‹ La médication par l'exerciceChapitre 25 sur 61 · I-'A Ci\ 3L\ASTI(Jl iE SUEDOISE · texte numérisé non relu

I-'A Ci\ 3L\ASTI(Jl iE SUEDOISE

lorl; le sujet n’exécute i)lus l’exercice, mais il le subit. l,e guiinaste est alors chargé, non plus de résister à des mou- \enients voulus, mais seulement d’imprimer au corps ou au.x membres des déplacements dans divers sens, pour lesquels le patient ne lournit ni aide ni résistanee. Ce sont les mouvements pasdfs. Nous avons déjà parlé des mou- \ements passifs et nous savons que ces mouvements agissent sur les articulations, dont ils entretiennent la mobilité ; sur les muscles, dont ils augmentent la souplesse et activent la nutrition; sur la circulation du sang, qu’ils facilitent à l’égal des mouvements aetifs. Ces mouvements sont très usités dans le traitement gymnastique des maladies du cœur, et l’action remarquable qu’ils exercent sur le système nerveux

fait qu’ils sont fréquemment utilisés dans le traitement des névroses.

Les moiivemenls passifs no sont pas encore le dernier degré d atténuation de la « cure mécanique ». Les gymnastes suédois ont, dans leur catalogue, des procédés plus doux encore, les procédés du massaÿe dont nous avons déjà donné une idée dans la première partie de ce livre.

Le massage n’est pas séparé, dans renseignement du Stocidiolm, de la gymnastique médicale, dont il est considère comme une forme atténuée. Dans toute ordonnance des médecins gymnastes, on le voit indiqué à côté des divers mouvements qui composent la cure. Les diverses variétés de massage sont du reste enseignées à tous les jeunes gens et Jeunes Hiles qui se destinent à la profession ne gymnaste, et nous avons dit que les éicvcs-instructenrs de armée suédoise doivent apprendre à masser. Celte foi me du traitement suédois est iieaucoup plus connue clics nous que les antres parties du système, et nous eonlondoiis meme souvent à tort, sous cette ruliriqnc de ,, massage », les trois elémenls de la cure mécanique : massimc proprement du, mouvements passifs et mouvements aetilt

LES- :\IOYENS D EXERCICE.

Nous venons de voie avec fiuclle sûreté de métliode les Suédois savent doser l’exercice : nous dirons en deux mots comment ils s’y prennent pour le localiser dans la région voulue. La localisation de l’exercice s’obtient au moyen d’attitudes diverses, et de dilFérents modes de fixation du corps pour lesquels des appareils spéciaux sont nécessaires.

On sait qu’aucun mouvement naturel ne s’exécute dans une partie du corps mém.e limitée, sans qu’un ou plusieurs groupes de muscles éloignés s’associent indirectement aux

Fi;,'. 15.— l3aiH[ueUe à dossier mobile pour le massage abdominal.

muscles directement mis enjeu. L’acte de soulever un poids avec la main ne met pas seulement eu action les muscles du

bras, mais ceux de l’épaule, des reins et même des cuisses et des jambes. Cette association des divers groupes musculaires peut passer ina|»erçue ipiand l’ellort est laible, elle devient 1res apparente (piand l’acte exécuté demande une grande dé|)ense de torce. Les mouvements «.s-.waV.v ne lieuvent dans les actes ordinaires être évites que par une attention minutieuse, ou même qiielquelois jiar une longue accoutumance ; mais il existe, dans la gymnasli<pie suédoise.

la GVMAA8TJÙUE SUÉDOISE.

(lis piocédês j)oiii‘ siippi'iniei* les mouvements associiîs, (^ti, comme disent les pliysioiogistes, les synergies. Le plus •dcmentaice de ces procédés consiste à donner an corps •me attitude telle, que le membre dont on vent supprimer le travail soit mis dans l’impossibilité d’agir. Le rôle des appareils de gymnastique médicale est justement de permettre au gymnaste de varier les attitudes du patient et d’immobiliser les parties du corps où il craindrait d’éveiller des synergies.

L'iie barre plate et large, en bois capitonné, où le patient debout ment appuyer les iiancbes, des banquettes où il est tantôt étendu, tantôt placé à calilburclion; des fauteuils à doss.cr mobile qui permettent de faire varier à volonté l'inelmaison du tronc pour le massage (voy, lig. 15) ; quelques inrres de trapèze, pour se suspendre par les bras, et enfin e.^pid.cr déjà décrit à propos de la gymnastique pédao-ogique, tel est roulillage de la gymnastique médicale inanuelle. ne faut pas confondre ces appareils très simples avec les macbines beaucoup plus compliquées de ia gvmnastique mécwuqtæ dont il nous reste à parler.

