‹ La Médiastinite SyphilitiqueChapitre 22 sur 29 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION I (Résumée)

(Comby, Société médicale des Hôpitaux, 8 janvier 1892,

15 décembre 1893, 9 février 1906.)

Thrombo-phlébite de la veine cave supérieure et médiastinite chez un syphilitique très irrégulièrement traité. — Amélioration sous l'influence du traitement mercuriel. — Survie de quatorze ans. — Mort par paralysie générale

et tabès. — Autopsie.

M. X..., trente-six ans, boucher, entre à l'hôpital Tenon

le 5 décembre 1891.

Antécédents. — Fièvre typhoïde à douze ans, quelques bronchites pendant l'hiver. Il y a six ans, notre malade contracta un chancre qui fit son apparition huit jours après un rapport extra-conjugal. IL se fit soigner par un pharmacien qui lui donna des pilules et une potion. Il aurait eu, peu de temps après, des maux de gorge, des plaques anales, de l’alopécie au niveau des tempes.

Il ya dix-huit mois, des crises douloureuses se montrèrent. Le malade éprouvait une sensation de constriction précordiale, les battements du cœur devenaient très rapides, la

vue se troublait et au bout de quelques secondes tout dispa-

GES k

raissait. Ces accès se répétaient sans cause occasionneile appréciable.

Peu à peu apparurent sur le devant de la poitrine des marbrures bleuâtres qui ne sont autre chose que des dilatations veineuses. Depuis huit ou neuf mois la face se congestionne surtout au moment des efforts, le cou grossit, les yeux sont saillants et larmoyants, la vue est brouillée. En même temps le malade éprouve une sensation constrictive de la gorge et des picotements. Quand le malade se baisse, il tomberait s'il ne se hâtait de se relever ; en même temps la cyanose de la face augmente. Céphalée, épistaxis et dyspnée Il y a quelques jours, après une marche modérée il fut pris d’un accès d'étouffement très violent avec angoisse et cyanose.

A l'hôpital, le malade est assis dans son lit, car il ne peut garder la position horizontale. On observe une turgescence du visage et le gonflement du cou. Œdème du thorax et des membres supérieurs. Face rouge, congestionnée, lèvres violacées. Pas de modifications de la vue ni de l’ouie. La thrombose de la veine jugulaire externe gauche est très évidente ainsi que la thrombose de la veine axillaire du même côté.

Lacis veineux sur les côtés et au niveau des attaches du diaphragme, rien dans le dos.

Œdème des bras, de la face et de la luette.

Rien au foie, pas d'albumine. Tachycardie (120 à 130). Soufle systolique à la base. Pas de tumeur expansive. Égalité des deux pouls. Pas de trouble de la phonation ; pas d'inéga-

lité pupillaire.

Traitement. — Frictions mercurielles, KI, liqueur de

Fowler.

ACT de

Le gonflement du cou et de la face augmente, la dyspnée est plus forte. On supprime l’iodure de potassium. L'œdème de la face et du cou diminue (La nature de l'affection médiastinale reste indéterminée, mais le pronostic paraît redoutable).

En décembre 1893, le malade est relativement bien portant. Il se plaint de fatigue et d’oppression au moindre effort. Disparition des æœdèmes et des troubles fonctionnels. Développement d'une magnifique circulation collatérale.

En février 1906 (quatorze ans après le début de ses troubles de compression médiastinale) le malade meurt à l'asile de Vaucluse où il était entré pour tabès et paralysie générale.

Autopsie. — Médiastinite calleuse. La veine cave supérieure et les troncs brachio-céphaliques sont transformés en cordons fibreux d’un volumetrès réduit. Bloc fibreux soudant la bronche droite, la veine cave et l'artère pulmonaire. Plu-

sieurs nodules calcifiés.

OBSERVATION I (Résumée) (Raymond. Gazette des Hôpitaux, 12 juin 1890.)

\ Syphilis tertiaire des voies respiratoires. — Adénopathie péri-trachéale ; compression du nerf récurrent droit et

rétrécissement de la trachée. Syphilis du foie.

T... cinquante-quatre ans, éntre à Lariboisière le 18 avril 1800. Il contracta la syphilis en 1872 et n’a pas suivi de traitement sérieux. Depuis trois mois, toux, gène respiratoire,

modifications de la voix, amaigrissement.

Bo

À son entrée à l’hôpital, il a l'aspect d’un tuberculeux cachectique, voix éteinte, dyspnée intense, mais excelusivement inspiratoire, cornage trachéal. |

Quelques taches cuivrées, disséminées sur le corps.

La pression sur le côté droit de la trachée est douloureuse, on sent, en ce point, une tumeur qui se continue à la face

postérieure, Rien au cœur, pas d’albumine,

Traitement. — Huit grammes d'iodure. Frictions meércurielles.

La dyspnée augmente ainsi que le cornage. Accès asphy-

xiques paroxystiques. Mort.

