DE LA SANTÉ DES GENS DE LETTRES
lettres, c’est qu’ils ont le sort commun des personnes qui mènent une vie sédentaire; alors ce n’est plus comme savants, mais en qualité de buralistes qu’ils sont sujets aux indispositions plus ou moins graves que nous avons fait connaître dans les pages qui précèdent. Encore ne leur est-il pas aussi facile d’être malades qu’ils veulent bien se l’imaginer; qu’ils sachent se contenter de l’état valétudinaire, c’est presque une garantie contre les maladies, du moins contre les maladies aiguës.
Et franchement, quand on parcourt les tables de mortalité dressées par Gasper ou par Brigham, quand on voit tant et de si illustres savants de tout ordre et de toute condition, mais de vrais savants, mourir entre soixante-neuf et quatre-vingt-dix-neuf ans, on doit souhaiter pour soi et pour les siens celte maladie chronique de Vétude^ qui procure en celte vie les plus nobles jouissances, et qui, après de longs jours, assure par delà le tombeau une place dans la mémoire des hommes.
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Quelques personnes de beaucoup de charité et de beaucoup d’esprit ont pensé qu’il serait bon de traduire en français un ouvrage de miss ISfightingale dont voici le titre : Notes on nursing; what it is, and what it is noO^ et qui a eu, soit en Angleterre, soit en Amérique , plusieurs éditions tirées à un grand nombre d’exemplaires. Elles m’ont fait l’honneur de me consulter sur l’opportunité d’une telle publication; comme je suis d’avis qu’il serait difficile de mettre un meilleur livre aux mains des gens du monde et même sous les yeux des médecins, j’ai fort approuvé le^projet qui m’était soumis, j’ai même accepté volontiers la tache de surveiller l’impression de ce petit volume et de parler du livre et de l’auteur dans le Journal des Débats.
Le nom de miss Nightingale, déjà populaire en Angleterre, s’est répandu dans le monde civilisé depuis le
1 . Des soins à donner aux malades : ce qi/il faut faire, ce qu'il faut éviter : traduction française. Paris, 1862, librairie Didier.
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jour OÙ cette noble femme , n’écoutant que son amour du prochain, s^’est mise à la suite de l’armée anglaise pour organiser et diriger en Grimée le service des ambulances. Miss Nightingale a un grand sens pratique, une rare puissance d’organisation, une longue expérience des malades ; elle les aime, elle compatit à leurs maux, non pas précisément avec cette tendresse de cœur qu’on trouve si souvent chez nos Dames ou chez nos Sœurs de charité, mais avec ce sentiment grave et un peu froid, avec cette espèce de solennité que tout Anglais apporte dans l’accomplissement d’un devoir. Il semble que chez nos voisins la philanthropie ne laisse que peu de place à la charité, et que la préoccupation des détails ralentisse les élans de la commisération ; la poésie est exclue de la chambre d’un malade; on n’y doit rencontrer que la triste réalité ; les soins l’emportent de beaucoup sur les consolations. Ce n’est pas un reproche que j’adresse à miss Nightingale; c’est un fait physiologique que je signale, une dissemblance que je reconnais entre le caractère des Anglais et celui des Français. Le point important pour un Anglais, c’est de guérir correctement et promptement, tuto et cito ; on n’a pas de temps à perdre; le Français ajoute le jucunde; il a besoin que la pilule soit dorée; il veut être traité eu petite-maîtresse et en enfant gâté ; il exige qu’on prenne souci de son imagination autant que de son corps ; il n’aime pas les visages sévères ; l’idée d’une mort sans gloire et précédée de souffrances sans compensations lui est insupportable; il ne veut pas et ne sait pas être malade, ou plutôt il est malade à sa façon, avec toutes sortes de caprices, de
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petites misères, de susceptibilité nerveuse, je dirais presque de coquetterie. L’Anglais et le Français affrontent la maladie comme ils vont au feu : le premier avec cette fermeté qui relève presque uniquement de la notion du devoir, le second avec cette ardeur chevaleresque qui veut être applaudie, et, s’il est possible, récompensée. Le Français malade aime qu’on l’encourage à souffrir et qu’on le distraie des angoisses de la mort; l’Anglais y met plus de fierté, plus de sombre résignation.
Ainsi ce ne sont pas des douceurs que miss Nightingale veut qu’on prodigue aux malades, ce sont des soins éclairés, méthodiquement administrés et minutieux quelle exige des gardes, des amis ou des parents. Ce n’est pas chose très-gaie ni même très-commode d’être gouverné suivant les préceptes de notre auteur, du moins c’est chose en général fort sensée et presque toujours profitable.
Après avoir lu avec toute l’attention qu’ils méritent les conseils donnés par une femme du monde pour la direction des malades, j’ai rassemblé les divers ouvrages écrits récemment par des médecins et qui se rapportent de loin ou de près au sujet que miss Nightingale vient de traiter ; le nombre et l’importance de ces ouvrages prouvent que les circonstances m’ont bien servi, et que la traduction publiée par M. Didier ne pouvait venir dans un temps plus opportun, puisque de tous côtés on s’occupe de l’hygiène des malades et de l’organisation des hôpitaux.
Parmi les ouvrages où l’hygiène des malades est
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étudiée ex professa, et dont j’ai le dessein de m’occuper ici, le plus important est celui de M. Ribes*.
