TERRE
Vide
Circonférence
Triangle
Surface
Cube
Incolore
Bleu, vert
Rouge
Vert, lune
Doré
Chaos
Centrifuge
Ascendant
Horizontal
Fixe
Crises
Course
Marche
Le lit
Posture Yôgi
Amer
Acide
Poivre
Astringent
Sucré, amylacé
Pénétrant
Mobile
Chaud
Froid
Inerte
Act. religieuse
Malchance
Energie, effort
Hâte facile
Lenteur
Respir. suspendue
Irrégulier
A droite
A gauche
2 narines
Trachée
Cœur
Ombilic
Prostate
Sacrum
Sons : om, ham
Kna-nga-dja
Dha, tha, pa
Ba, ma, la, ia, ra, na
Va, ca, sa, sha
Le thérapeute n’a donc qu’à se préoccuper du symptôme physique, en déduire le pôle qui rompt l’organisme, et entourer le patient de toutes les vibrations complémentaires : couleurs des tentures, lignes des meubles, sons, mouvements, température, aliments, respiration, etc.
Tel est dans ses grandes lignes, celle des thérapies hindoues qui est la plus originale ; les autres se retrouvent chez les peuples de l’antiquité (1).
Il est bien entendu que cette thérapeutique n’atteint et ne vise que le corps subtil ; le corps grossier la ressent beaucoup parce qu’il est inférieur; le mental la ressent aussi mais moins, puisqu’il est plus sublime.
(1) Notons, en passant, l’antique théorie suivante, particulière à l’Inde. L’albumine est le premier liquide organique, sa lymphe devient le sang, lequel produit la fibrine musculaire; celle-ci se transforme en graisse, puis en ce liquide du périoste dont se forme le squelette. La moelle est un produit de décomposition, et elle génère le sperme, synthèse, reproducteur ou vitalisateur. Telles sont les sept Dhatous.
Médecine magique.
Voici maintenant la médecine magique et tout son cortège d’opérations occultes.
Elle se compose essentiellement ;
D’un opérateur, pourvu d’un pouvoir;
D’une puissance objective invisible;
D’un support matériel : pierre, bague, parchemin, momie;
D’une formule ou d’un rit.
Paracelse enseigne cela, et avant lui, toute l’antiquité, et de nos jours encore certains paysans quand ils veulent bien causer; cette méthode acquiert son développement dans le sacrifice rituel, dont nous allons parler tout à l’heure. C’est la formule qui en est l’éclair miraculeux. Toutes les traditions populaires contiennent des formules thérapeutiques qui, récitées avec certains rites, procurent la guérison. Il y a dans cette croyance une série d’éléments dont la Goupta-Vidya (connaissance cachée) hindoue peut nous indiquer la genèse.
Le mantram (nom sanskrit de l’incanta-
tion magique) est, à l’origine, l’expression spontanée, en langue commune, d’une prière quel qu’en soit l’objet. Les quatre Védas contiennent chacun une Samhita, ou collection de Mantras. C’est le quatrième Véda, VAtharvan, qui se compose uniquement de formules magiques sacrificielles et incantatoires. Un mantram ( est l’extrait d’un hymjae sacré, comprenant un ou plusieurs vers, présentant par soi-même un sens complet, tout en étant formé de sons, voyelles et consonnes, choisis systématiquement pour déterminer par leur prononciation, à haute voix, à voix basse ou inaudible, des vibrations spéciales dans l’atmosphère seconde (. Akashà ).