Aultopsie. — Léger épanchement pleural. Noyaux de -broncho-pneumonie. Englobant toute la partie droite et postérieure de la trachée.est une tumeur volumineuse, oblongue dans le sens antéro-postérieur et vertical, ayant son plus grand diamètre dirigé de haut en bas et d'avant en arrière et mesurant 5 centimètres. Cette tumeur est aplatie sur la trachée : elle a une épaisseur de 2 centimètres ; elle est intimement unie aux tissus environnants et s’en laisse difficilement détacher. Très adhérente à la face latérale droite de la trachée par toute sa surface elle comprime très fortement toute la surface de celle-ci.

La tumeur se laisse difficilement détacher de la trachée, mais elle est surtout adhérente en deux points, dont l’un quadrangulaire à 1 em. 1/2 de long et autant de large et s'étend du deuxième ausixième anneau de la trachée, le second point d’adhérence à une forme arrondie. Une fois la tumeur détachée de la trachée, ces deux points présentet l'aspect d'ulcérations qui s'étendent en profondeur jusqu'aux

anneaux Cartilagineux. Dans ces deux ulcérations venaient

s'ouvrir deux foyers de ramollissement de la tumeur par lesquels elles avaient été creusées. La tumeur est formé d'un tissu d'apparence vitreux, résistant, présentant dans son épaisseur quelques noyaux plus durs.

Elle contient quatre ou cinq foyers de ramollissement renfermant une matièré caséeuse, semi-liquide; deux de ces foyer ramollis sont en contact avec la trachée. Cette tumeur englobe le récurrent droit ; en son voisinage on trouve trois autres ganglions hypertrophiés.

Le diamètre de la trachée, est fortement rétréci. A l'intérieur de la trachée on voit de nombreuses nodosités papillomateuses. Pas d’ulcération.

Foie: renferme une gomme très volumineuse.

Rate : hypertrophiée.

Anévrismes miliaires dans le lobe pariétal supérieur

gauche.

OBSERVATION III (Dieulafoy, Presse médicale, 30 juin 1910.) Médiastinite syphilitique

Le 11 avril 1910 entrait à l'Hôtel-Dieu, un homme de soixante-trois ans, couvreur de son métier. Depuis environ cinq mois s'étaient succédés une série de symptômes dont voici la description : le malade avait d’abord éprouvé une pesanteur de tête qui devint extrêmement pénible. Cette sensation de pesanteur était surtout accusée pendant le travail, alors quela tête était baissée, et au lit, à cause de la

position horizontale. A la même époque survint de l’écoule-

AT ur ment de larmes sur son visage et par les narines, surtout quand le malade se courbaït en avant. En même temps était survenue une diminution rapide de l'ouie et une dysphagie siintense que l'alimentation due être réduite à du lait. Au moindre effort le malade était essoufflé. La voix faiblissait et devenait rauque. En février 1910 survint un œdème qui atteignit en quelques jours la partie inférieure de la face, le cou et les membres supérieurs. Les bras et les avant-bras sout énormes, les mains sont épaisses. Au cou, à la poitrine, dans le dos et aux bras, on constate une forte circulation veineuse complémentaire. Les jugulaires externes forment des cordons flexueux très distendus. De chaque côté de l'abdomen est une arcade veineuse volumineuse, jetée entre les veines épigastriques, les intercostales et les mammaires internes. Le sens du courant sanguin se fait de haut en bas, de la veine cave supérieure vers la veine cave inférieure.

Rien au cœur ni à l'aorte; le rythme des pouls radiaux est régulier et synchrone. Le côté droit du thorax est moins sonore que le côté gauche, le murmure vésiculaire y est sensiblement affaibli. Pas de matité à la région interscapulaire. Pas de ganglions. La voix est rauque et bitonale ; à l'examen laryngoscopique, on voit que la corde vocale droite est paralysée, elle estimmobile, En palpantle larynx, les vibrations glottiques transmises aux doigts sont moindres du côté droit. Plusieurs examens radioscopiques n'avaient donné que des résultats sans importance.

Le malade niait formellement la syphilis, et ne portait aucun stigmate de syphilis ancienne ou récente. Faute de mieux, injections de cacodylate. Les symptômes empirent,

la situation devenait périlleuse. On commence le traitement

à spécifique le 27 mai. Tous les jours jusqu’au 11 juin on injecte

le biiodure aux doses croissantes de o 81. 01;:0 gr. OI, 0 gr. 02.

4 L'amélioration est notable, pesanteur de tête moindre, respiration plus aisée.

Au 14 juin, l'amélioration est incroyable et elle progresse de jour en jour. Au 3o juin, les œdèmes du cou et des bras ont disparu, liberté des mouvements. Le malade peut avaler

de gros morceaux de pain. Il n’est plus sourd. La voix est

normale. L'examen au laryngoscope montre que la corde vocale droite n’est plus paralysée. Les réseaux veineux du tronc et des bras sont très apparents. Le sommeil et l'appétit sont excellents. Le 11 juillet il quitte l'hôpital. Il revient quelques semaines plus tard en parfaite santé. Il a repris son travail et n’en éprouve aucune fatigue. « C'est comme

s’il n'avait jamais été malade. »

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