La gymnastique « mécanique >>.

mélTle“ ‘laas la gymnastique

medicale la.de, ou, comme disent les Suédois, Ie.< nuu

naste .1 sera facile de concevoir que cet aide puisselire

enip ace par un moteur mécanique. C’est, en ellet. ce qui a ;.end^^^

1.0 docteur Zaï.dcr a imaginé dei.v ordres de niaeliines • los unes sont destinées à eaercer aca.an,:,u les muscle le^ •U. res, a imprimer des inouvemeuls variés au corps qui’ le, subit Ces n.acliines .sont générale,, e.n •'

compliquées, mais le principe en est simple,

LES MOYENS D’EXEllCICE.

Les machines avec lesquelles on l'ail de la gymnastique acLivc consistent essentiellement dans un contrepoids pou-

pjo-, 16. — Appareil du Df Zander pour l’extension active de la colonne vertébrale (avec résistance du contrepoids).

vaut se déplacer sur la longueur d’un levier, et auquel ou

Fig. 1”. — Appareil du 1)'' Zander pour la flexion active du tionc avec i es’ lance graduée rlu contre-poids. — (Travail des muscles abdominaux.)

iin[)rirne uu niouvemcnt de soidùveineni a l’aide d une pot gncc, d’une [lédale, d’un dos.sier, etc., suivanl la [larlic du

LA GYMiXASTIQÜE SUÉDOISE. 217

corps fini doil; être soumise à l’exercice. On peut « doser » 1 elïort imposé au malade en déplaçant le contrepoids le long d une réglé graduée et en augmentant ou diminuant à volonté le bras de levier que forme cette règle. Quant à la « localisation » du travail dans tel ou tel groupe de muscles, elle s’obtient aisement en donnant au corps l’altitude voulue, et en appliquant la force du contrepoids à telle ou telle partie du corps ou des membres qu’il s’agit d’exercer. Pour mettre enjeu ces macbines, il faut être tantôt debout, tantôt assis tantôt couché; tout est calculé de façon que l’ell’ort auauel

l'jg. i«.

■ Appareil du D-'Zander pour la mobilisalioa de l’articulation lombo sacrée. (.Mouvemeut passif.)

le contrepoids fait résistance soit bien limité au groupe de muscles voulu (voir lig. l(j et IT).

i.es macliiiies desliiiécs à proiluii'c des raoiivemoiUs passifs ne sont p.as acUonndes parle malade liii-mèmc; ec sent elles au coiilraire, ipii, ,m,es |.ar la vapeui-, cominmiiipicnt an corps ou aux memhres du malade diverses lormes de mouvemcnls. Élant données les ressources infinies de la niecamque. on comprend ipi’un iiivenieur ingénieux, doublé f un analomiste inslrnil, ail Ironvé moyen de faire jouer dans ions les sens foules les arlieulalions du eoips, à l’„ide fie ces macbines. El. eu ellél, les nmeliines du docleur

IMS MOYENS DEXERCICE.

Zantler produisent tous les mouvements qu’un aide intelligent saurait imprimer aux diverses parties du corps des malades, et même quelques mouvements spéciaux qu’on ne pourrait demander à l’action de l’aide. On voit, par exemple, dans la ligure 18 une planche capitonnée mue par la courroie de transmission d'une macliine à vapeur, produire du mouvement d’extension du bassin sur la colonne lombaire

Fig. 10. — Appareil du Dr Zauder pour le mouvement de trépidation de la totalité du corps (équitation).

qu’un aide pourrait diflicilement provoquer. Encore moins pourrait-on obtenir de la gymnasti({ue« manuelle» des mouvements de totalité tels (pie ceux donnés par l’appareil qui imite le trot d’un clicval, ainsi (pi’on peut le voir dans la ligure 1 fj.