A l’origine, dans la période pré-védique, ces formules n’étaient qu’un simple cri d’appel, du malade, de l’opprimé, du pauvre vers une puissance secourable. Lorsque les cardinaux brahmaniques de Ram-Tchandra, inventèrent l’idiome sanskrit, pour rédiger, en quatre Vedas, contenant la révélation, les quatre Dharma-Shastras, contenant la tradition, les Pouranas primitifs, contenant l’ésotérisme mythologique, et les deux Iti hâsas historiques, ils combinèrent les formes phonétiques et prosodiques des hymnes révélés, de façon à ce qu’ils contiennent, pour l’initié :
1° Un sens littéral de dévotion ;
2° Un sens intellectuel, une algèbre mnémotechnique, pour la philosophie, la psychologie, l’alchimie, la cosmologie, la théologie, la sociologie, et la mystique;
3° Un sens de pratique occulte, comprenant tous les arts ésotériques : divination, thaumaturgie, magie naturelle, météorologique et religieuse, psychurgie, et médecine.
Telles sont, du moins, quelques-unes des applications les moins secrètes de l’hiéroglyphisme sanscrit.
Plus près de nous, on voit la même méthode employée par les professeurs chaldéens de Babylone(l), et les rabbins postérieurs à Salomon. Ce roi-mage et son père furenttous deux des inspirés ; ce qu’ils écrivirent, souvent, ce ne fut pas d’eux, mais de Tange qui les enseignait. Et comme tout langage, l’hébreu possède son herméneutique spéciale ; de sorte que les cris de vengeance, les supplications passionnées, les dithyrambes ardents qui sont dans les Psaumes ou dans le Cantique , le rabbin en a scruté les accents, compté les lettres, réglementé la prosodie, fixé la récitation, d’après ce qu’il savait des rapports secrets qui unissent chaque caractère hébraïque à un
(1) Cf. V. Henry. — La Magie dans l’Inde ; F. Lenormant. — Le Magie chez les Chaldéens , à consulter pour les documents, et non pour la doctrine.
ange de Jéhovah, à un esprit de la Nature.
Et ensuite, de nos jours encore, l’Israëlite fidèle, répète avec foi, ces mêmes sons, ces mêmes rhythmes, qui vont atteindre les mêmes agents spirituels, malgré leur probable éloignement actuel.
De même le Soufi, récite sans se lasser les mille versets du Coran que lui ordonne sa confrérie.
De même enfin le paysan d’Europe, qui a hérité de quelque vieux pâtre, un grimoire crasseux, répète sans le savoir telles formules rituelles de l’Église romaine ou de la grecque, que des siècles de générations ignorantes ont rendues méconnaissables. Et l’esprit que l’eggrégore religieux catholique ou orthodoxe attacha sur tel nom divin, sur telle invocation, obéit encore à la foi du sorcier ignare.
Ainsi donc, il se trouve à l’origine de chaque religion, une période printanière de croyance fervente où rayonne à nu la puissance divine du fondateur; l’une ou l’autre de ses paroles, le cri spontané des naïfs égoïsmes, des besoins impérieux les imprègne de la vitalité terrestre et humaine, et les dévots remarquent expérimentalement que telle formule guérit telle maladie ou préserve de tel accident. Ainsi cette formule s’invigore par l’usage; puis les théologiens interviennent, codifient, systématisent, et
s’ils ont de la subtilité, bâtissent, comme firent les Brahmes, une synthèse complète, avec les pierres de l’alphabet.
Mais ce qui eut lieu pour la construction du zend, du chinois primitif, de l’hébreu et du thébaïque, se vérifie pour tous les idiomes; car l’homme ne peut pasinventer seul un langage; il lui faut la collaboration invisible d’un agent du Verbe universel.
Ainsi s’est formée dans l’Inde la « science des cryptes », sur l’étude du son; ainsi les cercles de Kabbalistes fixèrent par les règles des accents et des « couronnes » leurs découvertes de magie acoustique déterminant les sens législatif, philosophique et ésotérique de la thorah; ainsi, sur la trame décousue des restes de psalmodies hébraïques et bouddhistes échouées dans le chaos de Byzance, la ferveur du moyen âge broda le sublime plain-chant, mantram et souara de catholicisme; aujourd’hui les archéologues exhument, dissèquent ces modulations, espérant y découvrir à force de calculs, une acoustique inconnue (1).
