‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 65 sur 118 · Paris, Aubry, in · texte numérisé non relu

Paris, Aubry, in

2. Louis XIV, au contraire, s’est toujours montré fort généreux pour les médecins et chirurgiens. M. Le Roi nous apprend qu’après l’opération de la fistule, Félix reçut 50,000 écus et la terre des Moulineaux estimée, au moins, à la même somme; d’Aquin, 100,000 li- >Tes; Fagon, 80,000 livres; les quatre apothicaires, chacun 12,000 li- \Tes ; il n’y eut pas jusqu'à l’élève de Félix, Leraye, qui ne fut gratifié d’une somme de 400 pistoles ; de sorte que, tous rapports établis avec les monnaies actueUes , l’opération de la fistule coûta près d’un million, sans compter ce qu’elle rapporta de beaux profits à Félix, i-ar, depuis l’opération du roi, il n y a pas de vrai courtisan qui n’ait cru devoir faire sa cour en se soumettant à la même opération.

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testament, écrit bien entendu au nom de la benoicte Trinité ^ n’occupe pas moins de six pages in-8 en trèspetit texte. Jamais fortune si scandaleuse ne fut acquise par des moyens plus honteux; mais c’était plaisir à voir le roi-tyran sous le joug d’un rusé compère qui ne lui laissait ni trêve ni repos. C’est un autre Argan sous la puissance d’un autre Purgon. Lui aussi, Goitier, était une espèce de d’Aquin doublé d’un fourbe. Il y a cependant entre eux une autre différence ; c^’est que Louis XIV se fatigua des convoitises et des exactions de d’Aquin ; tandis que Coitier vit mourir Louis XI dans l’état le plus déplorable où un homme puisse tomber, lui, son médecin, étant au comble delà richesse et des honneurs. Du reste , Coitier remplissait son office de Purgon avec autant de libéralité que les premiers médecins de Louis XIV, car, dans un seul trimestre, nous voyons figurer une somme d’environ 20,000 fr. pour MM. les apothicaires de Louis XL

Vallot, dans ses Remarques sur la naissance et le tempérament du roi , note que l’état de faiblesse extraordinaire où se trouvait Louis XIII, par suite de grandes fatigues et de l’opiniâtreté d’une longue maladie, donnait sujet d’appréhender, durant la grossesse de la reine mère, que le royal enfant ne se ressentît de la mauvaise santé du roi son père ; mais il se hâte d’ajouter que l’excellence du tempérament de la reine et sa «santé héroïque » ont rectifié les mauvaises impressions des premiers principes du jeune roi. Cependant,

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après la rude épreuve à laquelle venait d’être mise la santé de Louis XIY par une violente attaque de petite vérole, Yallot se montre, en 1632, un peu moins confiant ; il insiste auprès de S. M. pour quelle « veuille bien croire conseil et se servir de sa vertu pour résister aux excès de la jeunesse ; » il lui représente « qu’engendré par un père tout valétudinaire et sur la fin de ses jours, il est expédient que le roi, chez qui on observait déjà une faiblesse de poitrine et une faiblesse d’estomac, use de grandes précautions à se servir du conseil de son médecin.» Cette faiblesse d’estomac, que Yallot signale, le roi la tenait-il entièrement de sa naissance, ou la devait-il en partie au mauvais régime qu’il suivit obstinément presque dès le début de son règne? C’est un point sur lequel il est difficile de se prononcer; en tous cas, nous voyons, dans cette même année 1632, Yallot reprendre le roi pour s'être livré à un « petit désordre, » et « pour avoir trop mangé de fruits. » Cette expression petit désordre est si commode et si pleine à la fois de réticences et de flatterie, qu’elle revient fort souvent sous la plume de Yallot. Si nous rassemblons ici quelques-uns des passages les plus remarquables du Journal où les premiers médecins parlent des appétits du roi, on ne doutera guère que la faiblesse d’estomac n’ait été au moins singulièrement augmentée par les surcharges que S. M. imposait presque chaque jour à cet organe. Même lorsqu’il est entièrement sain, l’estomac veut être ménagé, et surtout il demandait à être respecté en un aussi auguste personnage, chez qui il semble que les appétits vulgaires ne devaient pas trouver accès.

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Dès les premières lignes du Journal, les médecins notent l’intempérie des humeurs, l’intempérance des appétits et l’impatience des volontés du roi; Vallot lui-même, qui ne manque jamais l’occasion, trop souvent inopportune, de célébrer les fermes résolutions de S. M., de se vanter de l’empire qu’il a su prendre sur Elle par la « merveilleuse sûreté » des traitements qu’il a inventés et qui « ravissent » le roi, enfin de « rendre grâces à Dieu du succès de ses remontrances et de ses remèdes, » Vallot enregistre néanmoins presque à chaque page, et sans remarquer la contradiction, des rechutes considérables suivies d’accidents fâcheux qui jamais ne servent d’avertissement au roi pour mieux régler sa vie.

En une occasion solennelle, presque à la veille de la grande maladie de Calais, Vallot, «trouvant le roi en une forte résolution de ne songer à aucun remède, pas même à une saignée de précaution ‘ pressa trèsfort M. le cardinal Mazarin d’obtenir du roi ce qu’il n’avait pu gagner sur son esprit. » Mais le cardinal fit réponse que le roi, « en l’état où étaient ses affaires, ne se rendrait à aucun remède ni régime s'il n’était malade, et qu’il n’avait aucun dessein de se servir de précaution. » Voilà qui était parler net; le pauvre Vallot fut bien obligé de se soumettre; mais on trouve une petite pointe de vengeance dans la phrase suivante : « Toutes les prospérités et glorieuses entre-

1 . Gérante ; Pourquoi s’aller faire saigner quand on n’a point de maladie? — Sganarelle : Il n’importe; la mode en est salutaire, et comme on boit pour la soif à venir, il faut se faire saigner pour la maladie à venir.

