III. — Inconvénients de cette médication
Mais, de toutes ces préparations, aucune, comme nous venons de le voir, ne renferme la totalité des principes aclifs de l'opium. L'extrait d'opium lui-même, qui est la préparation pharmaceutique la plus rapprochée de l'opium lui-même, n'en renferme qu'un petit nombre, puisque c'est un extrait aqueux de cette drogue: de plus, aucune des préparations usitées, à part les alcaloïdes 1s0lés, ne peut être donnée par la voie hypodermique. D'autre part, la variabilité de la richesse en opium des capsules de pavot employées, variabilité tenant à leur origine, à leur maturité, ou à d’autres causes extrinsèques, ne peut donner au médecin la certitude que la préparalion qu'il emploie donnera tel ou tel résultat.
Ce sont là des inconvénients graves de la médication opiacée telle qu'on a coutume de l'employer; aussi, en outre des intoxications pouvant résulter des différences de concentration des différentes préparations employées, on se trouve fréquemment en présence de difficultés dans l'administration de la médication opiacée.
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Quels sont les inconvénients de cette médication telle qu'on l'emploie couramment ?
Voyons d'abord lintoxication par l'opium lui-même, intoxication survenant à la suite de l'usage de ce médicament, soit par suile d'une intolérance spéciale du malaue, soit à la suite Ge l'administration lrop prolongée de ce médicament ou d'une dose trop forte.
Les symptômes de cet empoisonnement sont les suivants : pesanteur de têle; vertiges: éblouissements; exallation des sens: augmentation de la chaleur, ainsi que de la force des pulsations cardiaques: sécheresse de la gorge et de la peau: nausées! vomissements: suspension des sécrétions, d'où constipation: enfin, un prurit très intense souvent accompagné d'éruptions papuleuses ou vésiculaires: puis, de l'assoupissement, que l’on peut même quelquelois observer dès le début, ou tout au moins d'une façon précoce: de la résolution musculaire: un état presque comateux, avec injection de la face, fixité du regard, resserrement plus ou moins accentué de la pupille.
D'autre part, la respiration devient assez facilement et rapidement stertoreuse, ce qui est dû à une contracture du diaphragme et des muscles du thorax. Des sueurs abondantes signalent généralement la période de retour, et la guérison s'accompagne du réveil progressif de la sensibilité et de l'intelligence: sinon, le malade passe insensiblement dans un coma de plus en plus profond et meurt.
Un assez grand nombre d'intoxications par l'opium doivent être mises à la charge, comme nous l'avons déjà dit, des capsules de pavot utilisées sous diverses formes,
et dont la richesse en opium est variable, suivant leur
2 906 degré de malurilé ou leur lieu d'origine. Leur emploi offre donc de grands inconvémients el parlois même de grands dangers, et, lorsqu'on se sert de capsules de pavols insuffisamment mûres, on peut observer des accidents plus ou moins graves, variant, d’ailleurs, à la fois suivant la toxicité des capsules de pavot elles-mêmes, et suivant leur mode d'utilisation, la dose employée, l’âge et la constituhion individuelle du sujet, sa tolérance particuhère, soit naturelle, soit résultant de l'habitude, et enfin suivant le mode d'absorption.
Mais, à côté de ces symptômes d'intolérance ou d'mloxication qui sont produits par l'opium lui-même, en dehors de l'empoisonnemeñt lent des mangeurs et fumeurs d'opium, qui ne nous intéressent pas ici, nous avons encore à nous occuper des intoxications par les alcaloïdes de l'opium employés isolément, et dont le principal est la morphine.
Après une injection sous-cutanée de un à deux centigrammes de morphine, le malade ressent d'abord une sensation de bien-être, une excitation générale: le cerveau est plus libre, le travail de tête semble plus facile, mais bientôt, comme une clarté, des lueurs fantastiques l'environnent. Une volonté insurmontable le fixe sur place: le moindre mouvement lui est pénible: interrogé, il répond en balbutiant: il est le jouet de visions agréables, aux contours indécis. Cette première période dure peu; bientôt, les paupières s'appesantissent; les membres sont dans l’immobilité; si l'on veut les soulever, l'effort semble s'épuiser avant même un commencement d'exéculion; le corps est d'une lourdeur de plomb; le malade s'endort. Son sommeil est, en apparence, normal, ainsi
que sa respiration el sa cireulalion. Si on l'appelle, il. répond par un murmure; une excilalion assez énergique est nécessaire pour provoquer une contraction, un mouvement des membres. Secoué fortement, appelé à haute voix, à peine entr'ouvre-l-1l ses paupières. Ainsi se prolonge la situation jusqu'au moment du réveil.
