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CHAPITRE V

^ L’éducation des fonctions motrices. — L’éducation des fonctions

orf'aniques.

Parmi les effets thérapeutiques de l’exercice, il en est toute une catégorie qui ne se traduisent pas par un changement apparent dans la conformation extérieure des organes, pas plus que dans la structure intime des tissus, ni dans la composition chimique des humeurs et du sang. Ces résultats, qui ne sont pas les moindres bénéfices de l’exercice, semblent dus uniquement à l’amélioration des fonctions organiques, en dehors de toute modification appréciable des appareils qui président à ces fonctions.

L’être vivant, par le fait même du fonctionnement répété des organes, acquiert une certaine aptitude à les faire fonctionner mieux ; aptitude qu’on ne saurait comparer autrement qu’à celle d’un ouvrier attentif à se perfectionner chaque jour dans le maniement de ses instruments de travail. L’ouvrier, sans rien changer à la forme de ses outils, peut arriver, par l’apprentissage, à exécuter un travail de jour en jour plus parfait. Et de même, l’homme arrive, par l’exercice, à obtenir de ses organes un fonctionnement plus facile et plus régulier,.

C’est ce perfectionnement progressif apporté par l’exercice dans les aptitudes fonctionnelles de l’homme, sans qu on puisse constater aucune modification matérielle des organes, que nous appelons éducation.

Dans l’cvolulion naturelle de l’être, l’éducation des organes SC, fait spontanément,, par le fait même de leur lonctionnc

112 LES EFFETS THÊUÂPEUTIQUES DE L’EXEUCICE.

ment répété. Plus l’bomme ou l’animal trouvent dans le milieu où ils vivent de diflicultés matérielles à vaincre, plus l’éducation des organes est parfaite. L’animal et l’homme sauvage présentent les types les plus parfaits de l’éducation physique. Mais déjà l’état de civilisation, et les vices hygiéniques qui en sont la conséquence nécessaire, tendent à diminuer les perfections des fonctions vitales, et exigent qu’on recherche pour l’enfant des procédés méthodiques d’éducation physique. Dans l’état de maladie, les entraves apportées au fonctionnement des organes sont bien autrement graves, et l’indication se présente avec urgence de faire subir aux organes une éducation méthodique pour leur rendre leurs aptitudes perdues.

On pourrait objecter que la perte des aptitudes coïncide toujours, après une maladie, avec la déchéance des organes et qu’un convalescent, par exemple, a besoin de refaire ses muscles autant que d’apprendre à les faire fonctionner. Mais d'abord si les deux résultats de l’exercice semblent se confondre dans la pratique, il n’en faut pas moins les dissocier par la pensée, quand on veut avoir une notion complète des effets de l’exercice. En outre, il est nombre de cas où ces deux éléments deviennent nettement distincts, et c’est ce qui rend nécessaire en pratique leur élude séparée. Si, le plus souvent, l’exercice vise à réparer les organes, à régulariser les actes chimiques qui président à la nutrition des tissus, il est nombre de cas où ses résultats matériels sont insaisissables, et, du reste, semblent tout à fait superlïus, tandis que ses efl’els « éducatifs » sont aussi évidents que l’indication en était urgente.

L’éducation des fonctions motrices.

Le plus souvent la diminution d'aptitude fonctionnelle s(; confond avec la lésion qui entrave la fotjclion ou avec les

troubles locaux de la nutrition qui affaiblissent l’organe. Par exemple, à la suite d’une arthrite du genou, la marche est rendue difficile par la raideur de la jointure et par l’atrophie des muscles. Ce sont là les causes principales de la perte de fonction des membres, mais ce ne sont pas les seules. Il existe en outre un trouble purement fonctionnel que nous n’apercevons pas tout d’abord, masqué qu’il est parles éléments plus matériels de la maladie. Ce trouble fonctionnel consiste essentiellement en ce que nous avons désappris à nous servir de nos muscles. La volonté ne sait plus les faire obéir et ils ont besoin d’une « éducation « nouvelle.

Ce n’est pas que le muscle ait perdu la propriété de se contracter. On sait que les muscles engourdis par l’inaction au point de paraître atteints de paralysie, se contractent encore aisément sous l’influence de l’électricité. Dans nombre de cas, l’impuissance ou l’insuffisance d’un muscle vient moins de son atrophie, de sa faiblesse véritable, que d’un trouble purement fonctionnel caractérisé par son défaut d’innervation. Il semble que le centre nerveux qui lui commande ne sait plus lui envoyer l’influx nécessaire pour le mettre en action. Le muscle est comme oublié. Une véritable éducation est alors nécessaire pour remettre l’organe du mouvement en rapport avec- la cellule nerveuse d’où il tire son action, et cette éducation ne peut se faire que par l’exercice.

