‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 86 sur 118 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Cependant Galien, non moins enclin à la théorie que ses devanciers, comprend mieux que personne avant lui, et mieux que tous ses successeurs jusqu’au dix-septième siècle, la nécessité pour le diagnostic et la thérapeutique de rattacher directement tes symptômes généraux ou locaux à la lésion des organes. Sachant de l’anatomie normale tout ce que pouvait lui apprendre la dissection des animaux, et créant pour ainsi dire a priori une anatomie et une physiologie pathologiques sur un ensemble de notions abstraites et de connaissances positives acquises au lit des malades, il pose les premières assises du diagnostic local ; mais ce diagnostic n’est encore que celui du siège, et non pas celui de la nature réelle de la maladie. Galien pas plus qu’Hippocrate n’a porté son scalpel sur le cadavre ; jamais il n’a pu ou jamais il n’a osé satisfaire, en ce point, son ardente curiosité. Combien plus grande encore n’eût pas été son impatience, en présence des obstacles ou des préjugés qui jetaient un voile entre lui et la nature, s’il n’avait eu dans les hypothèses , dans le raisonnement a priori^ la foi la plus robuste qui se soit jamais rencontrée.

Je trouve là une nouvelle et décisive démonstration de la loi presque fatale qui préside à la lente évolution de chaque science ou de chaque partie d'une science. Ainsi, pour ne prendre, comme en raccourci, que les grandes lignes de l’histoire médicale, Hippocrate, qui n'a jamais disséqué, s’attache à l’élude de ce que les maladies ont de plus général et de plus extérieur; il professe même que cela suffit à la médecine; et sur ces seules apparences, les médecins moins réservés

bâtissent toutes les théories imaginables. Galien, anatomiste habile,, hérite de cette tendance aux hypothèses, mais il est tout naturellement conduit à localiser les affections; seulement les données lui manquent pour rattacher les symptômes aux lésions. Pour qu’on pût, en quelque sorte, mettre le doigt sur le mal, il fallut attendre près de quinze siècles qu’un pape levât l’interdit qui pesait sur les recherches anatomiques ; il a fallu, de plus, passer par les autopsies timides, intelligentes et souvent fantastiques des premiers anatomistes de la Renaissance, Montagnana , Benivieni, Benedetti, et par bien d’autres essais isolés de Yésale, de Plater, de Schenck, de Bonnet, etc., pour arriver à Morgagni, le véritable créateur de l’anatomie pathologique, médecin des plus illustres , qui joignait une science profonde à une vaste érudition, et dont la place est marquée parmi les réformateurs de la science. «Pour la première fois, dit M. Lebert, on voit un homme grave et sévère s’écarter des anatomo-pathologiques de son temps, toujours à la recherche du merveilleux, pour s’occuper des questions même les plus élémentaires. Ses descriptions sont faites avec une exactitude inconnue jusqu’à lui. Toutes les fois que les documents qu’il possède le lui permettent, il confronte les svTuptômes observés pendant la vie avec les résultats de l’autopsie, et sa tendance à pénétrer le mode de formation et la nature des maladies se fait jour à chaque page de ses Lettres sur le siège et les causes des maladies démontrées par V anatomie. »

Cependant, ni l’anatomie pathologique elle-même, ni l’observation clinique, ni le diagnostic expériinen-

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