincent, les aumôniers, les médecins confondent leurs soins et leurs consolations ! On relève avec empressement le
APPENDICE
Français qui appelle à son secours ; on cherche avec sollicitude l’Autrichien à qui la terreur (bien injuste sans doute) fait taire la douleur et la faim.
M. le baron Larrey, le digne fils de Vhomête homme et de l’habile chirurgien , dirigeait le service de santé pendant la campagne d’Italie ; c’est assez dire que le zèle et le savoir ont eu une part égale dans cette difficile organisation des hôpitaux, des ambulances et des dépôts. Tous les progrès de l’hygiène, de la médecine et de la chirurgie avaient été mis à contribution, et jamais sur un champ de bataille la main secourable du médecin ne s’est montrée à la fois plus prompte et plus intelligente.
A ses heures de loisir (elles sont rares, courtes, et fort traversées sur un champ de bataille) , M. Bertherand , homme d’étude autant que d’action, raconte simplement et non sans émotion les faits dont il a été témoin ; il n’oublie pas non plus de mêler la description des lieux au récit des blessures et des opérations.
Pour donner une idée exacte de l’incroyable activité déployée dans ces jours mémorables par les officiers de santé de l’armée alliée, il suffira de rappeler qu’en moins de vingt-quatre heures plus de 1,400 blessés furent évacués de la gare de San-Martino sur IS'ovare, nonobstant un grand nombre d’amputations et d’autres opérations pratiquées d’urgence à l’ambulance et jusque dans le parcours du trajet. M. Bertherand rapporte plusieurs de ces opérations qu’il a faites lui-même sur les instances des patients dont les douleurs étaient devenues intolérables. Dans cette chirurgie militante, dans cette clinique au pas de charge, c’est tantôt une attaque qui interrompt l’opération et tantôt une marche forcée qui ne permet pas même au chirurgien d’achever son pansement ; il commence la rédaction d’une observation à une ambulance, et il la termine à dix lieues de là ! S’il fallait aussi démontrer la supériorité de la chirurgie militaire moderne sur la chirurgie militaire du commencementde ce siècle, il suffirait de rappeler avec M. Ber- Iherand qu’après la bataille de Solferino, sur 34,000 blés-