L’auteur appartient à l’école de Montpellier par l’abondance des idées, et à l’école de Paris par la sûreté de l’observation; son livre est rempli de vues originales et pratiques sur les rapports du malade avec le médecin et aA^ec les assistants; il abonde en préceptes d’une applicationjournalière et dont l’utilité est démontrée par une longue expérience. Il est tout parsemé d’anecdotes bien choisies et fort intéressantes. M. Ribes ne s’occupe pas seulement du corps , il donne une grande attention aux sentiments, aux passions, aux aptitudes intellectuelles de ses malades; ainsi, après des chapitres fort bien faits sur les diverses espèces d’alimentation, eu égard à la qualité ou à la quantité des substances et à la diversité des maladies où l’on doit les employer ; après une étude importante sur l’aération, les climats, les voyages, l’hydrothérapie et les eaux minérales, et avant de parler de la gymnastique, l’auteur consacre tout un livre, le troisième, à la direction des fonctions affectweset des fonctions intellectuelles. Nous aurons plus loin l'occasion défaire quelques emprunts à cette section, si malheureusement négligée dans les traités de thérapeutique, d’hygiène ou de pathologie.
1. Traité d’ hygiène thérapeutique^ ou Application des moyens de l'hygiène au traitement des maladies, par F. Ribes, professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Montpellier, in-S. Paris, 1860, chez J.-B. Baillière et fils. — M. Ribes est mort depuis que cette Étude sur l’hygiène des malades a été imprimée pour la première
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M.Fonsagrives* entre dans plus de détails; il étudie, avec beaucoup de sagacité et en homme qui a bien compris les ressources de l’hygiène alimentaire, tous les moyens que cette partie des sciences médicales tient à la disposition du médecin et des personnes qui lui viennent en aide, pour le soulagement ou la complète guérison dumalade. Rien d’essentieln’est omis danscette patiente et curieuse revue des boissons et des aliments. Toutes les substances propres à la nutrition, toutes les formes qu elles peuvent revêtir sous la main intelligente et soigneuse de la garde-malade ou de la cuisinière, tous les condiments, sans oublier les friandises, sont étudiés avec un soin que pas un vrai médecin ne trouvera exagéré. Les conditions d’âge, de sexe, d’habitude, et les diversgenres de maladies qui peuvent modifier les règles générales de l’hygiène des malades ou des convalescents sont résumés avec méthode et avec une connaissance exacte de la physiologie et de la pathologie.
La réputation du Traité d’hygiène de M. M. Lévy ^est établie depuis longtemps; ce Traité a fait oublier presque tous ceux qui l’ont précédé. Je souhaiterais qu’un aussi excellent livre fût accueilli par les gens du monde comme il l’est par les médecins : la doctrine en est sûre, les faits y sont bien classés, les détails y sont exacts et les observations générales habilement ménagées. Le style, toujours facile et ferme, souvent même animé,
1. Hygiène alimentaire des malades, des convalescents et des valétudinaires, par J. -B. Fonsagrives, professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Montpellier, ln-8. Paris, chez J.-B. Baillière et fils.
2. Traité d’hygiène publique et privée, par M. M. Lévy, directeur de l’École d’application du Yal-de-Gràce, etc. ; 2 vol. in-8, 4* édit. Paris, J.-B. Baillière et fils.
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soutient le lecteur et le conduit sans trop d’efforts à travers un texte de près de deux mille pages d’un caractère assez compacte. Je connais peu d’ouvrages où le public, — le public si ignorant des choses de la médecine, si aveugle, si crédule et si déraisonnable pour tout ce qui regarde la santé, — pourrait puiser des notions plus saines et mieux comprendre l’efficacité d’une hygiène bien ordonnée.
L’hygiène, comme toute science d’application, ne vit guère que d’emprunts; elle suppose la connaissance des lois qui régissent la nutrition ou, ce qui revient au même, le développement et l’entretien réguliers de l’organisme, lois dont la connaissance constitue une des parties les plus considérables du domaine de la physiologie ; l’histoire naturelle, la physique, la chimie, et plusieurs autres sciences lui fournissent des notions exactes sur la nature et sur les propriétés des substances alimentaires, sur l’air que nous respirons, sur les objets dont nous nous entourons, sur les exercices auxquels nous nous livrons, enfin sur les passions ou les sentiments qui agitent notre âme et retentissent sur notre corps. De ces mutuelles relations entre la matière de l’hygiène elles lois de la physiologie, le médecin tire des règles de conduite aussi précises que le permettent la diversité native ou accidentelle des constitutions, le mouvement perpétuel de composition et de décomposition qui s’opère au sein des corps vivants, la Y^ariabilité des milieux qui agissent souvent dans des sens contraires, et, pour les aliments, leur degré de pureté et leur mode de préparation. En d’autres termes, l’hygiène
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cherche et établit les rapports qui existent entre le monde extérieur et les êtres organisés. C’est, malgré ses difficultés et malgré la multiplicité des détails dans lesquels elle doit entrer, une des parties aujourd’hui les plus positives de la médecine; elle s’est victorieusement affranchie de toutes les vaines théories de l’ancienne école ; elle a fait depuis longtemps justice des affirmations de la routine et de l’empirisme ou des prétentions des industriels. Aussi, par exemple, quand l’expérience semble en désaccord avec les données de la chimie, il y a tout lieu de supposer ou que la chimie n’a pas encore dit son dernier mot, ou que l’expérience est défectueuse, car la contradiction est impossible, attendu qu’il existe un lien nécessaire, quoique souvent cachA entre la puissance d’alimentation et la composition élémentaire des substances nutritives.
Si l’hygiène est une des fractions les plus positives de la médecine, elle est en même temps l’une des plus importantes puisqu’elle enseigne à maintenir la santé dans un juste équilibre, et qu’elle aide puissamment les médicaments à combattre les ravages de la maladie. «Lffiygiène, ditM. Schneider, guérit plus de maladies que la matière médicale. » C’est aussi une des parties de notre science les plus accessibles à tout esprit un peu cultivé, puisqu’il s’agit plutôt d’apprendre des faits que de se familiariser avec des théories, et plutôt de retenir des résultats que de s’appliquer à des raisonnements ; il suffit, comme point de départ, de savoir que la physiologie est arrivée à un haut degré de certitude, et que la physique et la chimie sont en possession de
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méthodes d’analyse et de vérification qui ne laissent presque rien à désirer.
