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CHAPITRE III

La gymnastique médicale. — Les mouvements «à deux». — La gymnastique «manuelle». — La gymnastique «mécanique».

La gymnastique médicale.

Quand on cherche à introduire en France, sinon la pratique, au moins la notion exacte de la gymnastique médicale, on se heurte à une première difficulté, celle de se faire comprendre. Dans notre pays, la gymnastique médicale n’existe pas en dehors de certains cas très spéciaux et très peu nombreux. Nous avons bien l’idée qu’on peut, à l’aide de l’exercice musculaire, redresser certaines déviations de la taille, rétablir les fonctions d’une articulation ankylosée, rendre leur force et leur volume à des muscles atrophiés. Nous comprenons, en un mot, qu’on puisse traiter par le mouvement certaines maladies des organes moteurs eu.xmêmes; ce sont les organes les plus solides et les plus grossiers de la machine humaine, et nous ne craignons pas trop pour eux ce « remède violent » qui s’appelle la gymnastique.

Mais notre confiance ne va pas au delà, et les médecins français ne voient plus aucune indication de l’exercice dès qu’il s’agit des affections médicales proprement dites, des maladies des organes internes. Ils pensent que, dans ce domaine, l’exercice est un agent préventif, grâce auquel certains troubles de la santé peuvent être évités, mais non un «remède» applicable aux maladies déclarées. 11 serait trop

tard, au dire de presque tous nos praticiens, pour avoir recours à l’exercice quand la maladie s’est nettement caractérisée, et surtout quand une lésion s’est produite dans quelque organe.

Cette manière étroite de comprendre l’application de l’e.xercice vient de la conception que nous avons de ses elîets et se lie intimement à la tendance de notre système d’éducation physique, dont nous avons fait ressortir ailleurs le caractère essentiellement athlétique (1). Notre gymnastique est trop brutale pour se prêter aux délicatesses d’application que réclameraient des organes malades. Elle s’attache à augmenter la force des muscles et la résistance du corps. Et, dans cet esprit, les exercices qu’elle applique ont pour caractère d’être plus difficiles et plus fatigants que les mouvements de la vie ordinaire. Comment, dès lors, songer à les appliquer aux malades, dont les organes se fatiguent et subissent des perturbations graves, sous l’influence des actes les plus usuels de la vie ?

Pour faire comprendre combien est rationnelle, à priori, la prévention des médecins contre la gymnastique médicale, il est nécessaire, au risque de nous répéter, de rappeler que tout exercice corporel fait sentir à l’organisme deux sortes d eflets physiologiques : les uns locaux, les autres génélaux. Les effets locaux se manifestent sur la région même du corps qui est le siège du mouvement, sur les bras, j>ai exemple, dans 1 exercice des haltères, sur les jambes dans 1 exercice de la marche. Les effets généraux retentissent bien au delà du point où s’est localisé l’effort et atteignent l’organisme tout entier. C’est ainsi que la course, exercice de jambes, produit des effets très violents sur le cœur et sur le poumon et amène, du meme coup, la transpiration et l’écliauffement de tout le corps. Les effets dits

(i) Voir L exercice chez les enfants et adolescents (4» édition) F. Alcan,

les moyens D’EXERCICE.

« généraux » de l’exercice sont très justement qualifiés ainsi, car ils atteignent tous les organes sans exception, activent toutes les fonctions et se font sentir même aux actes les plus intimes de la nutrition.

En cherchant à produire les effets généraux de l’exercice, on est sûr d en faire bénéficier tous les organes, sans avoir besoin de viser plus spécialement l’un d’eux. C’est giâce à ses effets généraux que la marche, exercice de jambes, peut faire sentir a 1 estomac son influence salutaire et amener la guérison de certains troubles digestifs. Mais on devine aisément, à côté des avantages de cette association de tous les organes à l’exercice, les inconvénients qu’elle peut présenter. Il est impossible, en eflet, qu’un organe s’isole des autres et soit soustrait aux effets de l’exercice, quand celui-ci présente assez d’intensité ou de durée pour produire des effets « généraux ». Et le retentissement du travail musculaire sur toutes les fonctions deviendrait bien vite un danger pour des organes affaiblis ou malades, s’il atteignait un certain degré de violence.