En somme, le magicien opère d’après des règles traditionnelles expresses. Sa volonté peut émouvoir un cercle d’invisibles plus
(1) Je me propose de consacrer à cette étude un volume d'une série en préparation sur VEsotérisme catholique.
ou moins hauts; ses pouvoirs peuvent se borner à la guérison d’une seule maladie, ou de quelques-unes, ou à la production de tel ou tel phénomène ; il peut agir à distance, ou illui faut être présent auprès du malade ; il peut ne soulager que des malaises, que changer la maladie, ou quelquefois la détruire ; enfin, son action est subordonnée à une foule de conditions : heure, lieu, aspect céleste, objets, substances, consécrations, formules, état personnel, etc. On va voir tout à l’heure, que la magie ainsi comprise est une science exacte, une mécanique hyperphysique, avecses méthodes, ses équations, ses épreuves et ses instruments.
La Volonté.
A part l’observance d’un régime, il y a des cas où le malade peut se guérir luimême; cela revient souvent à de l’autosuggestion, même si, comme le font les Christian-Scientists, il s’appuie sur des théories métaphysiques tout à fait subjectives.
La psychothérapie exercée par le malade lui-même s’appelle statuvolence, l’étude que cela comporte se trouvera mieux dans le cadre d’un volume prochain : la Culture de la Volonté.
Enfin, parmi les régimes observables par un malade livré à lui-même, il y en a un, très inconnu, très curieux, mais extrêmement difficile et où l’on cotoie sans cesse les dangers les plus divers, c’est le système hindou appelé Hata-Yoga, c’est-à-dire union par l’équilibre du soleil et de la lune; ces luminaires signifient en l’espèce les courants —f- et — de notre corps, à l’alternance desquels obéit notre souffle : car nous respirons toujours par l’une ou l’autre des narines, et non par les deux à la fois. Ce qui
gouverne le mouvement de l’air, c’est les poumons; ceux-ci obéissent au pneumogastrique lequel suit l’oscillation du fluide invisible; et ce dernier est une vague sur laquelle le moi, le mental, le cœur, se balance sans contrôle. Si donc on régularise cette alternance, on régularise par en haut, les mouvements psychiques, par en bas, les fonctions physiques : circulation, digestion, élimination, etc. Tout ceci paraît extrêmement simple, mais à la pratique, cela devient tout à fait délicat.
Il faut avant tout un régime moral.
Puis une dépuration physique complète.
En troisième lieu, un endroit propice (convenance des courantstelluriques).
Ensuite, des postures spéciales, au nombre de 8, ou de 64, ou de 108; qui sont presque toutes des acrobaties.
En cinquième lieu, un régime végétarien très sévère.
Un régime respiratoire, avec concentration mentale.
Enfin, et surtout, un maître expérimenté.
Inutile de dire que tout cela est impraticable dans la vie européenne; dans l’Inde même, où les meilleures conditions sont réunies, il nyapas un sujet sur deux cents étudiants qui parvienne sans encombre à la maîtrise du système.
Toutefois, on peut y trouver des choses précieuses, mais pour examiner cela, un livre entier serait nécessaire.
Médecine des Invisibles.
Si le malade et le médecin échouent, ils vont chercher un secours ailleurs que sur terre ; ils s’adresseront à l’invisible.
La méthode la plus simple pour cela est celle du spirite ; et font du spiritisme non seulement les hommes et lesfemmes de race blanche assis autour d’une table, ou entrancés, mais les humains de toute couleurs, qui dans la forêt, dans la prairie, sur la montagne, dans les ruines, dans le désert, dans la caverne, appellent les âmes de leurs morts, avec ou sans cris, avec ou sans victimes.
Tout le monde sait ce que cette méthode a de défectueux au point de vue critique du message reçu, et de fatiguant pour les opérateurs; l’homme est à la fois le prêtre et l’holocauste et le parfum ; il est bien naturel que cela l’épuise; c’est ce que les anciens sages savaient éviter, nous allons voir comment.