L’appareil visuel va nous fournir un exemple frappant des troubles purement fonctionnels que nous cherchons à préciser ici. Les muscles de l’œil sont entre eux dans un antagonisme bien pondère, qui fait que leur action réciproque s’éipiilibre et a pour résultante la direction parfaitement régulièie de l axe oculaire. Qu un de ces museles vienne à faiblir et aussitôt l’œil est entraîné dans une direction op[)Osée par le muscle antagonisme, dont l’action devient prépondérante. Le strabisme se produit.

L/VGrange. — Méd. par l’exerc.

Ui LES EFFETS THÉUAPEUTIQIIES DE L’EXERCICE.

Le strabisme est loin de résulter toujours d’une paralysie musculaire, et dans la majorité des cas, le muscle qui cesse d’intervenir n’est ni atrophié ni malade, mais seulement privé de sa dose normale d’influx nerveux.

Rien ne peut mieux faire comprendre le rôle de ce que nous appelons V « éducation » en thérapeutique, que l’e.xposé sommaire du traitement du strabisme, tel que nous le trouvons exposé dans un travail du D'’ Javal, paru dans les Annales d’oculistique.

On y voit l’exercice venir lutter par une éducation méthodique contre une sorte d’éducation à rebours résultant d’habitudes spontanées.

Supposons un strabisme convergent, dû à un incident pathologique quelconque qui aurait affaibli et « parésié » le muscle droit externe qui porte l’œil en dehors. L’œil va se dévier en dedans, et par suite du défaut de symétrie des points de la rétine impressionnés par l’image visuelle, il va se produire une diplopie. Le sujet verra double. Mais pour se soustraire à ce désagrément il va chercher à donner à l’œil dévié une direction telle qu’il ne voie plus la double image. Et il ne peut obtenir ce résultat qu’en exagérant inconsciemment son strabisme, ce qui aura pour résultat, en déviant de plus en plus l’acte visuel, de faire tomber l’image de l’objet regardé sur un point de l’œil dévié où elle ne sera plus perçue, car on sait qu’il est des régions de la rétine où l’image n’est plus perçue.

Si, à ce moment, le médecin intervient, il aura à lutter non seulement contre le strabisme qu’on pourrait appeler « légitime », c’est-à-dire contre ce degré de déviation qui résulte de la maladie môme, mais contre l’exagération du strabisme due aux habitudes contractées. Il devra donc commencer par donner aux muscles de l’œil une éducation en sens inverse de celle qui a fait disparaître la diplopie. Par une série d’e.xercices de fi.xalion du regard, dont l’e.x-

posé nous entraînerait trop loin, l’œil dévié sera ramené peu à peu à ce degré moindre de déviation où le malade pourrait mais ne sait plus le maintenir. La première étape de cette éducation thérapeutique sera le retour de la diplopie. Le malade, après avoir appris à exagérer son strabisme pour ne plus voir la double image, devra s’exercer à voir de nouveau les objets doubles, résultat qui sera la preuve que la déviation est revenue à son angle primitif. Puis on continuera les exercices dans le but, cette fois, de faire non plus l’éducation, mais X entraînement du muscle parésié, c’està-dire de lui rendre une énergie suffisante pour maintenir le globe oculaire dans une attitude correcte et faire ainsi disparaître la déviation en même temps que la diplopie qui en est la conséquence.

On a combattu, en orthopédie, l’opinion des partisans de la gymnastique, qui se basent sur l’atrophie d’un groupe de muscles pour expliquer les déviations du tronc ou des membres par 1 action prépondérante du groupe musculaire opposé, et qui cherchent à y porter remède en exerçant le groupe qu ils croient affaibli. Suivant quelques auteurs la scoliose, par exemple, ne serait pas « musculaire », mais toujours osseuse ou ligamenteuse, parce qu’à l’autopsie on ne trouve pas d’atrophie des muscles. Mais il n’est pas nécessaire de constater l’inégalité de développement des muscles pour admettre une rupture d’équilibre dans l’action

respective de leurs forces. Des troubles fonctionnels suffisent.

