‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 2 sur 118 · CH. DAREMBERG · texte numérisé non relu

CH. DAREMBERG

INTRODUCTION

Un médecin distingué, professeur agrégé de notre Faculté, et qui tente de concilier l’esprit doctrinaire de Montpellier avec l’esprit plus positif de Paris, m’écrivait dernièrement : « L’état actuel de la médecine est digne de la plus sérieuse attention. D’un côté, la tradition est mieux étudiée et mieux comprise ; la pathologie , sortant du lit de Procuste , que lui avait donné X organicisme , s’enquiert de la nature des affections morbides générales, et lui subordonne la multitude des états locaux, que nos devanciers observaient avec soin , mais sans remonter plus haut que les phénomènes apparents. — D’un autre côté, on voudrait faire table rase du passé ; on nous jette à la face que la médecine n’est pas une science constituée, qu’elle n’a ni principes assurés, ni méthode régulière, et on nous annonce une médecine de l’avenir, une médecine expérimentale qui doit bientôt remplacer l’ancienne. L’expérimentation ne serait plus alors un moyen d’analyse, et le fait expérimental aurait la prétention d’être le commencement et la fin de toute connaissance. Nos élèves subissent alternativement

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ces deux directions sans savoir à laquelle s’attacher.

Il faudrait cependant que quelqu’un intervînt dans ce conflit avec assez d’autorité pour faire une juste part aux deux prétentions opposées. »

Le savant auteur des Principes de Pathologie générale, M. Chauffard, ne me désavouera pas, si je prétends que mon correspondant a posé le problème tel à peu près qu’il l’aurait posé lui-même. M. Chauffard est évidemment du côté de ceux qui croient à la tradition, et qui mettent l’étude des affections générales beaucoup au-dessus de l’étude des manifestations locales. C’est dans son livre que se produit avec le plus de talent, et sous la forme la plus dogmatique, la doctrine qui donne à l’organisme la prééminence sur les organes. Comme si Forganisme ne résultait pas de l’assemblage des organes reliés ensemble par la vie ; comme si les organes sains ou malades pouvaient être conçus dans un état complet d’isolement. Poser ainsi le problème, c’est, si je ne m’abuse, le résoudre d’avance.

Remarquons aussi que ce problème n’est pas nouveau : il est né, pour ainsi dire, avec la médecine ; on le retrouve, se transformant aux diverses périodes de l’histoire, dans la rivalité des écoles de Cos et de Cnide, dans les querelles du dogmatisme, de l’empirisme et du méthodisme, dans les controverses de Galien contre ses prédécesseurs ou ses contemporains, au temps des premiers réformateurs de la médecine comme au temps

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de Broussais. Cet antagonisme tient à l’essence même des choses : un fait se présente toujours de deux façons, par ses apparences extérieures et particulières , et par ses causes plus profondes et plus générales ; l’esprit, suivant qu’il a plus d’aptitude ou plus de préparation, saisit soit surtout Tune, soit surtout l’autre de ces deux faces, soit toutes les deux ensernbié.

Il ne serait pas malaisé, en prenant quelques-uns des ouvrages les plus saillants de notre époque, de démontrer qu’en ce moment, contrairement à l’assertion un peu trop absolue de M. Chaulfard, il n’y a pas, même à Montpellier, un médecin sérieux, si ami des généralités, qu’il ne tienne grand compte de l’état local lorsqu’il se trouve auprès du lit d’un malade, ni, même à Paris, un médecin si aveuglément attaché aux unités morbides, qu’il ne se laisse guider dans le traitement non-seulement par la considération de l’état général, mais aussi par certaines notions sur la nature intime des maladies. Ces associations d’idées se font aujourd’hui à notre insu , lors même que les nécessités urgentes de la pratique laissent trop peu de temps ou trop peu de place pour qu’une théorie arrêtée et réfléchie puisse intervenir ; ce n’est donc guère qu’une question de plus ou de moins qui reste à débattre, soit avec M. Chauffard, soit entre Paris et Montpellier; cependant il vaut la peine, sous d’autres rapports, d’y regarder d’un peu près, afin de déterminer quelques-uns des points présentement en litige.

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Comme la médecine n’est plus un mystère et que les médecins sont devenus gens du monde, il n’est pas mauvais que les personnes éclairées sachent où nous en sommes, et surtout où l’on voudrait nous conduire.

Parmi les médecins qui mettent le général au-dessus du particulier, l’organisme au-dessus des organes, on peut remarquer deux tendances fort différentes, et dont l’une esta mon avis aussi dangereuse que l’autre est profitable : les uns cherchent les généralités dans l’étude de la médecine elle-même , c’est-à-dire dans l’étude de l’homme sain ou malade; tranchons le mot, dans la contemplation de la matière vivante à l’état physiologique et à l’état pathologique. Les autres, dépassant de beaucoup le cadre de la médecine proprement dite, vont chercher le point de départ et le contrôle de leurs doctrines biologiques dans les plus hautes régions de la métaphysique ou même de la théologie. J’appellerais les premiers des positivistes (je n’ai pas d’autre mot au bout de ma plume et je le prends dans son sens général , mais non pas dans celui de la philosophie de M. Comte), et les seconds des mystiques. Je trouve que les premiers sont dans le vrai, et je pense que les seconds sont dans l’erreur en déplaçant les questions et en empiétant d’une science sur une autre ; rien ne discrédite et n’affaiblit autant les principes que d’en étendre les applications au delà des limites naturelles qu’ils comportent.

J’ai fait deux parts entre les livres qui m’ont fourni

IHTRODÜCTION.

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