Cependant, malgré Tutilité de l’hygiène et malgré l’intérêt naturel qu’il semble qu’elle doive présenter, personne dans le monde ne s’en soucie, et plus d’un en médit comme d’une science à la fois vaine et fort gênante; on aime mieux obéir à ses caprices ou à ses passions qu’aux préceptes divulgués par les hommes compétents; c’est peut-être plus agréable en apparence; en réalité, c’est une source de cruels mécomptes et de rudes afflictions. Mais cette science qu’on méprise pour soi-même et pour les siens, on en fait le plus grand cas lorsqu’il s’agit de sa ferme ou de ses écuries; il n’y a pas d’éleveur, pas de cultivateur qui ne sache régler l’hygiène de ses animaux, qui ne cherche à s’instruire sur les moyens d’améliorer, de transformer et de perpétuer les espèces, et d’en tirer le meilleur parti possible. C’est uniquement par une application intelligente des règles de l’hygiène que nos marchés sont aujourd’hui si florissants et qu’ils rivalisent avec ceux de l’Angleterre. Les plantes ont aussi leur hygiène puisqu’elles vivent, et les jardiniers ou les maraîchers habiles ne manquent pas aujourd’hui, soit par routine, soit surtout par l’étude, de mettre leurs élèves dans les conditions les plus favorables. Sans doute l’homme jouit d’une liberté d’action, et, de plus, il a des devoirs à remplir qui ne lui permettent pas de se conformer toujours à toutes les prescriptions, mais il est des observances générales que toute personne sensée doit tenir pour nécessaires, s’il est vrai qu’on doive avoir quelque souci de son bien-être et de l’intégrité de ses
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facultés naturelles, physiques ou morales; je ne veux pas qu’on entraîne les hommes comme on entraîne les chevaux; au moins faut- il vivre conformément aux lois de la nature et de la raison.
Depuis plus de cinquante ans l’État donne l’exemple aux particuliers : dans toute la France les conseils d’hygiène fonctionnent avec une grande régularité; les règlements, les arrêtés se succèdent et sont pris à la suite des études les plus sérieuses faites par des hommes instruits et désintéressés. Quand on parcourt le précieux Dictionnaire d’hygiène publique dont M. Tardieu ‘ vient de publier la seconde édition, on comprend et on apprécie la sollicitude que mettent les gouvernements à améliorer l’état sanitaire des villes et des campagnes, à diminuer les dangers qu’entraînent les établissements industriels insalubres et lesmesures parfaitement sages que l’administration a prises pour assurer la bonne construction des habitations ; mais tant de vigilance est mise trop souvent en défaut par l’incurie ou par le mauvais vouloir. Il semble que personne ne veuille comprendre que la force morale et l’activité intellectuelle d'une nation dépendent de la somme de force physique qu’elle a su acquérir. On va même jusqu^’à nier la légitimité de l’intervention de l’État, comme si l’État n’avait pas le droit de veiller à ce que chaque maison ne devienne pas un foyer d’infection, à ce que les rues ne soient pas des cloaques, à ce que les personnes sans recours direct contre leurs voisins soient
1. Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité, par .A. Tardieu, doyen de la Faculté de médecine et professeur de médecine légale. Paris, 186-2, 2® édition. ^ vol. iu-8, chez J. -B. Baillière et fils.
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efficacement protégées, à ce que les propriétaires et les locataires respectent mutuellement leurs droits et connaissent leurs devoirs.
Si les préfets et les maires consultaient l’ouvrage de M. Tardieu, si les conseils municipaux pouvaient seulement soupçonner tout ce que ces quatre volumes renferment de renseignements utiles et de règlements obligatoires, on n’aurait pas à constater tant de contraventions, à déplorer tant de dommages ou tant d’imprudences. Je voudrais que ce Dictionnaire fît partie de toutes les bibliothèques communales et qu’il devînt le Vade mecum de tout officier municipal.
Si l’hygiène des personnes bien portantes est négligée à ce point qu’il semble que l’homme doive être livré à tous les hasards qui compromettent sa santé et sa vie, l’hygiène des malades n^est pas plus avancée parmi les gens du monde ; quand elle n’est pas réglée avec sévérité par un médecin qui prend le soin et te temps de s’en occuper, elle est abandonnée à l’ignorance, aux préjugés, aux caprices du malade lui-même ou de ceux qui l’assistent; et pour peu que mes lecteurs en doutent, je les renverrai (et j’espère qu’ils m’en sauront gré), soit aux réflexions vives et sensées de M. Schneider ‘ sur l’exercice de la médecine, soit au livre de M. le docteur Munaret, intitulé le Médecin des villes et des campagnes"^. M. Schneider, ancien
1 . Préparation à F exercice de la médecine, par le docteur Schneider, m-12. Paris, 1861, chez Adr. Delahave.
2. Le Médecin des villes et des campagnes, par Munaret. 3« édit., ln-12. Paris, 1862, chez Germer-Baillière.
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chirurgien militaire, a le style parfois un peu dégagé ; et l’on voit trop dans son livre qu’il a beaucoup à se plaindre des confrères autant que des malades. L’auteur du Médecin des villes et des campagnes est plus mesuré dans son langage ; je le liens pour un praticien excellent ; il a de l’esprit, de la verve , du bon sens et une instruction littéraire assez étendue ; seulement elle est parfois un peu prétentieuse, et sa Bibliothèque est trop exclusivement composée des ouvrages publiés par son éditeur. Le portrait qu’il a tracé du paysan et du citadin dans Tétât de santé ou de maladie est dessiné d’après nature ; la peinture des misères, des déceptions, des difficultés de la profession, de Tingratitude des malades, de la jalousie ou des scandales de métier, des fatigues stériles et des intrigues odieuses qui attendent le médecin à la ville ou à la campagne (peinture qu’il faut compléter à Taide d’une centaine de pages excellentes écrites sur le même sujet par le docteur Schneider) est saisissante de vérité ; mais elle est faite par un homme qui en a pris son parti et qui fait résolûment son devoir.
