GRAPIIIOUES DE LA FATIGUE ET DE L’ENTRAINEMENT
sentation graphique des phénomènes chimiques dus au travail musculaire.
La figure 6 représente trois graphiques superposés.
l'i«. G. Graplii()ucs iirinaiivs du la faliguu uL du ruiUraîiiemenl,.
Ce mode de présentation a l’avantage de permettre une comparaison rapide qui dévoile au premier coup d’œil les variations survenues dans la composition des urines dont ils résument l’analyse.
Le gros trait horizontal, placé vers le tiers inférieur du tableau, représente le graphique idéal, qui serait normal pour le sujet examiné; la ligne brisée inscrite par le trait plein le plus fin représente le graphique réel du sujet examiné, c’est-à-dire le résumé de la composition de l’urine, avec les variations qui sont dues à l’individualité de son tempérament. On voit que, par la plupart des points, l’analyse de ce sujet s’écarte très notablement de la normale. Le degré d’acidité de l’urine est à la normale comme 190 est à 100, tandis que la dose des éléments fixes, — qui sont les « cendres » des combustions vitales — est à la normale comme 70 est à 100.
C’est à dessein que nous avons choisi un sujet de tempérament anormal, dont la nutrition se fait suivant un mode particulier qui est caractéristique de la diathèse arthritique, parce qu’il sera intéressant de noter les variations qui vont résulter dans son graphique des différentes phases de l’exercice musculaire.
Le tracé 1 (trait plein le plus fin) restant comme terme do comparaison, nous soumettons le sujet, sans entrainement préalable, à un exercice violent : soit un exercice d’aviron de deux heures de durée, avec vitesse suffisante pour produire au retour une sentation très accentuée de fatigue. A la fin de l’exercice l’urine est recueillie pendant vingt-quatre heures, puis analysée, et le graphique résumant l’analyse est inscrit sur le même tableau que le premier tracé, auquel on le superpose pour permettre une comparaison plus facile (voir le tracé n“ 2, ligne ponctuée).
Le rapprochement de ces deux graphiques est très frappant et infiniment plus suggestif que ne saurait l’être la comparaison successive des dilférents chiffres obtenus par l’analyse, — comparaison qui demanderait un travail de réflexion assez soutenu, alors (jue la conclusion, résidtant de la juxtaposition des deux graphi(iues, s’impose à
GüAPiriOUES Df] ].A FATIGUE ET DE L’EMTlAllN'EMENT. 107
première vue. Du premier coup d’œil, on conslale une augmentation énorme du degré d’acidité. L’angle de la brisure qui correspond à la colonne acidité s’élève tcaacoup plus liant que les dernières limites du tableau : on n’avait pas prévu une variation aussi considérable ! A côté de cette énorme augmentation des produits acides pris dans leur ensemble, on voit que l’ensemble des éléments fixes n’a pas très considérablement varié. Ce fait serait surprenant après l’augmentation ^es combustions que produit le travail, si on ne savait pas que les produits de combustion qui résultent de l’exercice musculaire sont loin de s’éliminer tous par le rein, l’acide carbonique exhalé par le poumon représentant la majeure partie de ces déchets.
Si nous continuons la comparaison des deux graphiques, nous voyons qu’en plus des composés acides un seul produit a augmenté; et ce produit, qui est azoté, n’est pas l’urée, comme certains auteurs 1 avaient dit, mais la créatinine^ produit très proche de l’acide urique et représentant comme ce dernier de l’azote incomplètement oxydé. Dans le graphique que nous étudions, l’acide urique n’est pas augmenté. Il nous est arrivé, au cours des nombreuses analyses que M. Gautrelet a bien voulu faire pour nous, de rencontrer souvent une augmentation très notable de l’acide urique, et alors l’augmentation de la créatinine était moindre. On peut dire que la variation de ces deux produits a la même signification en urologie, l’augmentation de l’un aussi bien que de 1 autre dévoilant la tendance de l’organisme à utiliser moins son oxygène et à oxyder moins son azote.
En résumé, pour l’observateur familier avec le graphique, la courbe de la fatigue indique au premier coup d’œil, par comparaison avec la courbe de l’état de repos, l’augmentation considérable des produits acides (qui sont des composés hydrocarbonés incomplètement oxydés) et l’augmen-
i08 LES EFFETS TilÉRAPElJTIOUES DE L’EXERCICE.
talion (les produits azotés de combustion incomplète; ce qu’on peut exprimer d’un mot en disant que la fatigue produit du coefficient d' oxydation. Or nous ver-
rons que c est là, justement, la caractéristique urologique de la nutrition ralentie ou de la diathèse arthritique, à laquelle se rattachent la goutte, la gravelle, le diabète, etc.