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prises du roi ont failli à lui coûter la vie, si Dieu , par une grâce particulière, n’avait inspiré des lumières tout extraordinaires aux médecins pour le tirer du péril où il était. » Dans une autre occasion, il s’agissait d’une plaie assez profonde à la jambe, Vallot convient que l’humeur du roi n’est pas commode, et que S. M. n’a jamais voulu garder ni* le lit, ni le repos, ni même souffrir l’appareil nécessaire en semblable occasion ‘ . Refuser une saignée de précaution, ce n’était pas trop mal user de son pouvoir, mais c'était le compromettre que de s’insurger contre une plaie à la jambe.

A propos de la scarlatine du roi, Yallot ne manque pas de s’écrier que, durant le cours de la maladie, S. M. « ayant donné des marques de la grandeur de son âme dans les extrêmes dangers de sa maladie , par le mépris de la mort, par les fortes résolutions de ne se point abandonner aux impatiences ni aux refus des remèdes qui lui ont été proposés, a témoigné la même fermeté dans sa convalescence, s’étant entièrement réglée à ce qu’on lui a proposé, sans s’impatienter de la rigueur que l’on gardait en son boire et son manger. »

S’il est vrai que le roi ait été, pendant les dix ou douze premiers jours de sa maladie en proie au délire et même au transport, on comprend difücilement

1 . 0 Le roi a été légèrement incommodé d’une blessure qu’il reçut à la jambe droite.(l 665), et, comme la plaie avait pénétré jusqu’à la crête de l’os tibia, la guérison en a été plus longue et plus difficile, particulièrement pour n’avoir pas voulu garder un moment le lit, ni le repos, ni même souffrir l’appareil nécessaire en pareille occasion, ne s’étant ni épargné, ni contraint non plus que s’il n’avait point été blessé. (Page 95.)

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qu’il ail pu donner beaucoup de «marques de la grandeur de son âme ; » le roi ne s’appartenait plus, il était subjugué par la maladie et livré aux médecins sans défense et sans mérite. Nous le trouvons, au contraire, dès le premier jour de la convalescence ( page .71), « en une si grande impatience de sortir du lieu où il s’était vu en péril de la vie et de se faire transporter à Boulogne malgré son extrême faiblesse, » qu’il n’y eut pas moyen de lui résister.

Quand le roi fut pris des prodromes de la rougeole pour l’avoir gagnée auprès de la reine mère qu’il n’avait quittée ni jour ni nuit, il consentit ce jour-là à une saignée afin de se mettre en état de ne pas rompre la partie convenue de mener la reine à Versailles lot tenta les derniers efforts pour retenir le roi ; mais l’insubordination de S. M. fut telle, qu’elle partit incontinent après avoir dîné. Le mal avait débuté le 28 mai ; le 4 juin, le roi s’habillait, recevait une affluence de personnes de condition, se promenait trois heures entières dans le logis; le S, il mangeait des viandes solides, se promenait en son parc une bonne partie de la journée, et même il tint conseil une heure et demie. Il faut, pour expliquer de tels écarts, ou accuser Yallot de grande imprudence , ou reconnaître que le roi a montré, dans la convalescence comme au début de la maladie, une si grande impatience, que son premier médecin a dû se résigner et s’en remettre à la grâce de Dieu.

C’est encore pour faire sa cour au roi que Yallot, pendant la petite vérole, a pu « concevoir de notables espérances de la grandeur de son courage , puisque

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en l’âge de dix ans, S. M. témoigna de l’assurance et de la fermeté dans les plus fortes douleurs et dans X accablement de plusieurs accidents qui lui sont survenus. » Je crois que le royal enfant n’était guère en état de rien refuser ou de rien accepter des remèdes extrêmes qu’on lui présentait , puisque la maladie débuta avec une grande violence, et que X accablement ne permit pas même aux médecins de prendre une forte résolution. J’aime mieux croire Yallot lorsqu’il nous assure que S. M. a supporté avec fermeté les incisions qu’on lui a faites sur les orteils pour limiter la gangrène qui s’en était emparée ; nous retrouvons le même courage lors de l’opération de la fistule, « qu’il soutint avec toute la constance possible, » et pendant la ' cautérisation par le fer rouge de l’os de la mâchoire supérieure. « On y appliqua, c’est d’Aquin qui parle, quatorze fois le bouton de feu, dont M. Dubois, qui l’appliquait, paraissait plus las que le roi qui le souffrait, tant sa force et sa constance sont inébranlables dans les choses nécessaires, quand il s’y est déterminé. » Ce n'est point la douleur, mais la gêne qui était insupportable à Louis XIV

En 1653, et dans les années suivantes, Vallot signale a de petits désordres ou dérèglements sur les vivres. » Dans cette même année 1653, il décrit tout au long un flux de ventre opiniâtre pour lequel Dieu lui donna la lumière des remèdes avec lesquels il put achever glorieusement son ouvrage, en plus de six mois, il est M^i. Enfin, il a vu S. M. en si bon état, qu’il ose « lui donner des assurances qu’elle ne retombera jamais en

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