‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 91 sur 118 · BTJ MALADE ET DU MÉDECIN · texte numérisé non relu

BTJ MALADE ET DU MÉDECIN

des médecins. Que de fois ne pourrait-on pas écarter les coups de la mort, que de fois du moins ne pourrait-on pas ajouter quelques heures à des jours fatalement comptés, en gravant dans sa mémoire les paroles d’Hippocrate! Quelle cruelle responsabilité pour ceux qui assistent le malade, s’ils laissent passer le moment opportun ! Quels remords pour un médecin si, par sa faute, il arrive trop tard ! Quelle vanité condamnable de la part de ce même médecin s’il aime à se vanter d’avoir tant de malades qu’il ne sait comment courir aux plus pressés! Et combien est vraie cette parole de Celse, que le meilleur praticien est celui qui ne perd jamais de vue ses clients î

«La vie est courte, l’art est long; l’occasion est prompte à s’échapper ; l’expérience est trompeuse, le raisonnement est difficile, » s’écrie Hippocrate au début de son livre immortel des Aphorismes. Qui ne croit lire (je cite M. Littré), dans cette sentence à moitié grecque, à moitié orientale, l’inscription monumentale au frontispice de la médecine, au moment où les portes en sont ouvertes par une main puissante? — Est-ce à son intelligence supérieure ou bien à des malheurs causés par d’irréparables hésitations qu’Hippocrate a dû de concevoir en médecine l’importance du temps et l’impérieuse urgence du moment qui s’enfuit? Toujours est-il qu’il débute par cet avertissement solennel , tant l’a frappé la responsabilité des heures perdues ! Si partout l’occasion s’échappe sans retour, nulle part elle n’est plus fugitive que dans les corps vivants livrés au mouvement rapide de la fièvre et de la maladie , et nulle part plus irrépa-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

rable que dans la pratique médicale, où la mort peut être le résultat de tergiversations intempestives.

« Il importe, dit Hippocrate dans ce même Aphorisme, non-seulement que le médecin fasse lui-même ce qui convient, mais qu’il soit encore secondé par le malade et par ceux qui l’entourent. » Gomme il faut peu compter sur la reconnaissance, et que la pratique désintéressée du bien est une vertu prescrite par la philosophie comme par l’Évangile , le médecin doit réduire tous les devoirs du malade à un seul, à l’obéissance, à cette parfaite docilité, à cette confiance, à cette droiture que saint François de Sales recommandait à Philotée dans l’exercice de la dévotion: « Traitez avec le directeur (je veux dire avec le médecin), à cœur ouvert, en toute sincérité et fidélité, lui manifestant clairement vostre bien et vostre mal sans feintise ny dissimulation, et par ce moyen vostre bien sera examiné et plus asseuré,.et vostre mal sera corrigé et remédié. » Aux assistants, à la famille, aux amis, aux serviteurs que faut-il aussi demander? L’obéissance, toujours l’obéissance, et s’il se peut l’intelligence suffisante pour administrer une potion, des pilules et le reste. Ne croyez pas que ce degré d’intelligence médicale soit très-commun ni chez les petits, ni chez les grands, ni chez les simples, ni chez les lettrés ; du moins l’obéissance suppléerait en plus d’une occasion à l’intelligence ; mais il faut bien reconnaître que l’intelligence est encore plus facile à rencontrer que l’obéissance, tant est vrai ce mot du poëte :

Nitimur in vetitum semper, cupimusque negata.

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