VoyeipagesB, 52, 73, 163, 174 et
LOUIS XIV
une semblable incommodité, les parties étant beaucoup mieux rétablies que par le passé. » En 1680, d’Aquin reproche au roi de prendre une trop grande quantité d’aliments à son souper et de faire un usage trop fréquent de ragoûts pleins de sel, de pain salé et d’épices; en 1682, il note de graves accidents à la suite d’un repas où le roi avait avalé « quantité de truffes non mâchées; » en 1683, il nous apprend que le roi mange des quantités « prodigieuses » de pois verts et de poisson. Les pois verts à leur commencement ' et surtout à mesure qu’ils deviennent plus communs, tant en potages qu’en ragoûts, le poisson, les huîtres, les sardines et les «amas» de gibier dans la saison, depuis les premiers perdreaux jusqu’au carême, enfin les fraises jouent un grand rôle dans les indigestions phénoménales du roi , et, par conséquent, dans ses vapeurs ou vertiges; c’est presque toujours en sa ‘petite maison de Marly que le roi fait ses plus fortes parties de fourchette et qu’il est le plus fortement dérangé ; j’ai noté dans le Journal plus de vingt pa.ssages qui le prouvent. Fagon dit même expressément (page 287; que Marly réparait avec usure ce qu’emportaient les purgatifs, Marly où l’on faisait «de grands repas de poisson et de tout ce qui peut, par la diversité des mauvaises choses soutenues de sauces encore plus mauvaises, fermenter dans l’estomac. » Le premier médecin ne craint pas d’écrire que les grands couverts réitérés matin et soir, que la compagnie et la
1 . Fagon dit positiTcment, p, 252, que le commencement des petits pois rend au roi la tête pesante. — Voy. aussi p. 343.
ET SES MÉDECINS
tentation de ragoûts nouveaux empêchent toujours le roi de se restreindre *.
Les jours maigres sont particulièrement notés comme mauvais pour la quantité d’esturgeons ou autres poissons dont S. M. «emplissait son estomac.» Sur l’observance du maigre et du carême, le roi est d’une telle rigueur que rien ne peut lui faire enfreindre, je ne dis pas Lesprit, mais la lettre de l'Église pas même la nécessité où il se trouve parfois de rompre le jeûne par quelque tisane ou bouillon, afin de se préparer à une médecine (p. 3 14) . Yallot le remarque déjà en 1 6o3 ; d’Aquin le dit expressément en plusieurs endroits et Fagon le répète souvent accusant aussi parfois les pieuses occupations qui arrêtent le roi à l’église pendant les plus longs offices du jour ou de la nuit. D’Aquin et Fagon ajoutent que les aliments maigres sont si pernicieux, que les jours de 'pénitence ne manquent pas de réveiller les « mouvements de flux de ventre. » La seule privation que le roi veuille bien s’imposer, c’est de ne pas manger de ragoûts les jours qu’il fait gras pendant le carême; aussi, dans une circonstance grave pour la santé du roi, Fagon (p. 294) se loue de ce que le commencement du carême vienne si à propos, à cause de la modération des repas qui sont ceux d’absti-
\. Cela est si vrai que Fagon cite comme un triomphe, p. 291, que le roi ait tenu bon contre les beaux muscats qu’on lui a présentés, sans y goûter.
2. Notez que la fête de saint Mathias fait reculer au mercredi 26 , ime purgation qui devait avoir lieu le lundi 24. (Page 326, année 1710.)