‹ La médecine publique en AngleterreChapitre 7 sur 35 · AE A · texte numérisé non relu

AE A

1879 17,574 17,95 1880 17,919 ULAT 1881 17,868 16,96 »

On voit que de 26 0/0, on est arrivé à n'avoir plus que 16,56 0/0 de prélèvements falsifiés. Sans doute cette proportion est encore élevée, mais il faut tenir compte du perfectionnement des procédés d'analyse : c’est ce qui fait dire au rapporteur que nous avons cité, que le D' Dupré, grâce à sa méthode pour déceler l’alun dans le pain, est certainement arrivé à le découvrir là où auparavant il aurait passé inaperçu. Notons qu’à Londres où le

service est mieux fait que dans les comtés, la moyenne de 1881 est de 12 0/0 seulement.

Nous dirons en terminant quelques mots de la Société des Public Analysts, composée de la plupart des experts du Royaume-Uni. C’est là que se centralisent tous les documents, tous les travaux qui ont trait aux falsifications : une revue mensuelle, The Analyst, publie les opérations de ses membres, les nouveaux procédés d'analyse, le compte rendu des débats judiciaires, ete. Au moyen de tables précisant les limites à partir desquelles un aliment doit être considéré comme étant fraude, il fournit aux Analysts une base de connaissances au moyen desquelles leurs conclusions sont toujours identiques. Enfin c’est dans le journal The Analyst que paraissent les statisques générales de l’année. |

Nous reproduirons ici les mêmes remarques que nous faisions en août 1881 devant le Congrès International de médecine (1), en rendant compte des travaux du Laboratoire de Paris exécutés jusqu’à cette époque. Il faut tenir compte, dans l’appréciation de la proportion considérable que nous rapportons plus bas, des conditions tout à fait spéciales dans lesquelles cet établissement se trouve. Le Laboratoire de chimie reçoit des échantillons de toutes les parties

(1) La falsification et l'inspection des substances alimentaires, Comptes rendus du 7° congrés international du médecine Londres 1881, vol. IV, et comptes rendus du 4° congrès international d’hygiène : Genève 1882, T. I, p. 434.

Méd. publ. en Angleterre. 5

de la France, échantillons sur lesquels on a déjà conçu certains soupçons. Il s'opère donc comme une espèce de triage préalable, et'il serait tout à fait inexact de prétendre qu'en France cinquante produits alimentaires sur cent sont falsifiés. On ne connaîtra la proportion vraie que lorsque les prélevements se feront au hasard sur toutes les denrées exposées en vente, et non pas seulement, comme cela est arrivé jusqu'à présent, sur celles dont la pureté avait déjà été reconnue douteuse.

Îl n’est peut-être pas sans intérêt de rapprocher des chiffres ci-dessus, les moyennes relevées par le Laboratoire municipal, d’après lesanalyses exécutées pendant les exercices 1881 et 1882.

Nombre d'échantillons. . . . . 6,258 10,759 BOSS CC PASSADIES RES CR Re RTS 00 Mauyaismonnuisthbles M2 a0RNE RTS LINE SE Mañyais nuisibles 64 Pr ee 00 nana 00e Moyenne générale des échantillons

LAUVAS Re US ts 00,00 t0 IAE

On le voit, la comparaison des chiffres d’origine anglaise et française, — 16.56 °/, — 49.91 0/, — est assez éloquente par elle-même.

Lorsque dès 1879 nous appelions l'attention de l'autorité sur les falsifications qui s’exerçaient à peu près Impunément, nous nous attendions peu à voir nos pronostics si malheureusement justifiées.

Aujourd'hui il faut se féliciter de la voie dans laquelle l'administration est entrée : elle a entendue

les appels que lui ont adressés] les chimistes qui, comme nous, avaient constaté les nombreuses sophistications pratiquées sur les substances alimentaires.

Ce mouvement en faveur d'une répression énergique ne s'arrêtera plus en dépit des obstacles qu'on lui oppose et l’on peut dire en modifiant quelque peu un vers célèbre :

« Nous vivons dans un temps ennemi de la fraude. »

Il est permis de prévoir le moment où tous les crands centres, comme Marseille, Bordeaux, Rouen, Roubaix, Nantes, Lille, Montpellier, Melun, etc., posséderont des établissements dans le genre de celui ouvert à Paris au mois de mars 1881, lequel par les services qu'il a rendus, peut dès maintenant ètre classé au premier rang.

Le problème néanmoins ne sera qu’à moitié résolu ; il reste toujours la question importante de l'inspection : aussi longtemps qu'elle n’aura pas reçu une solution satisfaisante, 1l ne pourra y avoir de progrès réel. Qu'importent en effet les laboratoires les plus complètement, les plus savamment outillés? Qu'importe, en un mot, l'arme contre la fraude, si l'ennemi peut se tenir constamment en dehors de la portée de cette arme? L'originalité des mesures inaugurées par l'Angleterre n’a pas consisté dans l’application au genre de délit dont nous nous occupons, de peines exceptionnellement sévères, mais bien plutôt dans la reconnaissance et la pratique de cet axiome, qu'une des conditions essentielles pour réprimer les

adultérations, c’est d’abord de les découvrir et de les constater.

En France les lois sont excellentes, mais on a négligé presque absolument d'organiser des services destinés à la découverte de la falsification. Il est à souhaiter que dans cette partie de la législation française le système préventif fut appliqué de préférence au système répressif.

Le Laboratoire municipal a dû s'attacher des inspecteurs revêtus de la qualité d’agents de la police judiciaire : il en a augmenté le nombre progressivement, et les résultats démontrent clairement le parti qui en a été tiré. Sur les 10,000 échantillons entrés au laboratoire en 1882, le public n’en a apporté que quelques centaines à peine. Tout en reconnaissant les avantages incontestables de sa participation, il ne faut pas trop compter sur lui : en général, les particuliers au lieu de se plaindre, préfèrent changer de fournisseurs et les abus continuent(1). Bien que les Anglais aient assez l'habitude de faire leurs affaires eux-mêmes, la loi a institué des agents spéciaux destinés à rechercher les délits.

Sur ce point, il nous a été donné d’exposer nos vues devant la Société de médecine publique : nous

(1) Cette abstention du public ne doit pas être imputée à son indifférence : il est certain que bon nombre d'habitants de Paris ignorent l'existence de cette institution par la simple raison qu'elle est unique en son genre et de création récente. Elle vient cependant d'être mise en lumière et en honneur par les attaques malencontreuses dont elle a été l’objet.

n'y insistons donc pas (1). Mais nous n'avons pas laissé échapper l’occasion d'exprimer une fois de plus même incidemment notre opinion sur un sujet qui nous tient particulèrement à cœur.

(1) De l’organisation de l'inspection des substances alimentaires : Revue d'hygiène, mai 1881.

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