Que par suite d une attitude vicieuse souvent reproduite, un groupe musculaire prenne l’habitude de ne pas intervenir dans un mouvement, et, au bout d’un certain temps, le mouvement s’exécutera sans lui et sera incorrect. Lé centre nerveux qui commande ce muscle va « oublier »,téi 1 on peut ainsi dire, de lui envoyer l’indiix nécessaire et les choses se passeront comme si ce groupe n’existait pas. Des

procédais nouveaux interviendront alors pour l’exécution de l’acte cherché, et celui-ci sera irrégulier, vicieux. C’est ainsi, par exemple, que l’habitude s’établira de chercher l’attitude debout sans faire donner aux extenseurs des vertèbres tout l’eftort nécessaire, d’où l’attitude du dos voûté ou cyphose. Ou bien le sujet négligera de mettre en œuvre avec une énergie suffisante un des groupes latéraux des muscles qui meuvent les vertèbres, et cherchera l’équilibre du corps dans des inflexions de la colonne dorsale et lombaire qui aboutiront à la déviation latérale ou scoliose et aux courbures qu’on a appelées « compensatrices ».

Si donc les muscles ne sont pas atrophiés dans la cyphose et la scoliose, si la gymnastique est superflue au point de vue de leur développement, l’exercice est nécessaire pour refaire leur éducation, c’est-à-dire pour leur rendre l’habitude qu’ils ont perdue de donner toute la force nécessaire à la correction du maintien. Nous verrons plus loin que beaucoup des procédés de traitement des déviations vertébrales ne tendent, en réalité, qu’à faire l’éducation de la tenue.

Il est des cas où l’importance du trouble fonctionnel est bien plus évidente que dans ceux que nous venons de citer. C’est celui où la fonction motrice est troublée non plus dans l’énergie du mouvement, mais dans sa coordination. Dans la chorée, par exemple, aucun trouble de nutrition n’a pu être constaté dans les muscles pas plus que dans le système nerveux, et l’on sait quel désordre et quelle incohérence on observe dans tous les mouvements des choréiques. On comprend que les mouvements employés comme traitement en pareil cas ne viseront pas à développer ou à fortifier les. muscles, mais à les discipliner, à les rendre dociles à la volonté, en un mot à faire leur éducation.

L’éducation des fonctions organiques.

Si, du système musculaire nous passons aux grands appareils organiques, nous allons rencontrer de fréquents exemples de troubles fonctionnëls ou 1 exercice peut intervenir utilement non plus comme modificateur de la nutrition, mais , comme agent d’éducation.

L’appareil respiratoire est celui de tous les appareils de l’économie où se fait le plus clairement remarquer l’influence de l’éducation, par accoutumance, celui où s’observe le plus nettement son double effet qui est à la fois actif et passif.

L exercice augmente l’amplitude des mouvements respiratoire^ C’est là son effet actif.

On a constaté une augmentation de l’aptitude respiratoire tout à fait en disproportion avec l’accroissement réel que peut prendre le poumon chez l’homme entraîné. Chez les jeunes sujets, à la suite des exercices d’entraînement, il y a bien accroissement réel du thorax, mais non pas tel qu’il puisse expliquer l’augmentation surprenante de l’amplitude des respirations. En pareil cas, la capacité du poumon est surtout mieux utilisée, en ce sens que toutes les cellules prennent part à la respiration , alors que chez l’homme non entraîné une grande partie de ces cellules restaient inactives, « oubliant » de respirer.

^ En outre de ce résultat qui accroil la puissance du poumon d’une manière active, fe-xercice augmente l’endurance de cet organe pour les causes qui pourraient troubler son fonctionnement, cl c’est là le ré.sultal de l’accoutumance que nous appelons passif. On comprend combien \' endurance est une qualité utde pour permettre à un organe de résister aux sensations plus ou moins vives qui pourraient troubler son jeu. Pour le poumon trop « impressionnable » les

causes d'irriLation, soit directes, soit indirectes, se traduisent par des irrégularités de fonctionnement qui s’appellent l’essouiflenient, la toux, les suffocations. Ces actes entravent plus ou moins la fonction et peuvent même causer préjudice à l’organe.