Le chapitre sur les erreurs, les préjugés, les objections ridicules, les raisonnements absurdes et les supercheries quelquefois olîensantes des malades , de leurs amis ou de leurs proches, serait des plus amusants s’il ne s’agissait au fond de la vie et de la mort de tant de milliers de pauvres gens (pauvres d’esprit, du moins en ce qui regarde le gouvernement de leur santé) qui se livrent avec une déplorable obstination aux mains des charlatans les plus audacieux ou des commères les plus ineptes , mais qui se garderaient bien
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(car ils sont intelligents d’ailleurs) de confier soit leur fortune, soit leurs affaires à des personnes sans aveu ou sans connaissances spéciales : sur ce point, ils écoutent volontiers tous les conseils que chacun s’empresse de leur donner ; mais en général ils ne suivent que le bon, c’est-à-dire celui qui est conforme à leur intérêt bien entendu. Il n’y a, comme l’a si bien remarqué M. l’abbé Perreyve en son beau livre intitulé la Journée des malades^, il n’y a ^'esprits forts qu’en médecine et en religion; mais les esprits forts sont toujours les plus crédules et les plus superstitieux.
Je ne sais si jamais le livre de M. Munaret et celui de M. Ribes arriveront sous les yeux de miss Nightingale, mais je suis assuré quelle leur ferait bon accueil; elle reconnaîtrait sans peine dans ces deux auteurs de véritables amis des malades; elle les accepterait pour ses disciples, tant ils ont d’amour de la propreté et du grand air, tant ils ont d’horreur pour la médecine de hasard, de contrebande , ou d’amateurs : la médecine des sorciers, des rhabilleurs, des bonnes femmes (celles du petit et du grand monde), des prôneurs de recettes toutes plus infaillibles les unes que les autres (car il n’y a pas de métier dont il y ait plus de gens que le métier de médecine, comme disait plaisamment Laur. Joubert), enfin des gardes-malades, dont le nombre heureusement diminue chaque jour, grâce à l’extension et à la bonne organisation des établissements religieux.
Miss Nightingale a partagé son livre sur les soins à
J. Paris, librairie Douniol, 1861,
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donner aux malades en quatorze sections : ventilation et chaleur, salubrité des maisons, observance des petits détails, bruit qu’on fait autour des malades, variété comme moyen de guérison, nourriture, lit, lumière, propreté, bavardage, banalités qu’on débite au patient, nécessité de bien étudier le malade , qualités que doit avoir la garde-malade, direction de la convalescence et soins particuliers pour les enfants.
La première règle à observer dans la chambre des malades ou dans les salles d’hôpitaux, la règle sans laquelle toutes les autres ne sont rien, et avec laquelle on pourrait presque dire que toutes les autres peuvent être laissées de côté, est très-simple ; la voici ; Faire en sorte que, sans refroidir le malade, Vair qu’il respire soit aussi pur qu est l’air extérieur. Cette règle , miss Nightingalel’inscrit au frontispice de son ouvrage; elle y revient sans cesse et sous toutes les formes. Il n’y a pas de sarcasme qu’elle n’imagine contre les gardes qui craignent l’air, pas d’instances et de prières quelle ne fasse pour qu’on laisse le bon air, cet aliment de la vie, pabulum vitœ, se renouveler sans cesse autour de ses pauvres malades, qui doivent ordinairement passer toutes les journées et toutes les nuits dans la même chambre ; . elle ne manque pas d’indiquer en même temps certaines précautions qu’il faut prendre pour que l’air arrive en abondance dans lesmeilleures conditions possibles de pureté et de température.
cc Rien n’est plus évident*, dit notre auteur, que l’extrême confusion qui existe dans l’esprit, même des
1 . Nous prévenons le lecteur que ces citations ont été faites en partie d’après le texte original, en partie d’après la traduction, et
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personnes éclairées, entre la ventilation et le refroidissement, Pour refroidir un appartement, il n’est nullement nécessaire de l’aérer, et pour l’aérer, il n’est nullement nécessaire de le refroidir. Cependant , si la garde trouve l’air de la chambre trop renfermé , elle laissera tomber le feu, ce qui rendra l’air encore plus épais, ou bien, pour le purifier, elle ouvrira une porte sur une chambre froide, sans feu, sans communication avec l’air extérieur. L’atmosphère la plus saine pour une chambre de malade est un bon feu et une fenêtre ouverte, excepté dans les températures extrêmes. Mais il est presque impossible de faire comprendre cela à aucune garde malade : aérer une petite chambre sans risquer d’y établir des courants d’air demande beaucoup plus de précautions que d’aérer une grande pièce. On a souvent observé que les gardes qui se récrient le plus contre les fenêtres ouvertes sont celles qui prennent le moins de précautions pour empêcher les courants d’air, toujours fort dangereux. On ne peut se défendre de quelque irritation quand on voit des gardes stupides faire dégénérer en un mal ce qui, pour leur malade, doit être la source de la vie, c’est-à-dire l’air pur. »
Tous ces préceptes si sages sont confirmés par les données de la physique, de la chimie et de la physiologie. Je veux rappeler ces données en quelques mots pour bien établir que ce n’est pas chose indifférente de négliger les avis de miss Nightingale. L’air est un mélange d’oxygène et d’azote dans des proportions qui
que, d’ailleurs, nous nous sommes permis quelques changements oq suppressions qui ne touchent en rien au fond des idées.