Nous cherchons toujours dans l’immense trésor des traditions brahmaniques.
Il faut ici rappeler rapidement la place de l’Inde dant l’art de guérir. Ce sont le Tan dhyama-brahmana du Sama-Veda et la Samliita de Y Atharva Veda qui contiennent les plus anciens mantrams médicaux (1).
Les auteurs de ces livres savaient que chaque maladie est l’acte d’un dieu, et chaque remède également. C'est donc sur ce dieu (devata ) qu’il est logique d’agir : une fois la cause disparue, les effets disparaîtront. Il faut ajouter ici que ces vieux théosophes savaient que ces devatas ne sont à leur tour que les ouvriers du destin ; ils ne peuvent venir que là où les Seigneurs du Karma leur ordonnent d’aller; par conséquent, une thérapeutique encore plus efficace serait de décharger le Karma , ce qui a lieu communément par la résignation, par la purification du désir, et exceptionnellement, par l’intervention d’un dieu ou d’un homme compatissant.
Cette Samliita de YAtharva Veda contient donc une portion médicale appelée Ayour - Veda , dont voici les auteurs légendaires.
La richesse de la mythologie brahmanique est telle que les attributs de chacun de ses
(1) Brahmana : portion d’un Veda contenant des instructions et des rituels religieux.
Samhita : texte même d’un Veda, Hymnes adressées aux dieux, dont les vers sont les Mantrams.
personnages ne sont pas nettement définis.
Plusieurs dieux, par exemple, se célèbrent comme guérisseurs. Agni , le Feu un et multiple, d’abord; puis Soma, l’Eau primordiale, dont le nom s’applique à tous les fluides passifs invisibles et visibles, objectifs et subjectifs. Au point de vue religieux. Agni est la flamme du sacrifice ; Soma, la libation qui désaltère les dieux, donneuse d’immortalité. Roudra, le rouge, le hurleur, est le dieu de tous les orages, terrestres et cosmiques, destructeur et vivificateur; il punit les transgressions par les maladies, et enlève ces dernières par le soma etl 'amrita (ambroisie). Les quarante-neuf Marouts sont les fils qu’il a eu de Priçni , la vache, c'est-à-dire une substance plastique, nourricière, le nuage terrestre, la vapeur aqueuse cosmique engendrée par l’action du feu principe sur la matière première. Ces Marouts sont aussi guérisseurs; ils travaillent avec Indra , l’ardent, le guerrier, le triomphateur des démons.
Mais les dieux médecins par excellence, sont les jumeaux Açwins ; ils sont fils du soleil visible, Sourya , et de Saranyou 9 fille elle-même du primordial Agni, ou de son frère Tvashtri , le forgeron. Saranyou, ne pouvant supporter Sourya, met son ombre à sa place, et se réfugie sur cette terre,
sous la forme d’une jument ; son époux la rejoint sous la forme d’un étalon; de sorte que les jumeaux sont les produits de l’élec tricité solaire et de la substance intrazodiacale. Ce sont, pour parler net, les deux courants magnétiques, actif ou passif, qui prennent naissance ou plutôt qui précèdent l’aurore et qui suivent le crépuscule, ces courants sont doués d’une très grande vitesse de mouvement atomiques, ainsi que le double serpent du caducée hermétique nous le redira beaucoup de siècles plus tard (1).
Pour le brahmane donc, l’agent thérapeutique est une force hyperphysique, alternativement positive et négative, possédant tous les caractères du feu, comme purificateur, transformateur et résoluteur. Cet agent résulte des combinaisons de ce feu solaire, avec le magnétisme terrestre; il possède toute son intensité aux instants où la vie physique change de stase; et il doit être appliqué par suite, avant le matin, quand le malade sort de la nuit, ou après le soir, quand le malade s’endort. Ce sont les heures, en effet, où la fièvre, c’est-à-dire, la bataille organique redouble d’intensité.