' Pour montrer l’influence de l’éducation sur l’endurance de l’organe respiratoire, prenons l’acte le plus vulgaire, parmi les troubles fonctionnels du poumon, la toux. La toux est un phénomène utile à l’expulsion des crachats, et se produit par un acte réflexe que suscite l’irritation de la muqueuse bronchique au contact des crachats. Mais à côté de son utilité, la toux présente parfois de sérieux inconvénients, en provoquant les secousses violentes du poumon, d’où rupture de petits vaisseaux, hémoptysies, vomissements, agitation, insomnie, etc. Beaucoup de malades prennent l’habitude de tousser sans avoir aucun crachat à expulser, et sous l’influence de la moindre sensation qui peut leur venir de la muqueuse bronchique. On a imaginé de combattre par l’éducation ces quintes de toux dites A d’irritation » qui n’ont pas d’effet utile et qui ne sont pas sans danger, et on a obtenu chez les bronchitiques de merveilleux résultats, en leur faisant comprendre combien il importe de supprimer les réflexes, auxquels ils cèdent trop facilement. En s’efforçant de résister aux sensations de picotement, de chatouillement qui sollicitent le réflexe de la toux, ils s’accoutument à supprimer la plus grande partie de leurs quintes. Au sanatorium de Falkenstein les tuberculeux sont soumis à cette éducation autailt, morale que physique, et le visiteur est surpris, s’il assiste au repas des pensionnaires, de n’entendre jamais tousser, bien qu il soit entouré d’une centaine de tuberculeux atteints des plus graves lésions bronchiiiues.

11 en est de rcssOuCncment comme? de la lonx, et dans la même mesure. L’accoutumance diminue dans de nolables

DE L’ÉDUCATION EN THÉRAPEUTIQUE. ll'J.

proportions la tendance des mouvements du poumon à s accélérer à l’extrême au moindre sentiment de gêne dans la respiration. En s habituant progressivement à résister au léflexe qui tend à afloler le poumon, le coureur ou l’alpiniste arrivent à acquérir ce rythme lent et régulier de la respiration, qui permet à l’hématose de se faire même au, milieu des efforts musculaires les plus violents.

Il est question ici de malades, et non d’athlètes, mais les lois physiologiques de l’entraînement sont les mêmes dans la thérapeutique que dans le sport. C’est en accoutumant pror gressivement le poumon à un fonctionnement de plus en plus actif, qu on fait l’éducation de la respiration, aussi bien chez le malade que chez le coureur ou le rameur. 11 n’y a qu’une différence de degré.

11 est important, après 1 immobilité d’une longue maladie, d avoir recours à des exercices méthodiques pour rendre au poumon l’activité et l’endurance qu’il a perdues. Beaucoup de convalescents ne savent plus respirer, et leurs poumons ne mettent plus en jeu qu’une faible proportion de leurs cellules, laissant les autres s’affaisser, s’aplatir sans que l’air vienne les visiter.il importe pourtant au plus haut degré de hâter chez ces sujets le retour aux conditions normales de l’hématose et de faire arriver dans l’appareil respiratoire la plus grande quantité possible d’oxygène. C’est ce que peut faire l’exercice méthodiquement appliqué.

L’éducation méthodique de la respiration est surtout nécessaire à la suite des maladies qui ont atteint le poumon la plèvre, les bronches. La respiration est quelquefois entravée par un obstacle matériel tel que les adhérences fibreuses, après la pleurésie, ou bien l’oblitération des bronches par des crachats, des exsudats fibrineux, etc. Dans ce cas les exercices qui mettent en jeu le poumon ont surtout pour but de lutter eontre ees obstacles matériels et l’on vise plutôt l’organe lui-méme que la fonction proprement dite. Mais,

même alors que toute lésion matérielle a disparu, l’appareil ne reprend pas, aussitôt libre, son fonctionnement primitif. 11 lui reste une certaine maladresse qui entrave l’exécution du mouvement et une impressionnabilité exagérée qui provoque aisément des désordres réflexes, de l’essoufflement ou de la toux.

Tout le monde a remarqué combien l’appareil respiratoire est impressionnable chez le convalescent; au moindre effort qui augmente le besoin de respirer, on voit des mouvements précipités soulever sa poitrine, et l’essoufflement se produire. Il faut alors refaire en quelque sorte l’éducation des mouvements respiratoires : le poumon doit de nouveau apprendre à respirer, comme parfois chez les mêmes sujets les Jambes doivent de nouveau apprendre à marcher. Mais il y va de soi que de tels apprentissages doivent se faire avec prudence, en suivant une progression méthodique. Nous verrons, du reste, combien est varié le formulaire des exercices qui mettent en jeu le poumon, et combien il est facile d’y trouver une série de mouvements de gradation parfaitement ménagée, depuis les mouvements respiratoires passifs jusqu’à la marche ascensionnelle et à la course.