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restent sensiblement les mêmes sur tous les points du globe, dans les vallées et dans les plaines, dans les villes et dans les campagnes [ox. 0.21, az. 0.79';; l’air renferme, en outre, une quantité variable de vapeur d’eau , une faible quantité d’acide carbonique et quelques autres gaz ou vapeurs à peine appréciables.
Le volume d’air qui entre dans le poumon à chaque inspiration est un peu plus fort que celui qui en sort à chaque expiration ; d’un autre côté, ces deux quantités varient d’après une multitude de circonstances qui tiennent soit au milieu dans lequel on respire, soit à la constitution de chaque individu ou à l’état accidentel dans lequel il se trouve ; mais quelles que soient ces différences, le résultat des changements chimiques qui s’opèrent pendant l’acte de la respiration est constant et intéresse au plus haut point l’hvgiène : chaque inspiration enlève à l’air une quantité notable d’oxygène, d’a^> vital, comme on disait autrefois, et chaque expiration au contraire verse dans l’atmosphère ambiante une quantité non moins considérable d’acide carbonique, gaz essentiellement impropre à la vie.
Si l'on veut bien prendre la peine de parcourir, dans le Traité de physiologie de M. Béclard ‘ (l’un des meilleurs ouvrages classiques que l’on puisse recommander aux gens du monde aussi bien qu’aux médecins^), le chapitre sur la respiration, on verra que
1. Traité élémentaire de physiologie humaine, comprenant les principales notions de physiologie comparée, par J . Béclard, professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris. 4^ édition. Paris, 1862, chez P. Asselin.
2. Le traité de M, Longet, plus développé et plus dogmatique.
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lair expiré contient en volume 4.87 d’oxygène en moins que l’air inspiré, et que d’autre part il renferme en moyenne 4.26 en plus d’acide carbonique. Si on vérifie les résultats de la respiration pendant la durée d’une heure, on constate que l’homme expire, en moyenne, 18 litres S d’acide carbonique et qu’il a absorbé 21 litres d’oxygène. La conséquence d’un tel fait est bien simple; si l’air n’est pas renouvelé et s’il est incessamment respiré, le gaz qui entretient la vie, l’oxygène, aura bientôt disparu et le poumon ne se trouvera plus en contact qu’avec l’acide carbonique, c’est-à-dire avec le gaz qui porte la mort à travers les vaisseaux aux extrémités les plus reculées de l’organisme. asphyxie n’a pas d’autre cause que cette disparition de l’oxygène et cette accumulation de l’acide carbonique.
Quand on songe aux terribles et inévitables effets que produit ou immédiatement ou à la longue une atmosphère viciée sur les êtres vivants, quand on a assisté à ces expériences où les animaux s’affaissent et périssent empoisonnés par leur propre respiration, on serait tenté de crier à Vassassinl toutes les fois que l’on entre dans ces chambres à coucher hermétiquement fermées, dans ces salles basses et étroites où cent poitrines à la fois exhalent la pestilence, dans ces salons d’où les Ilots pressés de visiteurs ne songent même pas à s’échapper, quand déjà les bougies pâlissent ou s’éteignent faute de ce gaz oxygène qui alimentait leur flamme. Mais ce n'est pas seulement de la soustraction de l’oxygène et
saTanl pour la doctrine, ingénieux pour les expériences , ne peut convenir qu’aux médecins.
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de la prépondérance de l’acide carbonique que vient le danger : un homme d’une constitution moyenne verse par la surface pulmonaire de 400 à 500 grammes de vapeur d’eau dans les vingt-quatre heures. Cette vapeur et celle qui résulte de la transpiration cutanée entraînent avec elles des matières organiques ; ces matières, s’altérant très-promptemeiit dans un air confiné et échauffé, deviennent de véritables miasmes qui, suivant la remarque judicieuse qu’en a faite M. Béclard, ont déjà altéré l’air d’une façon fort sensible avant même que cet air soit saturé d’acide carbonique.
Ajoutez à ces causes d’asphyxie ou d’empoisonnement que l’homme porte en lui-même celles qui proviennent du dehors; mais, pour le moment, mettant de côté les causes qu’on pourrait appeler accidentelles, bien qu’elles soient très-fréquentes, par exemple les émanations végétales et animales (effluves des marais, miasmes provenant de la putréfaction des substances animales ou végétales), nous nous bornerons à signaler, comme agissant à peu près dans le même sens que la respiration, l’éclairage et le chauffage. Cette question si importante et en même temps si compliquée, M. Péclet* l’a étudiée dans son admirable Traité de la chaleur (c’est l’épithète dont se sert M. Tardieu) avec un soin et un degré de compétence qui ne laissent plus guère à ceux qui écrivent sur le même sujet que la peine de le citer^. On y trouve des expériences déli-
1. Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 3® édit., 3 vol. grand in-8. Paris. 1860, chez Y. Masson el fils.
2. La nouvelle édition que nous annonçons a été revue avec soin et complétée par un ingénieur distingué, de beaucoup d’avenir.