Mais, remarquons-le, ce qu’on appelle « violence » représente un degré très variable, suivant les cas et les individus. Les effets du pas gymnastique ne sont pas trop violents pour le cœur d’un écolier; ils seraient excessifs pour le cœur d’un vieillard, et s’il s’agissait d’un cœur malade, l’excitation de l’organe pourrait être assez violente pour provoquer de redoutables accidents.

L’on voit donc, pour nous en tenir à l’exemple cité, qu’une affèction nécessitant le repos absolu du cœur entraînerait la contre-indication formelle de tout exercice capable de produire des effets généraux appréciables. Il faudrait s’en tenir à des exercices d’une modération telle qu’ils ne puissent déterminer dans l’organisme aucun ébranlement. Et c’est là justement, parfois, un problème difficile. Quel exercice, en effet, semble plus modéré que la marche à pas lents sur une

surface plane ? Nombre de malades, pourtant, ne peuvent faire quelques pas sans que le cœur batte avec violence et que. le poumon entre en jeu avec ce rythme précipité qui amène l’essoufflement.

Aussi arrive-t-il le plus souvent que le médecin, renonçant à la solution du problème, proscrit absolument toute espèce d’exercice, faute d’en pouvoir trouver un qui soit assez modéré.

Mais la gymnastique médicale suédoise permet justement de donner aux malades les bénéfices de l’exercice sans les exposer aux perturbations générales qu’il produit sur l’organisme. Elle connaît des moyens, que la nôtre ignore, pour administrer 1 exercice à très petites doses, aussi permet-elle de 1 appliquer meme a des malades incapables de marcher, parce qu elle a dans son catalogue nombre d’exercices moins violents que la marche.

Il existe un tel écart entre les procédés d’exercices des Suédois et les nôtres, que le mot de « gymnastique », appliqué indifféremment à des choses si dissemblables, devient cause des plus graves malentendus. Nos médecins seraient certainement moins hostiles au traitement gymnastique des maladies internes s’ils ne jugeaient pas ce traitement sur la foi d’une étiquette mal choisie.

Le médecin français qui va étudier à Stockholm la gymnastique médicale se trouve en présence de choses tellement neuves pour lui qu’il a peine, au premier abord, à se reconnaître au milieu des mouvements si variés qu’il voit exécuter dans les « Instituts » publics ou privés. Mais, peu a peu, la lumière se fait dans son esprit il finit par classer tous ces ingénieux procédés et à voir qu’ils visent en résumé, a deux résultats : doser l’exercice et le localiser -.Doser » rexercice, c'est en mesurer l'intensité avec asscx e précision et de tact pour ne pas dépasser l'elTet utile ■ le . localiser », c'est limiter son effet à une région délerminée,

20S les moyens D’EXERCICE.

de façon à éviler son retentissemenl sur des organes qu’il importe de ménager.

Pour doser l’e-Kcrcice, les Suédois emploient un procédé qui s’écarte absolument de tous ceux de nos gymnases français, et qu’on pourrait appeler l’exercice « à deux ». — Qu’on se représente deux gymnastes dont l’un cherche à étendre le

Fig. 11. — Extension des bras avec résistance du « gymnaste ».

bras pendant que l’autre, lui tenant la main, lutte contre ce mouvement et lui oppose une résistance plus ou moins grande^ sans toutefois paralyser complètement son ell’ort. Le mouvement exécuté par le premier exigera un déploiement de force d’autant plus grand que la résistance du second sera plus considérable. Le second gymnaste, s’il sait bien calculer sa résistance, pourra donc augmenter ou diminuer, cà volonté, la dépense de force du iircmier. Tel est le principe. On peut

LA C.YMNASTIOL’E SUÉDOISE.

en varier a 1 iiilini les applications. Ce fpie fait le gymnaste opposant pour le bras, il le fera pour les jambes, pour les épaules, les bancbes, la tète, etc. ün comprend que chaque groupe de muscles pourra, suivant les besoins du traitement, être mis enjeu avec le degré de force voulue.

Le rôle de 1 aide, dans la pratique de la gymnastique médicale, est d’une grande importance. C’est à son tact,à sa connaissance parfaite des mouvements et de leur ellét, qu’est suboi donné le succès de la cure. Les auteurs suédois donnent à cet aide le nom do « gymnaste », désignation qui déroute un peu le lecteur français, car, chez nous, la qualification de « gymnaste » s’applique à ceux qui exécutent les mouvements gj mnastiques, plutôt qu à ceux qui surveillent et dirigent ces mouvements.