La gynmasti(|uc 7nccanù/uc ne constitue pas, au point de vue médical et bygiéniiiue, un systi'nne à part, (l’est seulement un autre mode d’a]){)lication des mêmes mouve-

LA GV.M.NASTtQl E SLÉDOISE.

nieiils. Nous avons vu comment on obtient avec les machines des mouvements actifs et passifs. On obtient de même, avec elles, les clfets du massage. A l’aide de marteaux capitonnés, semblables, sauf le volume, à ceux quc mettent eu mouvement les touches d’un piano, on obtient les effets de la lorme de massage appelée tapotement (fig. !20j. Une autre forme, le pétrissage des muscles, est obtenue à l’aide

Fig. iü. .Machine du Uf Zuiidcr pour le massage «

Icmciit » du dos.)

mécanique ». — (« Tapo-

du Irôlcment de deux épaisses courroies de cuir, rapprochées 1 une de Uautre, et entre lescpielles ou passe le bras ou lajambe. On produit le massage i)ar effteurage, à l’aide d un large tampon (pii se déplace lentement dans le sens de la surface du coi-ps, comme ferait la main posée à plat. —

La gymnasticiue mécanique pei-inet donc d’obtenir tous les Clfets de la gymnastique « à deux u.

f.es machines du docteu.-Zander ont, à Stockholm, un très grand succès. Dans l’établissement <p,i appartient en propre

LES MOYEXS D EXEUCIGE.

à riiivciileiii', un nombre considûnible d’iiommes cl de lemmes vicnncnL cliaqiic joui* se soumelLre au Irailcmenl de la gymiiasUiiue mécanique. Je rclroiive sur mes noies les eliinVes relevés le jour de ma visilc à 1’ «inslilul «Zander: il était venu ce jour-là 123 hommes et 92 femmes. Il existe deux autres établissements munis des macbines du même système, dirigés par un autre médecin, le docteur Leverlin, et où aflluo une aussi nombreuse clientèle. Si l’on se rappelle que la ville de Stockliolm ne compte guère plus de 200,000 habitants, les cliilfrcs que nous citons montrent de quel crédit jouit en Suède la gymnastique mécanique. Et ce n’est pas la une de ces pratiques extra-médicales qui excitent quelquefois dans le public un engouement passager, pour être délaissées quand la science en a démontré le peu de fondement. La science marche de pair avec l’opinion publique pour faire prospérer ce système. Il n’est pas une sommité médicale à Stockholm qui n’envoie des malades aux instituts de gymnastique mécanique.

Dans toutes les grandes villes de la Suède, il s’est fondé des établissements de gymnastique mécanique, et l'on peut dire que l’Europe entière a adopté le système avec faveur. J’ai sous les yeux une carte où sont pointées toutes les villes pourvues des appareils mécaniques du docteur Zander. Il en existe à Copenhague, à Christiania, ainsi qu’à Détersbourg, à . Moscou, à Iliga; il en existe à Londres, à Barcelone, à 3Iilan ; l’Autriche en possède huit, et, dans l’empire d’Allemagne, quinze, villes en sont i)Ourvues. H n’y a <pie trois Etats de l’Plurope où cette gymnastique n’ait i>as encore pénétré; ce sont : la Grèce, le Portugal, et... la France. — Gui donc reprochait aux Français leur engouement })Our les nouveautés et pour les inventions étrangères!

LA GV.MAASTIQUE SUÉDOISE.

' L’application du traitement.

Nous avons tenté d’exposer les moyens d’action dont dispose la gymnastique médicale suédoise. Nous montrerons plus loin comment ces moyens s’adaptent aux diverses allections justiciables du traitement gymnastique. 11 nous suffira de dire ici que cette gymnastique peut s’appliquer, sans danger et avec grand bénéfice, cà presque toutes les maladies qui ne sont plus dans la période aiguë de leur évolution. De même que nous avons dans notre médecine « cbimique» des médicaments pour tous les maux, il y a dans le catalogue de la médecine « mécanique » des mouvements pour toutes les affections médicales ou chirurgicales.

Les Suédois ont une gymnastique corrective et orthopédique pour les déviations de la taille et des membres ; ils ont une gymnastique abdominale pour les maladies des organes digestifs; une gymnastique resqnratoire^pmv combattre diverses affections du poumon, de la plèvre et des bronches. Ils ont des mouvements de circulation pour régulariser le cours du sang dans les maladies du cœur. Ds luttent encore à l’aide de la gymnastique contre les maladies i\^x système nerveux; ils connaissent des mouvements spéciaux, soit pour calmer l’irritation de la fibre nerveuse, soit pour en réveiller l’atonie, mieux que nous ne savons le faire en pareil cas, à l’aide de l’électricité. Ils ont enfin une gymnastique yynécologique, appropriée au traitement des maladies spéciales de la femme et obtiennent de Ia« cure manuelle . des succès étonnants dans nombre de ces maladies babituellemcnt traitées chez nous par l’immo bdffe de la chaise-longue, ou même par une opération sanglan e, et que nous considérons, au total, comme audessus des ressources de l’art médical. - Dans tous les cas ou intervient la gymnastique suédoise, le traitemcnl est

l.KS MOYENS DEXEUCICE.

loii.jours composé de trois modes de médication que nous avons décrits ; mouvements actifs, mouvements passils et massage.