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cates et minutienses, des détails précis et curieux, une discussion, claire et peu chargée de calculs mathématiques , de tous les principes de cette partie de la physique, un examen impartial de tous les appareils imaginés, surtout dans ces derniers temps, pour mettre en équilibre ou d’accord deux problèmes de nature opposée, pour ainsi parler : d’une part donner au chauffage et à l’éclairage toute l’intensité nécessaire, et, d’autre part, ventiler les appartements ou les salles d’assemblée, de façon à contre-balancer efiBcacement les altérations que l’air subit précisément par la combustion des corps qui servent à produire la chaleur et la lumière. Les chiffres donnés par M. Péclet parlent assez éloquemment pour qu’il nous suffise de les placer ici sous les yeux de nos lecteurs, et sans qu’il soit nécessaire d’entrer dans de plus longues explications : 1 kilog. de bois ordinaire exige pour sa combustion l’appel d’un volume d’air qui égale (en négligeant les fractions)
3 mètres cubes ; la même quantité de charbon de bois en réclame 7 ; il en faut de 7 à 8 pour le charbon de houille, la houille moyenne et le coke. Il résulte aussi des calculs de M. Péclet que, par heure, la flamme d’une chandelle de six à la livre et d’une bougie ordinaire consomme 11 grammes de matières, et que les lampes à gros bec brûlent 42 grammes d’huile ; d’où il résulte que la quantité d’air absorbée exige une ventilation d’au moins 6 mètres par bougie et par heure, de 24 mètres par lampe à gros bec, quand il n’existe pas
M. .Ser, attaché à l’administration de l’assistance publique, et ancien élève de M. Péclet.
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de causes accessoires et aggravantes de viciation de l’air.
Les animaux qu’on a la funeste habitude de laisser dans les chainbres à coucher^, même dans les chambres des malades, pendant la nuit aussi bien que pendant le jour, ne contribuent pas moins que l’homme à vicier l’almospbère. Le chien, par exemple, comme M. Béclard en fait la remarque, d’après les expériences de MM. Régnault et Reiset, exhale, eu égard à son poids^ une quantité d’acide carbonique plus considérable que l’homme; par conséquent, il absorbe une plus grande quantité d’oxygène ; il en est de même pour le chat. Quant à l’influence que les plantes en végétation ou placées dans des vases exercent sur la composition de l’air, elle n’est pas encore bien connue, et les expériences de M. Boussingault tendent à prouver qu’elles absorbent plutôt qu’elles ne produisent l’acide carbonique ; M. Lévy pense qu’elles n’agissent, guère que par les particules odorantes qui s’en échappent et qui souvent affectent le cerveau d’une manière fort grave.
Si donc, nous rappelant l’influence directe que l’air exerce sur l’homme en bien ou en mal, suivant le degré de pureté auquel cet air est respiré, nous combinons ces diverses causes, qu’on peut appeler naturelles, de la viciation ou de la déperdition de l’air atmosphérique (respiration, chauffage et éclairage); si nous y ajoutons la production de gaz délétères (oxyde de carbone, hydrogènes carburés, etc.), par le fait même de la combustion à l’air libre ou même dans des foyers mal construits ‘ ; si enfin on songe que dans l’état de 1. MM. Tardieu et Michel Lévr, s’appuyant sur les recherches
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maladie, surtout dans les affections de nature typhoïde, le sang est déjà vicié, que les organes sont affaiblis, que les réactions sont moins puissantes et que les produits de la maladie elle-même sont de véritables miasmes, on ne craindra pas de répéter avec miss Nightingale que le seul cas où il pourrait être malsain d’ouvrir la chambre des malades, c^est lorsque l’air extérieur est plus corrompu que l’air intérieur; dans ce cas (malheureusement trop fréquent dans no^ grandes villes et dans certaines campagnes marécageuses), il n’y a pas d’autre alternative : fuir, ou souffrir et mourir!
Miss Nightingale n’indique guère d’autremoyen pour corriger l’impureté de l’air que d’ouvrir souvent les fenêtres ou même de les laisser constamment entr’ou-
les plus récentes et les plus positives, ont montré que de tous les combustibles, le bois, employé dans des appareils bien faits, est le plus salubre, s’il n’a pas la plus grande puissance calorifique. Les produits d&sa combustion, quand elle est exacte, consistent en vapeur, eau et acide carbonique, qui s’échappent pour la plus grande partie par la cheminée. La seule condition fâcheuse est celle où de la fumée irritante (elle est chargée d’acide acétique et d’huile empyreumatique) refluerait hors du foyer ; encore cette fumée, toute nuisible qu’elle puisse être, n’a pas, à proprement parler, de propriétés toxiques. L’emploi du charbon de bois ou de la braise, même dans de bons foyers, est des plus pernicieux, à cause de la grande quantité d’oxyde de carbone, gaz irrespirable, qui s’échappe, en même temps que Lacide carbonique, pendant la combustion, et qui agit avant même que l’air soit saturé d’acide carbonique. La houille ou charbon de terre a tous les inconvénients du charbon de bois ; elle dégage en outre du gaz sulfureux et de l’hydrogène carburé, gaz incommodes et insalubres; enfin elle produit une poussière considérable : inconvénients qui ne seraient contre-balancés que par des foyers excellents, ce qui est une condition très-difficile a remplir, du moins en France, à ce qu’il paraît. Le coke est moins nuisible, et son pouvoir rayonnant est très-intense.
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vertes la nuit aussi bien que le jour, en prenant grand sointoutefois de tenir le malade en dehors des courants d’air Ouvrir les fenêtres est en effet le moyen qui se trouve le plus à la portée des pauvres gens, et c’est particulièrement cette classe de la société qu’il semble que miss Nightingale ait en vue, car les procédés les plus simples sont ceux quelle met d’abord en avant Toutefois et quoi qu’en dise notre auteur, il n’est pas toujours utile ni prudent d’ouvrir les fenêtres, soit durant la nuit, où l’air est plus humide, plus froid qu’à un autre moment de la journée, soit pendant l’hiver, car il faudrait rétablir l’équilibre par une trop grande accumulation de calorique dans l’appartement. D’ailleurs, les salles d’hôpital où se trouvent rassemblées un grand nombre de personnes se prêtent mal à ce mode d’aération. M. Péclet a consacré le troisièm^B volume
1. Les courants sont nuisibles en ce que l’air agissant avec intensité, dans divers sens ou dans tous les sens à la fois, soustrait rapidement une grande quantité de calorique. De là des affections de toute nature, et souvent des plus graves, surtout quand le courant frappe sur un corps qui est fortement en transpiration.