La superposition des graphiques 1 et 2 fait donc ressortir d’une manière frappante la contre-indication de la fatigue dans toutes le^- maladies à oxydation ralentie. On voit, au premier coup d’œil, combien les écarts très caractéristiques de la courbe, qui décèlent la diathèse arthritique dans le
premier tracé, sont augmentés dans le second; d’où la conclusion qui s’impose immédiatement à l’esprit que les conditions auxquelles le second tracé se rattache, peuvent exagérer d’une façon dangereuse les troubles de la nutrition dévoilés par le premier.
Et, en ertct, nous le verrons au chapitre des Maladies de la nutrition, toutes les manifestations de l’arthritisme sont aggravées par la fatigue.
Mais l’étude du troisième tracé (voir le tracé n“ 3 à gros trait plein), va nous montrer que cette aggravation n’est que momentanée, et que la persistance de l’exercice musculaire, loin d'exagérer les premiers troubles de nutrition causés par le travail, modifie, au contraire, les troubles caractéristiques observés chez le sujet arthritique, au point de faire disparaître de sa courbe urologique les écarts qu’elle présentait même à l’état de repos, et qui sont comme les « stigmates » de sa diathèse. La courbe de l’arthritique, arrivé à l’état d’entrainement, ne présente plus les écarts qui caractérisent le ralentissement des échanges et l’abaissement du coefficient d’oxydation de l’urine. On voit sur la figure (tracé n“ 3) ((ue le degré de l’acidité totale, loin d’ètre augmenté, s’est si notablement abaissé qu’il est devenu inférieur, non seulement au degn* (pie présentait notre sujet
(’.IÎAPIIIQLES DE l.A FATIGUE ET DE LEi\TlU\IAEMENT. lOU
à l’élat de repos, mais encore au degré qui serait « normal » pour lui s'il n’était pas artliritique. Le sujet qui était très hyperacidc tend à devenir hypoacide. De plus la dose des éléments lixes de l’iirine pris dans leur ensemble se trouve considérablement augmentée.
Au total la comparaison des trois courbes prises sur un même sujet de tempérament arthritique nous a démontré que, chez lui, la fatigue exagère les troubles de la nutrition dans le même sens que l’arthritisme, et favorise par conséquent la genèse de toutes les manifestations morbides et de toutes les complications qu’on peut redouter chez les sujets atteints de cette diathèse. Tandis que l’entraînement diminue au contraire, dans une mesure surprenante, les troubles caractérisés par Tinsuftisance des oxydations, et crée des conditions de nutrition qui sont en antagonisme flagrant avec celles qu’il faudrait pour provoquer les manifestations de la diathèse.
La seule vue de ces graphiques permet, même à un observateur qui n’est pas au courant des efl’ets de l’exercice sur la nutrition, de comprendre les dangers du surmenage pour le goutteux et pour le diabétique, par ce seul fait que la fatigue peut tripler chez eux la dose des composés acides de l’urine et par conséquent du sang.
On sait, en eflet, que la crise de goutte est singulièrement favorisée et peut môme être provoquée par toutes les conditions qui tendent à précipiter l’acide urique en diminuant la solubilité de ce produit; et l’on sait aussi que ce produit a d autant plus de tendance à précipiter que les liquides où il est dissous deviennent plus acides.
On sait, d’autre part, que pour les diabétiques le plus grand danger vient de l’éventualité des accidents de cotna. Or le coma diabétique, d’après les plus récentes recherches et notamment d’après les derniers travaux de M. Drouin (1 ), (i) Voir Drouin, Ildmo-acidimélrie et Ucmo-akaUmélrie.
HO LES EFFETS TIIÉRAPEUTjgUES DE L’EXERCICE.
est vraisemblablement dii à une véritable auto-intoxication par les acides organiques élabores en excès. Il est aisé de comprendre alors comment le surmenage peut causer chez les diabétiques des accidents formidables. 11 suffit de ua reporter au tracé ponctué (n-> 2) du graphique pour voir quelle dose énorme de composés acides peut se former chez un diabétique sous rinfiuence d’un exercice forcé — pris sans entraînement préalable — puisque la dose de ces composes existant habituellement chez un sujet au repos
peut être triplée par un exercice violent. Or les diabétiques sont, parmi les arthritiques, ceux dont l’urine présente le plus haut degré d’acidité qu’on ait observé (Gautrelet).
Mais, on ne saurait trop le répéter, pour le goutteux comme pour le diabétique, le danger de l’exercice n’existe plus si on s applique à modifier très progressivement la courbe urinaire par le travail méthodiquement dosé. Grâce à une gradation méthodique dans les doses d’exercice effectué, on pourra toujours obtenir les modifications salutaires produites par l’entrainement, sans passer par les perturbations que causeraient la fatigue et le surmenage.