‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 90 sur 118 · DD MALADE ET DD MÉDECIN · texte numérisé non relu

DD MALADE ET DD MÉDECIN

et du déshonneur. Heureusement, à côté de l’école du vice, nous trouvons une école de morale toujours florissante, toujours féconde, et que l’enseignement chrétien pouvait seul surpasser.

Ce qui distingue Hippocrate, c’est une haute idée de la médecine, de son étendue, de sa puissance, de ses difficultés, de son but ; un perpétuel souci de la dignité médicale ; un vif sentiment des devoirs de sa profession; une répulsion profonde pour ceux qui la compromettent et la rabaissent par leur charlatanisme et leurs mauvaises pratiques , ou par une recherche affectée du nouveau et du merveilleux ; enfin, une sollicitude continuelle et vraiment touchante pour la guérison ou du moins pour le soulagement des malades. —

Il compare volontiers la médecine à la philosophie : toutes deux conduisent aux mêmes vertus et font éviter les mêmes écueils ; toutes deux inspirent le respect et la crainte de la Divinité ; les médecins reconnaissent que la toute-puissance ne réside pas dans la médecine elle-même ; ils soignent beaucoup de malades , mais, grâce aux dieux, un grand nombre guérissent d’euxmêmes. « Je le pansay, et Dieu le guarit , » a dit aussi notre immortel Ambroise Paré.

Dans le traité De la Bienséance et dans celui Des Préceptes^ il est recommandé au médecin de ne pas converser sans nécessité avec les gens du peuple ( ce qui ne contredit pas cette autre réflexion qu’on peut quelquefois tirer bon parti des conseils, des renseignements et de l’expérience du vulgaire quand on sait interroger avec discrétion) ; de se montrer simple, affable, d’humeur égale ; de faire les concessions, d’a-

PATHOLOGIE GÉ>'ÉRAL£.

voir les complaisances et les gracieusetés que la maladie peut autoriser ; d’unir la fermeté à la douceur, de visiter souvent ses malades, sans y mettre cependant trop d’empressement , car cela peut déplaire ou même effrayer ; de les examiner avec une grande attention, et, s’il est possible, de laisser un aide auprès d’eux, afin de ne pas manquer l’occasion favorable pour agir ; de rechercher plutôt les pronostics certains que les pronostics brillants ; de ne précipiter ni ses jugements, ni ses prescriptions , de peur qu’on ne soit obligé de changer d’opinion ou tenté de persister dans son premier avis pour sauver sa réputation; d’avouer franchement ses erreurs et d’en indiquer la source, afin que les autres évitent d’y tomber; de peu se soucier de ce que pense le vulgaire ou les mauvais médecins, si l’on est assuré d’avoir la vérité de son côté. Enfin, dans les consultations dont l’abus avait suivi de près l’usage, et qui déjà justifiaient ce mot d’un empereur romain : « La multitude des médecins m’a perdu, » Hippocrate ne souffre ni harangues, ni intrigues, ni cabales ; il veut que chacun y prenne sa part de responsabilité, et il semble que le plus illustre des médecins se soit inspiré des paroles du plus vaillant des guerriers, de Diomède disant à Nestor : «Seul, quelque sage qu’on soit, l’esprit est moins prompt et le jugement moins sûr. »

Saisir le moment opportun est un précepte sur lequel Hippocrate revient sans cesse, et dont il n’est malheureusement que trop facile de comprendre l’importance, pour peu qu’on réfléchisse à tous les désastres qu’entraîne la négligence des malades on celle

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