La gymnastique dite « médicale » n’est pas réservée c.vclusivement aux inlirmes, aux éclopés et aux malades. C’esl un système concu dans le même esprit que la gymnastique ordinaire, dont elle représente une forme adoucie. L’atténuation progressive de l’elTort met cette forme de l’exercice à la portée des tempéramenis les plus délicats et des muscles les plus faibles. Aussi les Suédois, dès qu'il se présente dans leur santé le plus petit dérangement, pensent-ils aussitôt à la gymnastique. Us vont demander au gymnaste des « mouvements » pour se rétablir, comme nous demanderions au pharmacien quelque sirop ou quelque pilule.

En France, les médecins ont bien, depuis quelque temps, l’habitude d’indiciuer, dans la plupart de leurs prescriptions, (pie le consultant devra « prendre de l’exercice »; mais ce n'est en général qu’un hommage tout platonique rendu à l’efficacité de ce moyen thérapeutique. Où aller, en elVet, pour prendre de l’exercice ? — Au gymnase ? à la salle d’armes? Mais on a défendu les elï'orts violents. — Et l’on ne sait plus ([lie faire si on n’a pas les moyens de monter à cheval, ni le temps de consacrer trois ou quatre heures chaque jour à des promenades à pied. On renonce au remède devant la difficulté de l’aiipliquer.

En Suède, le problème est plus facile à résoudre. 11 existe à Stockholm une loule d’établissements où s’exécutent les ordonnances médicales dans lesquelles la gyninasli(]ue est [irescrite. De meme qu’il y a des olliciiics de médicamerds ipii s’apiiellcnt les pharmacies, il y a aussi des officines « de mouvemenls » (pii s’ai)[icllent des JnsiUu/s ff/fmuaslùfnrs. Et moycnnaiil une rétribution très modeste, chacun est admis dans ces iiistitids i>eudanl une ou

LA GV.MAASTIQUL SUÉDOISE. 223

deux heures chaque .jour pour y o.xéculer la prcscripüou du médecin. Cesiiislituts sont de deux sorles: les uns emploient des" aides ou « gymnastes », les autres remplacent les aides par des machines.

11 ne sera pas sans intérêt d’introduire successivemeni le lecteur dans un institut de gymnastique manuelle et dans un institut de gymnastique mécanique, car ces deux sortes d’établissements présentent une physionomie vraiment originale, et nous n’avons rien qui leur ressemble dans notre pays.

L institut médical du docteur Wide jouit à Stockholm d’une réputation très grande et très méritée. Nous pouvons le décrire comme le type de ceux où le traitement est appliqué par des gymnastes. Le docteur Wide reçoit chaque jour deux séries de malades ; les femmes dans la matinée et les hommes dans l’après-midi. Chaque série se compose de cinquante personnes environ, soit une centaine par jour. Pour appliquer le traitement, il ne faut pas moins d’une vingtaine d’aides des deux sexes.

loiit un étage de ia maison est consacré à cette clinit|ue gymiiasti(|ue. dont l’aspect, au moment du ti-aitement, otlre au visiteur français un siicctacle absolument nouveau. Le malade, muni de sa feuille d’ordonnance, se met entre les mains du gymnaste rfui doit lui faire e.vécuter successivement les mouvements, — au nombre de dix ou douze — prescrits par le médecin. Chai|ue mouvement exige environ cnni a six minutes, au bout desquelles rexeiciec" est interrompu pendant un temps à peu prés égal pour être repris et continue par temps successifs. Ifaiis ies intervalles de repos e gymnaste va donner ses soins ii un autre patient oii prclei'son concours à un collègue, dans le cas très fréquent ou i execution d un mouvement nécessite deux et même trois

Les personnes qui fréqucnleut rinstitut médical subis-

LKS Mr»YENS D'EXEUCICE.

senl leur lraitem(3nl. eu commun, cote à cote. Sachant que le massage joue un très grand r(Me dans la mcdicalion, l’on pourrait croire cette promiscuité plus choquante qu'elle ne l'est en réalité. Le massage à Stockholm ne se fait pas d’ordinaire à nu comme en France. On masse par-desi^s les vêtements quand il s’agit des bras, des jambes et du dos. On masse même l’abdomen sans découvrir le patient, pourvu qu’il soit débarrassé des vêtements trop résistants, tels, par exemple, que le corset pour les femmes. Au reste, deux ou trois salons parliculiers permettent de traiter à part certains cas spéciaux.