2. À propos des fumigations que l’on emploie dans le Lut de purifier l’air, miss Nightingale a écrit ce passage, où ne manquent ni l’esprit, ni l’à-propos :
« Gardez-vous des fumigations désinfectantes et autres inventions semblables, destinées à purifier l’air. Ce n’est pas l’odeur qu’il faut éloigner, mais ce qui la produit. Un célèbre professeur de médecine commença un jour ainsi une de ses leçons : « Les fumigations, messieurs, sont d’une extrême importance ; elle produisent en général une si abominable odeur, qu’elles forcent à ouvrir les fenêtres. * Je souhaiterais, pour ma part, que tous ces fluides inventés pour désinecter eussent la propriété de laisser une odeur abommable, parce qu’on se trouverait forcé de laisser entrer l’air du dehors. Ce serait vraiment alors une invention utile. »
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de son Traité à faire connaître les procédés de chauffage et de ventilation qui sont à la fois les plus satisfaisants et les plus économiques pour chaque cas en particulier : pour les petits appartements, pour les hôtels et pour les vastes salles ou les amphithéâtres; c’est une des parties de l’ouvrage dont nous aimons à recommander plus particulièrement la lecture ; la pratique et la théorie s’y prêtent un mutuel appui et conduisent à des résultats d’une grande sûreté pour la fabrication des appareils de chauffage et dé ventilation. Le seul reproche qu’on puisse faire à M. Péclet, c’est de n’avoir pas assez pris en considération les données de la physiologie, d’être resté beaucoup au-dessous de la nécessité en ce qui regarde la dispensation de l’air neuf. Sur ce point, nous sommes entièrement de l’avis de M. Tardieu et de M. le général Morin. Après de nombreuses expériences, le général Morin réclame dans les hôpitaux, pour chaque individu et par heure, le jour et la nuit, une moyenne de 80 mètres d’air pur, de 120 mètres dans les salles de chirurgie aux heures de pansement, 60 mètres dans les ateliers, 20 mètres dans les casernes pendant le jour et 60 pendant la nuit, enfin 30 mètres pour les écoles ; pour un individu isolé, la proportion doit varier entre 10 et 20 mètres, suivant les conditions de santé et d’habitation. Combien, ainsi que le remarque M. Béclard, on est loin de ces chiffres pour les lieux publics de réunion! Cependant il faut constater avec M. Tardieu, qui a une grande expérience en ces sortes de matières, que l’importance d’une bonne aération est chaque jour mieux appréciée, et qu’un mouvement très-digne d’être encouragé
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s’est manifesté à cet égard parmi les constructeurs auxquels ont fait appel les grandes administrations publiques de Paris.
Dans un très-bon travail sur l’hygiène hospitalière en France et en Angleterre, M. le docteur Le Fort*, prenant pour point de départ la statistique des opérations pratiquées dans les hôpitaux de ces deux pays explique en grande partie la différence énorme de mortalité, toute en notre défaveur, par l’infériorité où nous sommes en France eu égard à l’aménagement des salles et à leur ventilation ; les arguments qu’il fournit sont difficiles à réfuter, et les efforts que fait chaque jour l’administration de l’assistance publique pour améliorer nos hôpitaux prouvent assez qu’on est loin d’être satisfait de leur organisation.
1. Notes sur quelques points de Vhygîène kopitaliére en France et en Angleterre, par le docteur Le Fort. In-8. Paris, 1862, chez V. Masson. — Cette question a été discutée contradictoirement par MM. Blondel et Ser, dans un Rapport sur les hôpitaux civils de la ville de Londres au point de vue de la comparaison de ces établissements avec les hôpitaux de la ville de Paris. Vojez aussi les savantes Études de M. Husson sur les Hôpitaux civils et militaires de la ville de Paris. Je donne une idée sommaire de ces deux ouvrages dans l’Appendice n“ Vil.
2. A la suite des grandes opérations, la mort peut, en général, être réputée accidentelle ou expliquée par l’état du milieu où sont placés les malades ; la statistique de ces opérations est donc un des éléments les plus précieux pour établir le degré en plus ou en moins de la pureté de l’air. On doit faire entrer immédiatement après en ligne de compte les affections tj'phoïdes, qui se comportent différemment, suivant que les habitations sont saines ou malsaines. Cette influence est moins sensible pour les autres maladies fébriles aiguës ; elle est pour ainsi dire nulle pour les affections organiques qui entraînent presque fatalement la mort.
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M. Larrey* constate aussi que les améliorations introduites successivement dans les hôpitaux civils ont également profilé à l'hygiène des hôpitauxmilitaires, et il ajoute que le plus grand bienfait qui puisse se rattacher à ce principe de perfectionnement sera de réaliser de plus en plus les avantages encore incomplets de la dissémination des malades et de l’aération des salles ; et à ce propos il ne manque pas de citer un nom « illustre, » celui de miss Nightingale.
On trouve dans le discours à la fois incisif et érudit de M. le baron Larrey l’accent du cœur et la marque d’une longue et habile expérience. M. Larrey ne ménage pas la vérité à qui doit l’entendre; mais il la dit avec le respect qui est dû à l’autorité et avec cette conviction ardente qui sied si bien lorsqu’on parle des intérêts sacrés des malades. En définitive, comme M. Le Fort l’a très-judicieusement remarqué, c’est non pas l’administration, mais les médecins qui jugent en dernier ressort, à l’aide de la statistique comparée, de la bonne ou de la mauvaise organisation des hôpitaux.