Le cœur, aussi bien que le poumon, subit par l’exercice une véritable éducation qui en perfectionne le fonctionnement. Dans bien des cas où l’on ne peut invoquer une modification quelconque de la nutrition de 1 organe, on observe, par l’effet de l’accoutumance, la disparition de certains troubles morbides et la régularisation de la circu-i lation sanguine.

Nous savons bien que le cœur acquiert en travaillant une structure plus favorable au travail, qu’il se dépouille de sa graisse, que ses fibres deviennent plus volumineuses et plus fermes. Mais outre ces changements matériels, il acquiert des aptitudes fonctionnelles iilus parfaites qui sont parfois les\é-

ritables facteurs de ces améliorations rapides signalées chez les cardiaques à la suite de l’exercice méthodique, et qu’on ne peut pas toujours expliquer, il laut bien le reconnaître, par des améliorations appréciables dans l’état organique du cœur. Par l’éffet de l’accoutumance, on voit, chez la plupart des sujets, te cœur perdre cette impressionnabilité excessive qui le mettait en émoi au moindre changement dans la tension des artères ou dans la température du sang. Les mêmes mouvements qui semblaient affoler l’appareil circulatoire d’un homme demeuré trop longtemps inactif et y déterminaient de violentes palpitations, vont laisser le cœur calme et imperturbable chez celui qui a l’habitude des exercices violents.

On ne remarque pas assez combien est parfois rapide le perfectionnement fonctionnel du cœur et du poumon, organes si intimement associés dans leur fonctionnement, et dont les troubles simultanés aboutissent à cet état si caractéristique appelé « essoufflement «.Une dame âgée, accoutumée à vivre constamment dans son fauteuil de valétudinaire, consentit sur nos instances à sortir de son immobilité et à monter quelques marches d’escalier ; avant d’atteindre le dixième elle dut s’arrêter suffoquée, en proie à de violentes palpitations, bien qu’elle n’eût aucune affection cardiaque. Le lendemain et les jours suivants l’exercice fut repris et l’ascension progressivement augmentée. Les malaises de la respiration s’atténuèrent bientôt, et l’éducation du cœur et du poumon progressa avec une telle rapidité, qu’au bout de huit jours trois étages purent être gravis sans essoufflement.

L’éducation des organes est d’ordinaire spontanée et inconsciente. Sous l’influence de l’exercice, il se fait une adaptation progressive de la fonction aux conditions dans lesquelles 1 organe doit fonctionner. Toutefois, pour les organes soumis à la volonté, les résultats sont beaucoup plus

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prompts et plus complets quand l’exercice est dirigé suivant i une méthode rationnelle, et qu’on donne aux mouvements la forme la plus propre à atteindre le but visé.

Les elîéts de l’éducation méthodique sont très remarquables quand il s’agit du poumon, dont le fonctionnement peut être, dans une grande mesure, réglé par la volonté. On sait combien les méthodes de chant sont utiles pour perfectionner les mouvements respiratoires au point de vue spécial de l’émission du son. En thérapeutique on peut faire intervenir aussi des principes méthodiques pour modifier utilement la forme ou le rythme de la respiration. Beaucoup de sujets, par exemple, gagneront à s’exercer à la respiration nasale, au lieu de se laisser aller à respirer toujours par la bouche. La respiration buccale est quelquefois rendue obligatoire par un obstacle à l’entrée de l’air dans les fosses naso-pharyngiennes, mais, plus fréquemment, elle est le résultat d’une mauvaise habitude et persiste par accoutumance après la disparition des causes matérielles qui l’avaient provoquée.

Dans les maladies caractérisées par une gène persistante de la respiration, l’éducation respiratoire des mouvements peut avoir d’excellents résultats, en créant volontairement des habitudes qui puissent lutter avantageusement contre les formes anormales de fonctionnement du poumon. — ün de nos malades, asthmatique par emphysème pulmonaire, ayant remarqué que son oppression était due surtout à l’insuffisance de l’expiration, s’était appliqué à prolonger volontairement le mouvement d’abaissement des côtes. 11 avait acquis ainsi une aptitude particulière qui lui permettait de lutter dans une certaine mesure contre sa crise d’oppresSion et de diminuer de beaucoup la gène respiratoire. ■Il avait fait l’éducation de son appareil pulmonaire, cl était parvenu à en obtenir un meilleur service, sans i}uc son état Tnatériel eût subi aucune amélioration appréciable.

■ L’éducation fonctionnelle des organes est une dernière ressource qui ne fait presque jamais défaut dans la thérapeutique par l’exercice, et dont on retire souvent des bénéfices inattendus.