Ces jumeaux initièrent Indra, lequel fit à
(1) Cf Brihataranyakop., le Brahmana^ 1; et les hymnes de Koutsa et d’Hiranya Stoupa.
son tour la même chose pour Bharatvaja; et la science se transmit successivement à Pounarvasou, puis aux rishis Agnivesa, Bhîla, Djâtoukarna, Parasara, Harita et Kharpara.
Agnivesa écrivit la Tcharaka Samhita , la meilleure et la plus ancienne encyclopédie médicale connue (1).
L’agent occulte curatif une fois connu, il s’agit de trouver des moyens pour l’avoir à sa disposition.
Une loi générale gouverne l’évocation magique, le sacrifice des anciens polythéismes, et la prière que le peuple chrétien adresse à ses saints. Ceux-ci, qu’ils aient existé physiquement sur cette terre, ou non, peu importe, ceux-ci remplissent, dans l’eggrégore du christianisme, un rôle analogue, mais non semblable, à celui que jouèrent les héros, les demi-dieux, et les dieux des
(1) On peut encore trouver des mss. des Harita, Soushrouta, Bharatwadja et Atri Sanhita, en plus d'œuvres modernes comme la Sarougadana S., et l’Ashtangaridaya S.
En outre des travaux commandés par les empereurs mogols à des médecins hindous, il faut consulter en anglais :
D rs Heyne, Ainslie, Wilson et Royle. — lndian Pharmaco poeia.
D r Wyse. — Commentary on Hindu Medecine , 1846.
D r M. Sircar. — Charaka Samhita, 1870 (traduction explicative.
D* A. M. Kunt. — Soushrouta Samhita.
Pandit Avinasch Tchandra Kaviratna. — Tcharaka Samhita, version littérale, avec notes. Madras, 1892.
antiques mythologies. Une telle opinion, n’a rien d’irrévérencieux pour l’aspect du Verbe universel que nous adorons : Jésus et Sa mère ont une position tout à fait exception nelle, en dehors de tout panthéon connu.
Quand donc l’homme a la faiblesse de s’adresser à un intermédiaire entre lui et le Dieu suprême, voici, à grands traits ce qui se passe :
Cet agent est quelque part dans les terres invisibles; mais l’idée que le dévot a de son existence et l’espoir qu’il fonde sur lui, sont l’indispensable fil télégraphique, sans quoi rien ne peut réussir.
Il faut alors, soit que l’homme aille vers le dieu, soit que le dieu descende vers l’homme. Une route est donc nécessaire, d’autant plus que c’est toujours au demandeur à se déranger. Or, tout influe sur tout ; tout a des rapports avec tout. Ce démon, ce dieu, ou ce saint possèdent nécessairement sur cette terre une correspondance avec certaines formes, certains lieux, certains moments.
De là, nécessité de la science des sacrifices, des correspondances et de la liturgie. Le désir du dévot, doit s’habiller avec l’aura invisible, de tels sons, de telles couleurs, de telles offrandes (animaux, plantes, objets, etc.), matérielles ou morales, de tels
parfums, de telles formes (signes, pentacles, yantrams), de tels nombres, heures et lieux, que les polythéismes déterminent par l’astrologie, et que le christianisme, plus dégagé des formes, connaît au moyen de son herméneutique, fondée sur la vie de J.-C., et complétée, pour le populaire, par l’empirisme traditionnel.
Dans cette cérémonie magique (je veux dire simplement dans cette création d’une « image » astrale), l’idée du fidèle est le point central, sa volonté est le rayon, sa science rituelle ou sa ferveur sont la vie spirituelle de cette image, et les exhalaisons odiques des objets, des matières, et des efforts consacrés à son but, seront le corps de son désir, corps réel, objectif, vivant dans la mesure de la science et du vouloir de l’opérateur (1), corps plus ou moins lumineux selon la dose d’égoïsme qui fait agir notre homme.