M. Lévy ^ (comme M. Larrey, comme presque tous les médecins ou chirurgiens qui ont pris la parole au sein de l’Académie de médecine dans la longue discussion sur l’hygiène des hôpitaux® ) a insisté avec toute
1 . Notice sur l’hygiène des hôpitaux militaires, par le baron Larrey. In-8.
2. De la salubrité des hôpitaux en temps de paix et en temps de guerre, par M. Michel Lévy. ln-8. — Voyez aussi la brochure que le docteur Shriniplon a écrite à la louange de miss Nightingale (t’iirjnêe anglaise et miss N.). Paris, 1864, librairie Garnier -Baillière. Voyez Appendice n° Vlll.
3. Discussion sur l’ hygiène des fe<îpita!tx, discours prononcés à l’Aca-
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Vautorité qui s’attache à ses connaissances spéciales et à ses importantes fonctions d’inspecteur du service de santé des armées, sur la question de l’aération des salles d’hôpitaux ou d’infirmeries ; il a réclamé, en fournissant les preuves à l’appui , la dissémination des malades ; en d’autres termes, et sans qu’il soit nécessaire, comme dans les Misérables, de changer le palais d’un évêque en hôpital et l’hôpital en palais épiscopal, il veut de petits hôpitaux avec de vastes salles qui contiennent peu de malades et beaucoup d’air. Ce n’est pas contre la nourriture, contre le mauvais état des lits ou contre la répartition défectueuse des soins, mais contre l’encombrement des malades et l’insuffisance d’air qu’il a réclamé avec énergie, et qu’il a mis l’administration en demeure de pourvoir à ces exigences que commandent la science et l’humanité. Du reste, les explications fournies par MM. Davenne et Husson laissent pressentir que l’assistance publique, toujours vigilante et vraiment charitable, ne restera pas inactive à la suite du débat solennel qui a occupé un grand nombre de séances et conduit à la tribune de l’Académie les plus habiles et les plus savants orateurs de cette compagnie.
Longtemps avant ce débat, le gouvernement a eu l’heureuse pensée de créer pour les hôpitaux des maisons de convalescence -, de son côté, l’administration de l’assistance publique a provoqué des études sérieuses sur le meilleur mode de ventilation et de chauffage pour les salles d’hôpitaux L
démie de médecine. Voyez le Bulletin de celte compagnie, 1861-1862, chez J. -B. Baillière el fils.
1 . Bien ne mérite plus les encouragements et les éloges que les efforts
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M. Péclet a donné l’histoire des divers appareils qui ont été adoptés; il expose avec impartialité les raisons qui doivent maintenant fixer les préférences. Le système de M. le docteur Yan Hecke, appliqué en Hollande et en Belgique à de grands établissements publics, à de vastes amphithéâtres, à des vaisseaux de haut bord, et récemment en France à l’hôpital Beaujon, semble, d’après l’exposé de MM, Péclet et Tardieu, le plus économique et le plus puissant ; il satisfait aux exigences les plus diverses et les plus compliquées; avec ce système on peut obtenir, outre la ventilation en toute saison, le chauffage eu hiver, le rafraîchissement en été et le service des bains ordinaires ou de vapeur.
Pour peu qu’on lise avec quelque attention les cinquante pages que M, Péclet a consacrées au chauffage et à la ventilation des appartements, on reconnaît bien vite que sous ce rapport nos architectes n’ont pas fait de grands progrès depuis les heureuses mais insuffisanles réformes de Rumfort. L’auteur voit le mal, il le signale avec énergie, mais il n’a pas le remède sous la
réunis et soutenus du gouvernement et de l’assistance publique pour le bon aménagement des hôpitaux, qui sont la vraie Providence du pauvre. (Voyez Appendice n° IX.) J’ai soigné, comme médecin du Bureau de bienfaisance, des centaines de malades à domicile, et Je n’ai Jamais pu me défendre d’une douloureuse impression en corcparantle bien-être, le confortable, les soins presque toujours empressés qu’on trouve dans les hôpitaux, au dénûment et souvent au délaissement forcé que Je constatais cliez mes clients de la rue Mouffetard ou de la rue Traversine. Plus d’une fois Je leur ai facilité l’entrée de l’hôpital, non, certes, pour m’en débarrasser, car J’aimais ces infortunés et ils m’aimaient également, mais pour les soustraire à un foyer d’infection et pour ne pas voir la maladie marcher fatalement à la mort faute des ressources les plus indispensables.
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main ; il est persuadé que le procédé élémentaire de ventilation qui consiste à ouvrir les fenêtres, c’est-àdire à faire une prise d’air directe à l’extérieur, entraîne, en un grand nombre de cas, de graves inconvénients ‘ , et qu’il est même quelquefois impossible ; mais il ne trouve guère pour y remédier que des appareils imparfaits et non équilibrés qui doivent servir en même temps au chauffage et à la ventilation ; les cheminées qui donnent beaucoup de vent et peu de chaleur, et les poêles, qui versent dans la chambre beaucoup de chaleur, mais en prenant tout l’air sans le renouveler; ce qui prouve bien malheureusement qu’en France tout ou presque tout est en péril quand le gouvernement ou l’administration n’interviennent pas par des ordonnances et par des règlements.
Je voudrais pouvoir suivre M. Péclet dans les détails techniques fort intéressants où il entre sur le chauffage et la ventilation des antichambres, des salles à manger, dessalons et des chambres particulières, cabinets de travail ou chambres à coucher. A défaut de calorifères qui suffisent à toute une maison, M. Péclet propose pour les antichambres, des poêles en terre cuite avec de larges bouches; pour les salles à manger, des calorifères en tôle qui permettent de commencer ou de cesser le chauffage à volonté; pour les salons, les appareils doivent varier suivant le nombre des personnes que la pièce peut contenir ; enfin, pour les chambres particulières, M. Péclet recommande, après en avoir fait luimême l’expérience, une forme de cheminée dont je