La dose a-t-elle été un peu plus forte, double, triple, la scène est autre, car, bientôt, quelques mouvements désordonnés de la paroi abdominale indiquent qu'un vomissement se prépare. Le visage pàlit, la sueur perle au front, un resserrement violent se produit à la gorge: le vomissement éclate, les matières gastriques se précipitent hors de la bouche, puis S'écoulent par la commissure labiale : entr'ouverle du côté où la tête est inclinée.
La dose a-t-elle encore été plus considérable, ce sont alors les scènes d'un véritable empoisonnement, se terminant par la mort, qui vont se succéder; toute la surface du corps est glacée, la température rectale au-dessous de l'ordinaire, les pupilles, très rétrécies, Jusqu'à la dimension d'une tête d'épingle, sont immobiles, la respiralion est rare, lente, devient de plus en plus superficielle, à peine visible. Le pouls est irrégulier, bat trente ou quarante fois par minute, finit par se perdre. Les bruits du cœur sont mal frappés. Le visage et les mains sont cyanosés, les réflexes n'existent plus. Le corps est immobile comme un cadavre, n'obéissant plus qu'aux lois de la pesanteur. Les bronches s'emplissent de mucus, par absence des secousses expultrices de la toux, les râles sont de plus en plus nombreux el bruyants, l'échange gazeux tombe au minimum, la cyanose s'élève au maximum: la
circufation et la respiration s'arrêtent; la mort arrive.
Des convulsions l'ont parfois précédée, rarement néanmoins; quelque chargé d'acide carbonique que soit le sang, les convulsions de l'asphyxie sont, en effet, 1mpossibles, parce que les centres moteurs sont paralysés.
Voici donc comme trois degrés dans l'action de Ia morphine sur l'organisme. Dans le premier cas, la dose de morphine ayant été physiologique, thérapeutique, les centres cérébraux de la sensibihté consciente et des mouvements volontaires sont paralysés: il y a production d'un sommeil presque normal, qui cesse avec l'épuisement d'action de la morphine et son élimination. Dans le deuxième degré, la dose a été toxique, pas assez cependant pour paralyser les moyens de défense de l'organisme qui, par le vomissement, se débarrasse du poison. Mais, dans le troisième degré, l'excitation réflexe de la moelle se paralyse, et la paralysie s'étend aux centres bulbaires des mouvements respiratoires et cardiaques.
À côté de ces trois degrés dans l’action de Ia morphine sur Forganisme, nous avons l'intoxication lente, chronique, par l'usage de ce médicament, où morphinomanie. i
On peut ranger les causes de la morphinomanie sous trois chefs :
La douleur que l'on veut éviter:
Le chagrin que l'on veut oublier;
La volupté que l'on recherche.
L'abus de la morphine reconnaît deux origines : l’une, thérapeutique; l’autre, passionnelle.
Dans le premier cas, c’est un malade qui, en proie à
des douleurs, a bénéficié des effets de l'alcaloïde. La négligence du médecin qui lui abandonne l'ordonnance, et lui laisse le soin de pratiquer ses injections, la complicué du pharmacien, qui continue à délivrer le poison, lont le reste. La morphine devient rapidement nécessaire, le morphinisme est constitué.
Dans d'autres cas, c'est une curiosité malsaine, le désir d'éprouver les sensations voluplueuses que l'opinion publique, aidée d'une certaine littérature, range, en les exagérant, parmi les effets de l'opium: artistes, médecins, hommes de lettres, intellectuels, officiers, qui demandent à la morphine un surcroît d'activité intellectuelle ou physique: femmes hystériques qui réclament des sensations nouvelles: telle est la condition de la plupart des morphinomanes passionnels.
De plus, malheureusement, de même que pour toutes les excitations factices, Faccoutumance,. l’atténuation de l'impressionabilité et la dépression qui suit nécessairement l'excitation, obligent bientôt à augmenter les doses, et il est bien difficile de ne pas tomber, soit brusquement, soit insensiblement, dans l'abus. Il existe une ivrognerie de morphine, comme il existe une ivrognerie d'alcool, de haschich, de café ou de tabac; mais le besoin du calé et surtout du tabac est presque exclusivement moral, je dirais volontiers d'ordre psychique, suggestif: landis que le besoin de morphine devient bientôt comme celui de l'alcool ou du haschich, d’ailleurs, un impérieux besoin physique, doublé, en quelque sorte, d'un besoin psychique non moins instant.
Ce qui rend l'habitude de la morphine mauvaise el pernicieuse au plus haut point, c'est la Evrannie avec Ta-