Ce petit messager, qu’un cordon fluidique relie constamment à son géniteur, part donc dans l’invisible portant sur soi les cou-
(1) Quand tel Pourâna nous raconte qu’un rishi ou un démon a entrepris un sacrifice qui dura des siècles, rien ne s’oppose à ce qu’on prenne ceci à la lettre : un homme qui poursuit un unique but toute son existence, ne fait pas autre chose qu un seul sacrifice à son idéal, pendant trenta ou cinquante années. Et il y a des humains qui peuvent continuer à vouloir par delà et malgré la mort.
leurs et les insignes du dieu auqjuel il est délégué.
Il peut perdre sa route ; alors l’opérateur s’épuise à le soutenir inconsciemment, le dieu se dépite, et la demande n’est pas exaucée ; quelquefois même la souffrance augmente.
Il peut être arrêté par un obstacle, une barrière, un abîme ; l’opérateur s’épuise alors aussi sans plus de succès, par choc en retour.
Il peut enfin être pris par un tiers ; celuici, bon ou mauvais, peut alors se voir attaquer et par l’homme et par le dieu, l’un et l’autre frustrés. D’où commotions, souffrances inexplicables, et ajournement du succès.
Si rien de tout cela ne se produit, le dieu ou le saint exauce la demande, quand il a de quoi le faire, et garde en échange une créance sur le quémandeur; celui-ci, ne connaissant pas son avenir, accepte l’échéance fixée par son créancier; car il faut bien le savoir, aucune créature, serait-ce même le dieu de la voie lactée, serait-ce saint Antoine de Padoue, ne peut faire de dons gratuits ; ils ne peuvent que prêter ; il faut qu’ils rentrent dans leurs débours à un moment donné, dans dix ans ou dans dix siècles.
Telle est la marche que doivent suivre de force les sectateurs de toutes les religions à cérémonies.
Dans cette sorte d’assimilation que je fais entre les anciens dieux et les saints catholiques, il n’y a pas d’intention irrévérencieuse, ni agressive. Le Panthéon égyptien, le druidique, l’étrusqùe, le grec, le latin sont partis de cette terre; ils gouvernent quelque autre coin du monde, ou bien ils obéissent à de plus forts qu’eux. Il viendra un jour où le Panthéon catholique — à l’exception du Christ et de la Vierge, s’en ira aussi vers « les ailleurs » comme dit le poète.
Les reliques, les pèlerinages, les lieux saints, les ex-votos existaient bien des dizaines de siècles avant l’église de Rome.
Presque tout le monde prie avec égoïsme, et offre un sou, pour recevoir cent francs; presque tout le monde donc fait de la Magie sans le savoir.
Médecine divine.
Arrivons à la dernière méthode curative, la plus ancienne, la plus haute, la plus sûre, mais aussi la plus occulte, la plus rare et la plus difficile : la théurgie.
Ici, nous entrons dans un pays nouveau; oubliez tout ce que vous venez de lire ; voyez les manifestations infinies de l’existence sous leur aspect hégémonique ; sur la terre, dans les corps des animaux, dans les pierres, dans les cieux, dans les roues des générations, dans les fleuves fluidiques, dans les serpents planétaires, dans les orbes éthérées, dans les royaumes objectifs, des Arts et des Sciences, parmi les dieux, les génies, les enfants de Lumière, les hordes des Ténèbres, — partout, c’est la vie.
Partout cette vie est une, réelle ; partout, chacun de ses modes constitue un ens complet, existant par soi-même, libre et responsable; recevant quelque chose de tous les autres modes, et rayonnant aussi sur tout le reste du monde.
Dès lors, aucun symptôme pathologique, ne peut plus être envisagé en soi-même; il doit être aperçu avec tous les mouvements extérieurs et antérieurs qui le déterminent avec toutes les ramifications ultérieures qui en découlent. Une telle connaissance n’est pas autre chose que le sentiment du vrai; elle nécessite, chez le médecin, une liberté intérieure totale, indépendante de tous systèmes, de toutes opinions, de toutes particularités personnelles : C’est un des aspects de l’évangélique pauvreté d’esprit.