Non seulement le traitement en commun ne choque personne, mais encore il présente un attrait réel, en faisant de la gymnastique un prétexte de réunion. Aucun peuple n’est plus sociable que le peuple suédois. Ces « Français du Nord » ont conservé une simplicité dans les habitudes, une familiarité affectueuse dans les rapports sociaux, qui se sont depuis longtemps perdues en France, sauf peut-être dans quelques coins de nos provinces méridionales. Et Fattrait d’une réunion journalière, où l’on se retrouve dans l’intimité, a contribué en quelque chose, sans aucun doute, à la vogue dont jouit la gymnastique à Stockholm. En tout cas, plus d’un cercle de nos grandes villes pourrait envier l'entrain de ces réunions de malades. Dans les intervalles de repos, des causeries familières s’établissent, alimentées par mille incidents du traitement et aussi par mille racontars de la ville. Entre nouveaux venus, la glace est bien vite rompue, car à chaque instant se présente l’occasion d une foule de services réciproques. C’est un renseignement techni(iue qu’on demande à son voisin, c est une assistance obligeante cpi on lui i)rclc pour un mouvement quand 1 aide lait défaut, beaucoup d’enfants des deux sexes suiNcnt le traitement et animent ta réunion par leur gentillesse et leur espièglerie.

Le visiteur étranger est quelque peu surpris de voir tant d’entrain et de gaîté dans ces réunions où les assistants semblent, au premier abord, soumis à un traitement pénible autant que bizarre. Ces banquettes où on les étend, ces chevalets sur lesquels on leur ploie les reins, ces barreaux auxquels ils sont suspendus, pendant qu’on leur tiraille le

corps et les membres, tous ces engins nouveaux pour le spectateur, éveillent dans son esprit l’idée de quelque torture du moyen âge. A son étonnement viendront peut-être s’ajouter quelques velléités de raillerie s’il observe des détails d’un autre ordre. S’il voit, par exemple, uu homme s’asseoir à califourchon sur une banquette, puis un aide lui sauter à cheval sur les jambes pour les immobiliser, et, pendant ce temps, deux vigoureux gymnastes le saisir de chaque côté par les épaules, et se le renvoyer de l’un à l’autre par un mouvement de balancement semblable au rapide va-et-vient du métronome ; ou bien si le patient est

soumis devant lui à ce mouvement que les Suédois appellent skruvdining ou mouvement «de la vis», qui consiste à imprimer au tronc un rapide mouvement de torsion autour de 1 axe vertical de la colonne vertébrale, comme on ferait de la tige d’une vrille pour l’enfoncer dans du bois. S’il observe encore une foule d’autres pratiques singulières, dont il ne comprend pas la portée thérapeutique et ne saisit que l’excentricité, il aura peine, peut-être, à retenir cette exclamation : « Ces gens sont des fous ! »

Le médecin ne devra pas s’en tenir à la première impression pour juger la gymnastique médicale, ni s’arrêter à certains détails d’application qui s’écartent de nos habitudes et peuvent nous paraître choquants. Ces impressions du premier coup d’œil s’ellacent dès qu’on a compris. La gymnastique médicale, en effet, n’a rien de douloureux et ses mouvements les plus excentriques ont leur efficacité dans certaines maladies. Mais il n’est pas supertlu de faire

Laoranoe. — Méd. par l’excrc. j,

LES MOYENS D’EXERCICE

observer que l'inlroduclion dans notre pays de la gymnastique médicale suédoise soulèverait une question d’adaptation et de « mise au point », question importante à résoudre, si l’on ne veut pas se heurter à cette pierre d’achoppement, si redoutable en France, qui s’appelle le ridicule.