Pour graduer l’effort musculaire demandé au patient, le gxmnaste a plus d une ressource à sa disposition. La plus élémentaire consiste à lui opposer un effort d’intensité croissante. Mais cette méthode pourrait être mise en défaut quand d s’agit des masses musculaires très puissantes auxquelles ne pourrait faire équilibre la force d’un bras, et même des deux bras du gymnaste opposant.

Admettons, par exemple, qu’il s’agisse d’exercer les muscles qui redressent la colonne vertébrale et supposons que le patient soit assis, le tronc fiéchi en avant, et fasse effort pour se redresser pendant que le gymnaste oiiposant lutte contre cet effort. Si l’opposition se fait simplement en appliquant la main dans le dos et en luttant, par une poussée en avant contre l’effort qui reporte te tronc en arrière, la résistance de l’opposant sera nécessairement tivs faible ; car la force des bras d’un homme très vigoureux est inférieure à la force des rems d’un homme de vigueur moyenne. Dans ce mode d execution, tout l’avantage sera du côlé de l’homme qui exécuté le mouvement; il vaincra aisément la résistance de 1 opposant, sans avoir besoin de faire appel à toute la force

Laghanob. — ,Méd. par l’cxcrc.

des muscles mis eu jeu : le mouvement sera « faible (lig. ^i).

Veiit-ou solliciter dans les mêmes muscles un ellort* plus considérable? Les gymnastes changent alors d’attitude. L’un d’eux, celui que nous appelons, pour la clarté de l’exoosition, le gymnaste agissant, se tient debout derrière une barre de bois placée à la hauteur des hanches pendant que

l>'ig. 12. — Mouvement fl’exlensiou de la colonne vertébrale avec résistance du

sur laquelle il arc-boute le pied. Si, gardant leur atlitude respcctiv'c, les deux gymnastes sc saisissent par la main, et

comprend combien les conditions dans lesquelles la resis

« gymnaste ».

L\ GVMiXASTlQUE SIÉDOISE. 211

gymnaste résistant, solidement arc-bonté sur la barre où il appuie le pied, agit dans des conditions plus favorables que son antagoniste et peut lutter avantageusement contre Im, (nt-il notablement moins vigoureux; il peut lui imposer un ellort, allant, s’il le juge utile, juscfu’au bout des forces

Fig- f

Extension de la colonne vertébrale avec résistance, est plus fort que le précédent.)

(Ce mouvement

-J" s™.pe musculaire mis ou acliou : le mouvcu.e.U sera « f i*es tort )) (voir tig. \ ;.»)

LES MOYENS U'EXERCICE

avant; et le tronc, s’abandonnant à la pesanteur, se llccbit vers le sol. Si, à ce moment, les muscles dorsaux sont vigoureusement mis en action, le corps se redressera et pourra se replacer dans la position horizontale ; mais on comprend au [)rix de quel ellbrt, puisqu’il faudra lutter, dans une attitude très défavorable, contre la pesanteur qui le sollicite à retomber dans la llexion vers le sol. U suffirait, dans cette attitude, de la plus petite résistance exercée soit sur la tète.

14, Extension <le la colonne vertébrale. — (Ce mouvement est beaucoup

"plus fort que les précédents, et on le fait d’ordinaire sans résistance de l'aide.)

soit sur les reins, pour obliger le patient qui se relève à un ell'ort véritablement athlétique (voir tîg. 14).

Une foule de procédés aussi simples qu’ingénieux, et conçus dans le meme esprit, ont été imaginés par les gymnastes suédois. Ils ont, pour chaque exercice, plusieurs modes d’exécution, plusieurs « variantes » dans lesquelles l’cIVort musculaire croît ou décroît progressivement d’intensité. L’ensemble de leurs mouvements représente ainsi comme une gamme très étendue, dans laquelle il est toujouis possible de trouver la note qui s’harmonise exactement a\cc la résistance du malade.

Dans cci’tains cas, la gymnastique suédoise itousse 1 atténuation de l’exercice .jusipi'à sui)primer complètement 1 cf-

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