L’Evangile ignore les puissances intermédiaires. Jésus a tracé des routes directes entre chaque homme et Dieu; puisque le roi dont on veut se concilier les faveurs, trône hors du temps et de l’espace, il n’est plus besoin de rites, de lieux, d’heures, d’objets, de correspondances, en un mot.
Ce roi, étant hors du monde, se trouve présent partout et toujours. La seule observance nécessaire, c'est l’obéissance, soit la conformité pratique de notre vie avec la sienne. Donc les cérémonies religieuses et magiques, les rites, les lieux sacrés, les objets bénits deviennent inutiles, dans ce cas, inutiles aussi les médicaments, les régimes, les gestes, et les efforts de volonté.
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Lacunes médicales.
La thérapeutique matérielle n’agit que sur le symptôme organique; le médicament alchimique, n’atteint que l’électricité cellulaire; les thérapies dynamiques n’influent que sur l’énormon fluidique; la volonté, le raisonnement, le magnétisme, la statuvolence n’ouvrent que la porte des corps invisiblescorrespondants ; —n’ont d’influence sur les autres corps que par propagation ; ne possèdent d’activité durable que jusqu’à ce qu’une force semblable et contraire les arrête. Donc aucune méthode, matérielle, occulte ou religieuse ou psychologique, ne guérit essentiellement.
Résumons.
On distingue, en somme :
Des altérations du corps matériel, sur qui agissent les médicaments matériels et la chirurgie.
Des altérations de la force vitale, sur qui le médicament peut agir par réflexion, mais
qui sont surtout traitables par les dynamismes naturels, humains et extra-humains.
Enfin, des ligatures de l’esprit, par clichés fatidiques : là, rien n’agit réellement que l’intervention théurgique; la volonté d’un adepte peut même échouer dans ces cas?
la descente de la grâce divine est seule utile ; il est superflu d’ajouter qu’elle peut aussi faire disparaître les deux précédentes classes de symptômes.
Le Péché.
Or, c’est cette troisième cause des maladies qui est l’unique et la vraie. Rien n’arrive au corps, ni une migraine, ni un accident, si un cliché invisible n’est déjà descendu sur l’ens spirituel du sujet ; et ce cliché, cet agent de la comptabilité biologique ne vient pas à nous; c’est nous-mêmes, par notre modus vivendi antérieur qui marchons à sa rencontre sur la trajectoire qu il suit par l’ordre divin.
Tout acte engendre une forme dans l’invisible; les vrais voyants constatent cela; cette forme est perceptible comme une aura dans le plan des fluides, comme un être dans le plan cardiaque du monde. Or, comme tout acte ne peut qu’être bon ou mauvais, il ramènera sur son progéniteur le bien ou le mal semés sur la première partie de son cycle : en destin, en intelligence, en santé. Ce riche qui a reçu un pauvre à coups de bâton, paiera non seulement dans son cœur coléreux, dans son intelli-
gence déraisonnable, mais aussi dans son bras qui a frappé. Si, à une prochaine incarnation, cet homme renaît avec une main inerte, l’alchimiste, le magiste, le magnétiseur pourront peut-être enlever le signe physique du mal spirituel; en réalité, ils ne feront que construire un mur entre ces deux organismes : soit provoquer de nouveaux désordres intérieurs, soit sortir le mal du bras où il était à sa juste place pour le mettre dans un autre endroit, où il sera la cause de souffrances plus violentes.
Celui-là seul qui peut voir le cliché de cette paralysie, est capable d’en modifier la route ou la nature, et de rendre ce malade invulnérable à son attaque, en enlevant de son esprit, la cause primitive du mal, le péché; en le lui pardonnant, en le lavant avec un peu de l’eau éternelle dont parle Jésus.
Telle est, en raccourci, le diagnostic et la médication du théurge, de celui qui opère avec Dieu.