Les instituts de gymnastique mécanique n’exigent pas, comme nous venons de le dire, un grand nombre d’aides compétents. Des enfants suffisent pour mettre en action les divers appareils qui sont désignés par un numéro d’ordre et dont chacun ne produit qu’un mouvement spécial nettement déterminé. La salle dans laquelle se fait le traitement ressemble à une véritable « galerie de machines » ; et c’est un curieux spectacle de voir cette foule de gens couchés, assis, debout; tantôt tirant et poussant des poignées ou des pédales ; tantôt saisis par des courroies, pressés par des mécanismes divers, qui leur impriment des mouvements dans tous les sens, les massent, les forcent à respirer profondément, etc. Mais, au fond, il n’y a rien de changé que la mise en scène, et le but du traitement mécanique est le môme que celui de la gymnastique manuelle : il tend à provoquer des mouvements actifs et passifs, et à appliquer les diverses formes du massage.

La gymnastique mécanique est très en faveur à Stockholm; l’institut du docteur Zander, inventeur du système, est, comme celui du docteur Wide, un prétexte à réunions et à causeries. Au milieu des immenses galeries ou se pressent les malades, on a réservé la place d’un salon de repos, avec des journaux, des revues et des rafraîchissements. Cet établissement est fréquenté par la meilleure société de Stockholm. Au moment de mon voyage, le roi de Suède y venait chaque matin subir son traitement dans la salle commune sans plus de cérémonie qu’un simple particulier.

Deux autres instituts mécaniques utilisent à Stockholm

les machines du docteur Zander ; ils sont dirigés par le docteur Levertin. L’un de ces instituts est en même temps un splendide établissement de bains, plus complet qu’aucun des nôtres à Paris, ainsi que le sont du reste, pour le dire en passant, les nombreux établissements balnéaires de Stockholni, auprès desquels les nôtres semblent véritablement misérables. La balnéo thérapie forme, en effet, chez les Suédois, comme le complément de la gymnastique!

Beaucoup d’autres établissements spéciaux offriraient en^ core de l’intérêt pour compléter l’étude de la gymnastique à Stockholm; ce sont les instituts privés dirigés par de simples gymnastes pourvus de leur diplôme supérieur et ins pectés par des médecins. Enfin, pour ne rien omettre, il faudrait parler aussi de la gymnastique qui se fait dans 'les familles, soit sous la direction d’un maître qui se rend à domicile, soit spontanément et sans autre direction que le souvenir des leçons déjà reçues.

La forme simple de la gymnastique suédoise et son outillage peu eneombrant en font le type de la gymnastique de chambre. Il faut ajouter que la facilité des mouvements et e peu d efforts qu’ils exigent la rendent possible à tout â»e Aussi parmi les personnes d’âge mûr qui ne fréquentent plus les gymnases, en est-il un grand nombre qui chaque matin .< prennent leur gymnastique », soit en exécutant uii certain nombre de mouvements libres, soit en ayant recours a un ou deux appareils qui trouvent aisément leur place dans un cabinet de toilette : un espatier contre le mur une barre horizontale dans l’embrasure d’une porte, etc.

La gymnastique, pour le peuple suédois, est donc une institution vraiment nationale et fait sentir son iiinuencc bienaisaiite sur les habitudes intimes de tous les individus et sur le genre de vie de toutes les classes de la société Maîs c est a la modération de ses mouvements et à leur adap-

LES MOYENS D’EXERCICE

talion parfaite aux lois de l’hygiène, que la gymnastique doit sa popularité à Stockholm; c’est sa tendance hygiénique qui la rend utile pour tous, et applicable à tous.

Nous ne saurions trop insister sur cet avantage qu’elle présente, de pouvoir être mise à la portée des faibles, c’està-dire de ne pas rester inaccessible, comme la nôtre, aux sujets qui auraient le plus grand besoin de ses bienfaits. On ne peut faire bénéficier de notre gymastique ni les valétudinaires, ni les hommes qui commencent à vieillir; un homme de cinquante ans est généralement exclu de toutes les formes de l’exercice méthodique. A Stockholm, nous avons vu dans tous les instituts des vieillards de soixante-quinze ans venir se retremper dans cette « fontaine de Jouvence » qui s’appelle l’exercice, et garder, grâce à la gymnastique, une admirable santé, jointe à une vigueur et à une souplesse vraiment juvéniles.