Grâce à l’éducation qui résulte de l’accoutumance, on voit tous les jours des organes atteints de lésions graves qui ne permettent pas de les refaire par l’exercice, acquérir, en fonctionnant, un accroissement d’aptitude fonctionnelle qui donne l’illusion d’une amélioration organique, et qui en donne jusqu’à un certain point le bénéfice. C’est la dure éducation imposée par le besoin de gagner leur vie qui permet à certains hommes du peuple atteints de lésions irrémédiables du cœur, de supporter pendant un temps dont la durée nous étonne des fatigues auxquelles ne pourraient résister, avec une lésion pareille, des hommes accoutumés à se ménager.

Dans bien des cas où un organe malade était définitivement détruit, on a pu suppléer à son absence en faisant, consciemment ou non, l’éducation d’un autre organe similaire et en l’accoutumant à suppléer l’organe détruit. C’est ainsi qu’en s’exerçant à la marche, des enfants atteints de paralysie infantile remplacent par des groupes musculaires voisins les muscles détruits par la lésion des centres nerveux, et arrivent à se créer un mode de locomotion qui nécessite, si l’on veut, des attitudes très incorrectes, mais qui, au total, leur permet de marcher.

Le plus curieux peut-être des résultats dus à l’éducation fonctionnelle, je veux dire aux efforts continuels pour faire fonctionner un organe, c’est l’acquisition d’une aptitude qui ne semblait pas être naturellement dévolue à cet organe. Ainsi la faculté du langage a pour instrument habituel le lobe gauche du cerveau, et pourtant cette faculté, d’abord abolie par destruction du cerveau gauche, a pu se développer dans le lobe droit ainsi que l’ont prouvé un certain

124 les effets thérapeutiques de L’EXERCICE.

nombre d’autopsies. L’on a vu des malades atteints d’apliasie complète par destruction du cerveau gauche recouvrer, au bout d’un certain nombre d’années, la parole, comme si l’organe détruit s’était réparé. Mais, après la mort, l’examen anatomique du cerveau a montré que le lobe détruit avait définitivement disparu. Le lobe resté sain, à la suite d’efforts répétés, avait réussi à suppléer l’autre, et le malade était parvenu par l’exercice à parler avec son cerveau droit (1).

Les modifications purement fonctionnelles dues à l’exercice et à l’accoutumance ne peuvent s’expliquer, dans l’état actuel de la science, que par l’action des centres nerveux.

Nous donnons le nom d’« éducation » au processus suivant lequel se font ces changements si importants, parce qu’ils impliquent une influence exerc ’^ sur les appareils organiques par des organes supérieurs qui commandent leur fonctionnement, le règlent et le coordonnent. Ces organes sont le cerveau, la moelle et le grand sympathique.

Pour ceux qui pensent qu’il ne peut y avoir modification de fonction sans modification d’organe, ce que nous appelons éducation ne serait qu’un perfectionnement matériel, une modification passée jusqu’à présent inaperçue et qu’on pourra découvrir un jour. Pour la clarté de cette étude, nous ne gagnerions pas grand’chose à discuter cette question, tout à fait insoluble pour le moment par des arguments scientifiques. En tous cas, s’il y a modification d’un organe dans les résultats de l’exercice que nous appelons « éducation », cette modification doit porter sur le système nerveux, centre des mouvements des sensations et des fonctions organiques.

Ce sont les cellules nerveuses du cerveau, de la moelle épinière et du grand sympathique qui reçoivent les impres-

(i) Hrown-Séqiiard, Cours du Collège de France.

DE L’ÉDUCATION EN THÉRAPEUTIQUE. Uiü

sions répétées d’où résulte raccoutumance, et qui acquièrent, par suite, cet ensemble d’aptitudes perfectionnées, cette « éducation » d’où peuvent dériver de si utiles effets thérapeutiques.

11 est facile de conclure de là que les perfectionnements fonctionnels dus à l’exercice devront faire sentir fréquemment leurs effets utiles dans les maladies du système nerveux. Et, en effet, nous verrons, en parlant du traitement des affections nerveuses, combien fréquemment il y a lieu de demander à l’exercice la guérison ou l’amélioration des troubles de la sensibilité et de la motilité, et même de bien des troubles psychiques. Nous verrons aussi que, presque toujours, dans ces maladies, l’exercice vise plutôt les facultés de coordination que les fonctions de nutrition, et a pour but moins de fortifier les organes que de faire leur « éducation ».

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