La gymnastique suédoise pourrait fournir à la nôtre le plus utile complément sans qu’il fût nécessaire pour cela de copier servilement tout le système, dont bien des détails, signalés au passage, s’adapteraient mal à notre caractère et à nos habitudes sociales. La gymnastique suédoise n’est pas plus que la nôtre un système parfait. Seulement les reproches à faire à chacun des deux systèmes, sont loin d’avoir la même portée. Le système suédois présente des lacunes, des deaiderata; le nôtre commet des fautes. La gymnastique suédoise manque peut-être d’exercices suffisamment athlétiques, et quand elle est appliquée à des hommes très robustes, on peut regretter qu elle ne recherche pas assez l’effort. En revanche, la gymnastique française ne sait pas assez éliminer l’cffortquand il s’agitdes sujets pour lesquels il serait dangereux. De ce fait elle devient impossible pour les malades, et même pour le plus grand nombre des bien portants; elle semble inventée pour une minorité de sujets d’élite, pour ceux justement qui pourraient aveu

le moins d inconvénients s’en passer. Le système suédois est applicable à tout le monde, et c’est là la véritable raison de sa prospérité qui, depuis 1814, ne s’est pas un instant démentie.

La gymnastique médicale suédoise est comme le couronnement de 1 édifice élevé par Ling : elle représente l’application la plus délicate et la plus étudiée de la science des mouvements. Nous avons dit quelle distance il nous reste à franchir pour pousser notre système au degré de développement où est parvenu celui des Suédois. Que faudrait-il pour réaliser cet immense progrès d’acclimater en France la gymnastique médicale ? - Nous nous sommes efforcé de le démontrer, il faudrait d’abord modifier profondément l’esprit de notre gymnastique générale et y introduire, à côté de ses tendances à l’athlétisme, un esprit scientifique qu’elle n’a pas.

Mais au point de vue pédagogique aussi bien qu’au point de vue médical, nous sommes absolument dépourvus de praticiens instruits, et nous n’avons que deux partis à prendre, si nous voulons mettre notre enseignement gymnastique au niveau de celui de Stockholm : c'est d’appeler à Paris des gymnastes suédois, ou bien d’envoyer nos gymnastes s’instruire en Suède. Comment, en effet, pourrions-nous les instruire en France, puisque nous ne possédons pas encore une seule école normale de gymnastique civile? Trouverions-nous étrange d’envoyer nos gymnastes se former à Stockholm? Mais nous envoyons bien nos peintres et nos sculpteurs d’avenir se former à l’École de Rome. Nous avons a Pans une foule de professeurs de gymnastique d’une intelligence assez ouverte et d’une instruction assez étendue pour espérer qu’une saison d’étude de six ou huit mois à Stockholm suffirait pour les mettre au courant de la science qu’ont édifiée les progrès des Suédois. Nous pourrions alors.

LES MOYENS D’EXERCICE

au rètour de ces maîtres, entreprendre la fondation d’une école normale de gymnastique civile, émule de l’Institut central de Stockholm.

Ainsi se trouverait comblée une véritable lacune de notre système d’éducation physique. Tout notre enseignement normal de gymnastique se borne à l’École de Joinville-le- Pont, où nous formons des moniteurs pour diriger l’éducalion physique de nos écoliers. Comme si des enfants du plus jeune âge, auxquels on reconnaît toutes les faiblesses physiques, toutes les prédispositions morbides résultant d’une vie trop sédentaire et d’un travail cérébral excessif, pouvaient être soumis à la même direction que des soldats, c’est-à-dire des hommes adultes ayant subi le contrôle des conseils de révision et qui sont, par conséquent reconnus forts et bien portants !

La création d’une école supérieure de gymnastique supposerait un enseignement qui fût à la hauteur de cette institution. Il nous faudrait changer les matières des cours et surtout demander une instruction plus avancée au personnel enseignant. Il serait alors logique d’attacher moins d’importance à l’état d’entraînement des hommes qu’à leur degré d’instruction, et l’on arriverait, comme à Stockholm, à partager également le temps des élèves-maîtres entre les cours théoriques et les exercices pratiques, au lieu de remplir la journée, comme on le fait à Joinville, par sept heures de travail corporel. On formerait ainsi non des athlètes, — ce qui est parfaitement inutile pour l’enseignement, — mais des maîtres aussi capables de comprendre le but des mouvements que d’en démontrer l’exécution. On aurait des « gymnastes » dans le sens que les Suédois attachent à ce mot, c’est-à-dire des hommes aussi capables de diriger l’éducation physique des enfants que de seconder les médecins.

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